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Ludovic Leygue, 10 ans au plus haut niveau !

Interviews jeudi 10 janvier 2008

Ludovic Leygue, 10 ans d'internationaux !

Apparu fin des années 90 sur le circuit international grâce à Diabolo du Parc II, Ludovic Leygue ne l'a plus quitté. Même s'il traverse actuellement une période un peu moins propice, il peut espérer revenir prochainement avec plusieurs chevaux issus de l'élevage. Très lucide, l'un des piliers d'une équipe de France encore victorieuse analyse une petite décennie au plus haut niveau dans ses nouvelles installations Bretonne.

Quels ont été vos premiers contacts avec les chevaux ?

 

A 7 ans, un copain m'a emmené dans un club hippique de ma région. J'ai arrêté de monter pendant un an pour faire mes études puis j'ai repris à « mi-temps » l'équitation pendant le reste de mes études. En revendant ma voiture, j'ai réussi à m'acheter un cheval et j'ai su m'arranger pour avoir un second cheval à travailler. Puis à 22 ans, j'ai passé le monitorat et je suis rentré directement dans la vie professionnelle.

Tout le monde vous a découvert avec Diabolo du Parc II, quel a été votre parcours avant cela ?

J'ai eu trois autres bons chevaux avant lui : Sir du château de 90 à 94, avec lequel j'ai beaucoup gagné en B1. En 1995, j'ai pris une licence « première catégorie ». J'avais une jument qui s'appelait April in Jazz et ensuite à l'époque de Diabolo, j'ai eu Gloria de la Roche avec laquelle j'ai été assez performant en compétition nationale et CSI trois étoiles. A cette époque-là, j'avais deux chevaux de haut niveau, c'était sympa … Puis Diabolo est parti et quand il est revenu, c'est Gloria qui est partie et lui qui a vieilli. Alors, ça a été un peu moins sympa.

Quand vous avez débuté Diabolo, est-ce que vous aviez tout de suite pensé avoir un crack ?

J'ai débuté Diabolo lorsqu'il avait 4 ans, mais la première épreuve que j'ai gagnée avec lui, c'était un Grand Prix lorsqu'il avait 8 ans ! Il n'avait jamais rien gagné avant cela, ça a été vraiment très très long. D'ailleurs, à 7 ans, je voulais m'en débarrasser, mais personne n'en voulait. A l'époque, je travaillais avec Jean Maurice Bonneau et je lui avais proposé un deal pour qu'il récupère le cheval et qu'il le vende. Il m'avait répondu : « Quand on commence quelque chose, on le termine. » J'ai donc gardé le cheval et j'ai continué avec le résultat que l'on a connu. Il a été très difficile à dresser et j'avais beaucoup de lacunes.

 

Comment avez-vous vécu cette période avec Jean Maurice Bonneau ?

Jean Maurice a commencé à me suivre en 91 ou 92. Il a vraiment accompagné toute mon évolution et m'a porté jusqu'au Jeux Mondiaux de 2002. Il connaissait tout depuis le départ. Il y avait une réelle complicité. Lorsqu'il est devenu entraîneur national, j'ai suivi et ça m'a emmené au plus haut niveau. Aujourd'hui, je n'ai plus d'entraîneur et c'est une chose que je regrette. Mais le cheval étant moins performant, ça intéresse moins quelqu'un de m'entraîner. J'ai moi-même moins de temps pour moi, mais il est clair que si un jour j'ai un autre cheval, j'aurai de nouveau un entraîneur. Actuellement, je travaille beaucoup avec Laurent Elias, durant l'hiver à Saumur, avec mes jeunes chevaux et même Diabolo. Mais ce n'est pas un entraîneur au quotidien, il a son poste d'entraîneur national. Ce n'est pas pareil.

Nikita du Park (Quidam de Revel x Apache d'Adrier) Avec le recul, quel regard portez-vous sur le parcours que vous avez fait avec Diabolo ?

Cela s'est merveilleusement bien passé jusqu'en 2002, puis les choses se sont quelques peu gâtées. J'aurais sans doute dû mettre mon orgueil et ma fierté un peu de côté et continuer à travailler comme je l'avais fait jusque là. J'ai encore fait quelques performances derrière, mais c'était quand même moins bien. A l'époque, la déception d'avoir été remplaçant aux Jeux Equestres était énorme pour moi alors que je faisais partie de l'équipe jusqu'au mois d'Août. Je l'ai très mal pris alors qu'en fait, je n'aurais pas dû. Mais les circonstances ont fait que cela s'est passé ainsi. Maintenant, je suis fier d'avoir été le cinquième homme de l'équipe championne du monde ! Mais sur le coup, ça m'avait aigri, même si j'étais ravi pour mes copains.

Au final, ce que je regrette c'est de ne pas m'être démené pour rester à ce niveau-là et maintenant, pour refaire la route, c'est compliqué.

Quand on a fait partie de l'équipe championne du monde et qu'on voit qu'aujourd'hui, que la France n'est même pas qualifiée pour les Jeux Olympique, qu'en pense-t-on ?

Cela montre avant tout qu'il y a un gros malaise en France au niveau de la compétition de très haut niveau. Si ce problème n'était dû qu'aux cavaliers et à l'entraîneur, le problème serait déjà résolu. Les cavaliers sont très motivés, je connais très bien l'entraîneur. Je peux vous affirmer qu'il n'y a pas plus motivé que lui, ni plus compétent. Le malaise est bien plus profond : c'est un manque de moyens, de médiatisation, de reconnaissance… . Il y a énormément de raisons et mises toutes bout à bout, on comprend pourquoi c'est très difficile d'être performant au plus haut niveau aujourd'hui, d'être dans le top 30, top 20 et encore plus dans le top ten !

En France, le commun des mortels ignore ce qui s'est passé à Mannheim. Le seul écho qu'il y en a eu, ce est l'article dans l'Équipe où, à la place de la formule 1, l'on avait noté en quatrième de couverture l'absence la France aux prochains Jeux en CSO. Il n'y a que pour ça qu'il y a une page entière dans un magazine. Si la France avait été qualifiée aux jeux, il faut bien reconnaître qu'il n'y aurait eu que 3 lignes. On nous dit que les médias ne s'intéressent pas à nous à cause de notre manque de performances. Mais lorsque la France a quand même été trois fois championne du monde par équipe (1982 à Dublin, 1990 à Stockholm et 2002 à Jerez), on n'a pas eu de retombées médiatiques. Je pense que lorsque l'on a parlé le plus des sports équestres dans les médias, ça a été à propos des médailles d'or de Pierre Jonquères D'Oriola en 1964 à Tokyo et de Pierre Durant en 1988 à Séoul. Au final, seuls les Jeux Olympiques marquent l'esprit des gens. Les championnats du monde et championnats d'Europe sont de grands évènements, mais qui ne marquent que les passionnées.

Pour en revenir à vous, comment voyez-vous votre avenir ?

Mon but est d'essayer de me restructurer pour faire de la compétition, car pour le moment, j'en fais par intermittence. Il faut que j'essaie de trouver des moyens pour y arriver et une fois que j'aurai ces moyens-là, si j'ai de la chance, j'essaierai de refaire la même route. Mais si je n'ai pas cette chance-là, je ferai de la compétition à un niveau moins élevé. De toute façon, je n'ai pas les moyens de m'acheter des chevaux pour me remettre à niveau. Je ne peux qu'espérer que l'on vienne me proposer un cheval ou attendre que mes poulains grandissent dans leur pré.

Cette année, j'ai deux Quidam qui prennent 7 ans : un propre frère de Diabolo qui vient d'être castré, Niac du Park , et Nikita du Park, qui est issue d'une s?ur utérine de Diabolo par Apache d'Adriers. J'ai également deux 6 ans : Olaff, un autre propre frère de Diabolo, qui vient également d'être castré et Othello du Park, un frère utérin par Kannan, qui est un cheval très fort, respectueux et très imposant, mais de ce fait, je pense que c'est un cheval très tardif. J'ai donc ces quatre-là à préparer directement pour un avenir proche, puis après, j'ai tous les poulains à préparer et là-dedans, j'ai vraiment des chevaux d'avenir.

Panam de Kérizac (Quidam de Revel x Talent de Platière), tout récemment approuvé par l'ANSF. J'ai également trois chevaux de quatre ans confiés par différents propriétaires et l'étalon Panam de Kerizac (Quidam de Revel x Talent Platière). Je suis toujours réservé au sujet des chevaux, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un très bon cheval, très respectueux qui saute très bien. Maintenant, il faut le laisser mûrir. Ce qui est étonnant avec lui, c'est que c'est un fils de Quidam très précoce, ce qui est assez particulier, car généralement, ils sont tardifs. J'ai des difficultés de parler de crack à propos des jeunes chevaux lorsqu'ils sont en phase de formation de jeunes chevaux, car on a tellement de surprises. Alors avant de parler de crack, je veux voir mes chevaux sauter sur un parcours 1m60. Mais ce qui est certain, c'est que Panam est très bon cheval.

Dans ce piquet de chevaux, ne figure plus votre fidèle Diabolo du Parc, qui vient d'être loué. Comment voyez-vous son avenir ?

Diabolo vient en effet d'être loué pour deux ans au cavalier junior monégasque Andrea Herck. Après cela, ma fille aura 13 ans et il ne sera donc pas exclu qu'à ce moment-là, il termine sa carrière avec elle. Mais évidement, à son âge, c'est sa santé qui nous guidera. Cette location est arrivée tout à fait par hasard et au final, je la vois comme une bonne fin de carrière pour mon cheval. Je n'avais plus que lui pour évoluer à haut niveau, ce qui m'empêchait de l'emmener dans des concours de son niveau. Alors autant qu'il rende service à un junior talentueux qui a du sentiment et qui va bien se servir du cheval.

Diabolo du Parc II avec Ludovic & Corinne

Cela vous ouvre également la voie vers une seconde carrière en tant que coach ?

 

Non, pas vraiment. Disons que ça me permet de continuer une carrière que j'avais déjà bien entamée, il y a bien longtemps puisque j'avais une élève qui avait quand même gravi les échelons des compétitions poneys jusqu'en CSI**. Aujourd'hui, je remets quelque peu ça au goût du jour. Je peux ainsi mener parallèlement cette activité et la préparation de mes chevaux. J'ai la chance que les chevaux qui sont en préparation m'appartiennent. C'est donc beaucoup plus facile pour moi d'aménager leur emploi du temps. Economiquement, cette activité de coaching me permet également de vivre et je n'ai donc plus la pression de la vente de mes chevaux pour rentabiliser mon affaire. Ce qui est très important, car cela me permet de faire ce que j'ai fait avec Diabolo. Je ne rêve évidement pas. Je sais que sur les quatre que j'ai là, ils ne feront pas tous les 4 la carrière de Diabolo ! J'en suis quand même assez conscient. Mais si je peux leur faire faire une belle carrière, ce serait sympa.