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“Mon rêve de grand sport a véritablement débuté en octobre 2024, à Oslo”, Oda Charlotte Lyngvær (2/3)

À l’été 2025, Oda Charlotte Lyngvær a disputé ses premiers championnats d’Europe Sénior aux côtés de sa géniale Carabelle vd Neyen.
Interviews samedi 7 mars 2026 Mélina Massias

En février 2025, lorsqu’elles obtenaient leur premier classement dans un Grand Prix de la Coupe du monde, Oda Charlotte Lyngvær et Carabella vd Neyen étaient des quasi-inconnues. Aujourd’hui, un championnat d’Europe et quatre classements supplémentaires, dont deux deuxièmes places, au même niveau plus tard, les deux complices se sont fait un nom. Leur fraîcheur, leur entente et leur détermination ont illuminé l’hiver et fait d’elles l’un des couples à suivre de près dans les mois à venir. Du haut de ses trente-cinq ans, l’amazone norvégienne, mère de deux enfants, Nova et Matheo, était pourtant loin d’avoir un chemin tout tracé vers les sommets de jumping. Issue d’une famille qui n’avait rien à voir avec l’univers équestre, la dynamique et truculente Scandinave s’est donné les moyens de réaliser ses rêves, dont le premier était de pouvoir vivre de sa passion des chevaux. Passée par le concours complet dans ses années Poneys, avant de travailler en boîte de nuit pour parvenir à récolter suffisamment d’argent pour acheter une monture en mesure de l’accompagner dans sa progression, Oda Charlotte Lyngvær n’a jamais craint de saisir les opportunités qui s’offraient à elle. Installée aux Pays-Bas, au sein des écuries Hendrix, depuis plus d’une décennie, après avoir passé cinq années en Suède, elle entend désormais continuer de faire vibrer le public avec sa formidable fille de Carrera VDL, entre sincérité et sensibilité. Rencontrée au Jumping International de Bordeaux au début du mois de février, alors qu’elle était toujours en quête des derniers points qui manquaient à son compteur pour assurer son voyage vers le Texas en avril prochain, l’actuelle deux-cent-trente-troisième mondiale et deuxième meilleure représentante de sa nation a narré son histoire avec passion, et évoqué son système, sa philosophie et ses ambitions. Une rencontre à découvrir en trois épisodes.

La première partie de cet article est à (re)lire ici.

Au sein des écuries Hendrix, Oda Charlotte Lyngvær a à sa charge onze montures. “Je monte beaucoup à cheval, jusqu’à neuf chevaux par jour. Je suis quelqu’un qui aime vraiment monter ses chevaux à la maison, afin de trouver la bonne connexion avec eux, découvrir ce qu’ils aiment, comment les aider à progresser, et m’améliorer moi-même”, éclaire celle qui dit adorer le shopping mais s’y est principalement adonné en ligne au cours des dix dernières années.  “Entre deux CSI 5*, je participe à quelques événements nationaux ou de moindre niveau avec mes autres partenaires. J’essaye de former un bon groupe de chevaux. Des week-ends comme ceux que je vis lors des étapes de la Coupe du monde sont presque reposants !” 

Le système des écuries Hendrix repose sur le commerce. Une évidence qui rythme le quotidien de la trentenaire. “Mon but est de former mes autres chevaux dans cette optique. Nous organisons plusieurs ventes majeures au cours de l’année, comme la Dutch Sport Horses Sale en septembre, ou encore celle organisée à Ocala en mars. Mon rôle est donc aussi de préparer des montures pour qu’elles conviennent à nos clients”, souligne-t-elle. “Il faut apprendre cette part du métier : je m’attache beaucoup aux chevaux qui passent sous ma selle et les voir partir est toujours très difficile. Heureusement, nous avons un merveilleux carnet d’adresses et voir mes anciens complices écrire de belles histoires avec leurs nouveaux propriétaires est très agréable.” 

L'an dernier, Oda Charlotte Lyngvaer montait notamment Kina V, qui fait désormais le bonheur de la Libanaise Myriam Hechme. © Maxime David - MXIMD Pictures

Carabella vd Neyen, la jument d’une vie

Mais dans ce fonctionnement bien huilé, une exception se distingue. “Carabella est la première jument qui n’est pas à vendre au sein de la structure”, savoure Oda, qui peut ainsi envisager l’avenir aussi sereinement que le permet le fait de côtoyer un cheval. En un peu plus de deux ans, la Zangersheide de douze ans s’est imposée comme la star des écuries. Pourtant, lorsqu’elle a croisé la route de sa cavalière, la belle, alors âgée de neuf ans, n’avait jamais sauté plus d’1,50m sur la scène internationale et n’était pas la plus démonstrative du monde. “Carabella était montée par une élève (Paulena Johnson, ndlr) de Vincent (Voorn, ndlr) depuis de nombreuses années. Elle n’était pas du tout mon type de cheval ; elle était plutôt longue et assez grande. Elle avait été essayée à plusieurs reprises et tombait souvent entre deux catégories : elle semblait ne pas avoir tout à fait assez de moyens pour un professionnel et ne pas être assez pratique pour un amateur. Vincent a dit à Tim qu’elle serait idéale pour épauler les jeunes chevaux au niveau 2 et 3*. Alors je l’ai essayée et, immédiatement, nous nous sommes merveilleusement entendues. J’ai adoré le sentiment qu’elle me donnait”, se souvient Oda. “Une semaine après mon essai, elle devait partir pour les Etats-Unis avec sa propriétaire. Mais Tim et moi l’aimions tellement que nous n’avons pas réfléchi davantage. Notre vétérinaire, qui venait de quitter les écuries, a fait demi-tour et lui a fait passer une visite et nous l’avons achetée ! Deux semaines plus tard, nous sautions notre premier Grand Prix 2* à Peelbergen et terminions quatrièmes ! Tout semblait si simple, même si beaucoup de points pouvaient être améliorés.” 

Dès ses débuts, comme ici dans un Grand Prix 2* à Peelbergen, l'attachante paire s'est démarquée. © Sportfot

Séduite par la facilité avec laquelle la fille de Carrera VDL parvenait à franchir les obstacles les plus imposants, Oda ne tarde pas à l’aider à révéler son potentiel. “J’ai dû apprendre comment la monter exactement comme elle le voulait dans les épreuves majeures. Plus je la guide de la façon qu’elle aime, plus elle se bat pour moi. Elle ferait tout pour moi”, ajoute la jeune mère de famille, qui insiste sur la bravoure et les moyens de sa complice parmi ses nombreuses qualités. “Si je fais bien mon travail, Carabella est irréprochable !” Et de révéler : “Carabella a une personnalité très amusante. On pourrait croire qu’elle est une grande jument baie tout ce qu’il y a de plus classique, mais lorsqu’on la connaît, on sait qu’elle est extrêmement sensible. Ce n’est pas forcément évident au premier abord, mais c’est le cas. Si quelqu’un veut la toucher, il n’a pas intérêt de l’aborder de la mauvaise manière, sinon elle ne se laissera pas approcher ! Elle a un caractère spécial.”

Après des années de travail passionné, Oda a vu les portes du niveau 5* s’ouvrir à elle à la fin de l’année 2024, grâce, donc, à sa fabuleuse Carabella vd Neyen. La petite-fille de Lux et nièce de l’inoxydable Faldiano a permis à son amazone d’affronter son premier CSIO 5* durant l’été, à Falsterbo. Si leurs résultats ont été en demi-teinte, avec un parcours à douze points dans la Coupe des nations et un abandon dans le Grand Prix, pour leurs premiers pas à ce niveau, la suite a été tout autre. En octobre, la paire retente sa chance à Oslo et termine sixième du Grand Prix secondaire. Un premier jalon et une première marche franchie avec succès dans son ascension vers les sommets. “Mon rêve de grand sport a véritablement débuté à Oslo. Chaque année, j’achetais une place au premier rang pour regarder ce concours, mais je n’avais jamais eu l’occasion de monter sur cette piste, ni à poney, ni dans des épreuves nationales. Dès notre première année ensemble, Carabella m’a permis de participer au CSI 5*-W ! Monter là-bas m’a procuré un sentiment complètement dingue ! J’étais face aux meilleurs mondiaux et cette expérience était très cool. En 2025, pour notre deuxième venue à Oslo, nous avons signé un sans-faute dans chacun des deux Grands Prix, celui de la ville et de la Coupe du monde”, s’émerveille la Norvégienne, toujours sur son nuage et des étoiles plein les yeux. “Je n’aurais jamais pu imaginer tout cela ! Je pouvais seulement en rêver ! À chaque fois qu’on a donné une chance à Carabella, elle a prouvé tout son talent, encore et encore.”

En décembre 2025, deux ans après leurs débuts ensemble, Oda Charlotte Lyngvaer et sa géniale Carabella vd Neyen se sont offert leur premier podium en Grand Prix 5*. © Mackenzie Clark / FEI



De l’apprentissage à la performance en l'espace de quelques mois

En 2025, les choses se sont encore accélérées. Quatrièmes de l’étape de la Coupe du monde de Göteborg en février, deuxièmes du Grand Prix du CSIO 3* de Mannheim en mai, et au départ de trois Coupes des nations comptant pour la série chapeautée par la Fédération équestre européenne, les deux complices décrochent leur ticket… pour les championnats d’Europe de La Corogne ! Dix-neuf ans après son premier rendez-vous continental, à poney et en complet, Oda entre définitivement dans la cour des grands. “Après un début d’année incroyable à Göteborg, je me suis pleinement concentrée sur les Européens. Seulement, j’ai rencontré quelques difficultés au printemps. J’avais la sensation qu’il fallait changer quelque chose sur mon filet, mais avec l’échéance continentale en ligne de mire, je n’ai pas osé le faire… Même si tout cela fut un apprentissage génial, je n’ai pas obtenu les résultats que je voulais à La Corogne”, concède l’amazone. “Après les championnats, la pression est retombée. Tim et moi avons décidé de nous faire confiance et nous avons opéré quelques modifications sur le filet de Carabella. Après cela, la saison indoor a été incroyable pour nous ! Cela m’a prouvé que je pouvais me faire confiance. Lorsque quelque chose ne va pas, je suis très dure envers moi-même. Je revois mes parcours dans mon sommeil ! Ceux des championnats d’Europe m’ont hantée : j’ai passé des heures et des heures à me demander ce que j’aurais pu mieux faire ! J’ai finalement accepté que cela faisait partie de l’apprentissage, que je devais m’en servir pour en tirer du positif.” 

À La Corogne, Oda Charlotte Lyngvaer et sa complice de douze ans ont vécu leur premier grand championnat Sénior. © Sportfot

Autant qu’elle fut réussie, l’année écoulée fut tout autant remplie d’expériences et d’enseignements pour Oda. “C’était une année pleine d’apprentissages, ce que j’aime presque davantage que les succès en eux-mêmes”, confirme-t-elle. “J’ai beaucoup à apprendre, et j’adore ça !” Après son rendez-vous continental, le duo qu’elle forme avec Carabella s’est hissé au neuvième rang de l’étape de la Coupe du monde d’Oslo, puis au deuxième de celle de La Corogne, avant de marquer des points à Amsterdam, Bordeaux et Göteborg et d’enfoncer le clou à Helsinki, pour le premier jour du mois de mars. Après avoir manqué de chance sur les étapes précédentes, la Norvégienne est parvenue à se hisser en finale et à décrocher son ticket pour le Texas, où son futur époux pourra, pour son plus grand bonheur, revêtir un accessoire d’occasion : un chapeau de cowboy ! “Initialement, la finale de la Coupe du monde n’était pas du tout un objectif. L’année 2025 était ma première saison complète à haut niveau. Je me suis dit que j’allais participer au CSI 5*-W d’Oslo et voir quelles opportunités se présenteraient. J’ai obtenu des points, puis il y a eu La Corogne, et tout s’est enchaîné. À Bâle et Amsterdam, nous avons concédé une faute, mais Carabella a sauté de façon extraordinaire”, confie celle qui a fait confiance au destin. “Si je dois aller en finale, je parviendrais à me qualifier. Sinon, c’est que cela ne devait pas se faire. Le Texas serait un bonus”, disait-elle ainsi début février, avant l’étape bordelaise du circuit hivernal de la Fédération équestre internationale. L’univers voulait donc visiblement voir la paire découvrir le Texas en avril prochain, et il n’est sans doute pas le seul ! 

À Fort Worth, pour la finale de la Coupe du monde, la Norvégienne et sa fille de Carerra VDL auront toutes leurs chances. © Maxime David - MXIMD Pictures

La Norvège à la fête

À Fort Worth, Oda croisera son compatriote Johan-Sebastian Gulliksen, l’autre Norvégien en forme de l’hiver. Après des prestations remarquables aux rênes de Equine America*Harwich VDL et Colonello, celui qui fêtera ses trente ans en octobre vivra son premier sommet printanier aux côtés de sa coéquipière. L’occasion pour ces deux-là d’offrir un joli coup de projecteur au sport norvégien. “C’est très chouette de compter deux représentants de notre pays à ce niveau de compétition. J’étais très contente d’être à Bâle quand Johan a terminé troisième. Cela m’a rendue presque aussi heureuse que si j’avais signé cette performance moi-même ! C’est une très bonne chose pour la Norvège. Pouvoir compter sur des modèles est très positif et permet de mettre le sport en lumière. Notre pays n’est pas le plus adapté à la pratique sportive, notamment en ce qui concerne l’équitation. Il est assez éloigné de tout et n’a pas une culture équestre aussi forte que celle de la France, des Pays-Bas ou de la Belgique par exemple. J’espère que cela permettra de motiver la nouvelle génération et de faire naître des rêves chez certaines personnes”, lance la trentenaire. “J’aime que les médias, et notamment les chaînes de télévision comme Eurosport, mettent notre sport en avant en Norvège. J’espère qu’ils suivront l’exemple de la Suède, où la couverture médiatique du saut d’obstacles est très importante. Dans tous les cas, j’espère que de nouvelles personnes s’intéresseront à l’équitation par ce biais là, car je doute qu’il y ait beaucoup de sports qui puissent prétendre avoir deux athlètes qualifiés pour une finale de la Coupe du monde !”

Après un excellent hiver, la mère de famille a rejoint Johan-Gulliksen Sebastian sur la liste des qualifiés pour la finale du circuit indoor de la Fédération équestre internationale, portant à deux, sur dix-huit, le nombre de Norvégiens qui iront au Texas en avril ! © Mélina Massias

La troisième et dernière partie de cet article sera disponible la semaine prochaine sur Studforlife.com… 

Photo à la Une : À l’été 2025, Oda Charlotte Lyngvær a disputé ses premiers championnats d’Europe Sénior aux côtés de sa géniale Carabelle vd Neyen. © Sportfot