Le Selle Français sacre Napoléon et tombe sous le charme de Melting Meni Charm
Désormais bien établi dans le Pôle Hippique de Saint Lô en décembre, l’événement du Selle Français consacrant la jeune génétique mâle s’ouvre aux demoiselles pour le “Rendez-vous des Prodiges”. L’intérêt majeur reste néanmoins l’approbation des mâles de deux et trois ans. Une fois de plus, la génétique des stud-books voisins s’est imposée, avec en vedette les produits du BWP Pegase van’t Ruytershof chez les trois ans, où son fils Melting Meni Charm vire en tête du testage, et ceux du KWPN Grandorado chez les deux ans, avec la victoire de Napoléon dans le championnat.
Au sein du pôle hippique de Saint-Lô, le stud-book Selle Français a tenu son événement de sélection de la jeune génétique mâle, du 11 au 13 décembre, avec le testage des chevaux de trois ans et le championnat de ceux de deux ans. Lors de cette édition 2025, plusieurs nouveautés ont été mises en place, dont une piste réduite pour le final monté des trois ans avec la présence de stands, comme c’est le cas lors du salon des étalons en février.
Devenu le “Rendez-vous des prodiges”, l’événement s’est aussi ouvert aux pouliches de trois, pour une mise en valeur des meilleures lignées… françaises et étrangères. Vingt-huit candidates sélectionnées lors des concours du Selle Français se sont immiscées dans le planning, pour un jugement au modèle et au saut en liberté. Le jury, composé de Valentin Besnard, Éric Levallois et Antoine Charlot, a décerné cinq coups de cœur. Trois d’entre eux consacrent des pouliches issues en lignées basses de matrones du Selle Français, comme celle de May Flower III (Uriel) pour Madona des Forêts, une fille de Hardrock et de la performeuse Eclipse des Forêts (Calvaro), également à l’origine de Jet des Forêts (Untouchable 27), vainqueur du testage en 2022, et née chez Fabrice Paris. Il en est de même pour les deux pouliches de Richard Levallois, qui descendent toutes deux d’une des juments de base du Selle Français, Son Altesse (Vas Y Donc). Il s’agit de Milliondreams Semilly (Baloubet de Semilly et Dreams of Semilly x Diamant de Semilly), l’une des très rares SFO en lice en Normandie la semaine dernière, ainsi que Magie Noire Semilly, fruit du croisement entre Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, et Etoile Derêve Semilly (Diamant de Semilly), mère des propres frères de Magie Noire : Ksar de Rêve Semilly et Just a Dream Semilly, champion de France des hongres de cinq ans en 2024 lors de la finale de Fontainebleau.
Les deux autres pouliches ayant séduit le jury ont quant à elles des souches belges ! Née chez Antoine Hervieu, Morgane du Mesnildot est une fille de Cicave du Talus et de Garota de Ipanema MC (Nartago), une jument issue de l’élevage de la famille Malta da Costa et créditée d’un ISO 147 en 2025 sous couleurs brésiliennes. Elle est issue d’une souche de l’élevage belge de Laubry, tandis que Miss Peck du Pin, née à l’IFCE de Pompadour, présente un croisement entre le SFO Friday Treize et Peck des Brimbelles (Paradis Latin), une Zangersheide représentant une souche belge où l’on trouve, entre autres, les sangs des étalons confirmés Président et Toulon. Il s’agit de la lignée du tout bon Atome de Titouan Schumacher, de l’excellent Gamin van’t Naastveldhof d’Edouard Schmitz, mais aussi de l’étalon Echo van’t Spieveld.

Impressionnante et photogénique, Morgane du Mesnildot fait partie des cinq coups de cœurs du jury ayant observé les femelles de trois ans lors du Rendez-vous des prodiges du stud-book Selle Français. © Photos Les Garennes / Selle Français
Melting Meni Charm s’envole avec Pegase
Le testage des trois ans a réuni les chevaux qualifiés sur l’une des sept étapes de sélection en région, ainsi que les meilleurs du championnat des deux ans 2024, qui, à ce titre, avaient obtenu une approbation provisoire et étaient en quête de confirmation. Seulement la moitié des lauréats 2024 était au rendez-vous et seize d’entre eux ont réussi leur mission, dont le leader de ce testage, Melting Meni Charm, qui a vu le jour chez Emilie Loisel, tout près de Saint-Lô. Il était présenté par le Groupe France Elevage (GFE), qui l’a acquis au sevrage dans le cadre de sa politique d’achat de foals. Cet alezan au modèle flatteur est un fils de Pegase van’t Ruytershof, très prisé et très en vogue fils du bondissant Comme Il Faut qui peut se targuer d’un sans-faute dans cette génération, ses trois autres fils présentés étant aussi approuvés.
La mère de Melting Meni Charm, Beetlejuice Grim (Tinka’s Boy) n’est pas sortie en compétition mais a déjà trois produits ayant obtenu un ISO 123 ou plus. Elle se réclame d’une lignée notée 8/10, celle de la grande Girondine, mère, entre autres, du chef de race Almé, où l’on trouve des bons performers comme Dalhia Manciaise (Scherif d’Elle), ISO 164, et Mel d’Argences (Quick Star), ISO 167. Foxpit Grimm, troisième du Grand Prix 4* de Bourg-en-Bresse avec Antoine Ermann cette année, partage aussi cette intéressante génétique.

Melting Meni Charm a été le meilleur de sa génération lors du testage des mâles de trois ans à Saint-Lô. © Photos Les Garennes / Selle Français
Son dauphin, nommé Marioupol BRL et présenté par l’élevage des Forêts, est aussi né dans la Manche, à la SCEA Borelia. Il résulte du croisement entre le Oldenbourg Stakkatol et Rubelia (Burgraff), ISO 165 par ses performances avec Axelle Lagoubie, avec laquelle elle fut très compétitive à 1,45m, et mère de plusieurs bons produits, à l’image de Black’N Roll (Diamant de Semilly), vice-champion d’Europe Jeunes Cavaliers par équipe en 2024 sous la selle de Baptiste Eichner.
Le podium est complété par Monaco de Riverland, un des lauréats du cru des deux ans 2024 et pur produit de l’élevage charentais de Mickaël Varliaud, qui a utilisé Brésil de Riverland pour Estoria de Riverland (Nabab de Rêve). Cette dernière est une petite-fille de la Westphalienne Praelium (Pilot), mère de l’étalon L’Arc de Triomphe.
Au total cinquante étalons sur les cinquante-six candidats sont approuvés. En plus du podium, vingt-trois mâles ont reçu le label “Très Prometteur”, dont le champion des deux ans 2024, Memphis de Kermor (Conthargos et Goodness de Kreisker x Vagabond de la Pomme), présenté par France Etalons, et vingt-quatre le label “Espoir”. En plus de Monaco de Riverland, seuls quinze étalons fraîchement approuvés sont issus d’un père Selle Français, dont deux par l’incontournable Diamant de Semilly. Celui-ci est aussi le père de mère de six mâles, et notamment des trois produits de Caraïbes de Beaufour qu’Eric Levallois a marié à Cornet du Lys pour Malaga de Beaufour et Mendy de Beaufour, et à Cabochon pour Midnight de Beaufour. L’Anglo-Arabe Chrome d’Ivraie a, lui, un produit approuvé. Il s’agit de Maverick de Grandry, fruit du croisement réalisé par Florian Angot avec une fille d’Ogrion des Champs. Si aucun mâle aux origines purement françaises n’était en lice, le bon sang Anglo-Arabe, comme celui défendu par le représentant de la souche de Potter du Manaou Milor du Fin Breuil AA (Mylord Carthago), a encore prouvé qu’il avait toute sa place pour l’avenir avec la génération N.
Napoléon au sommet de la pyramide
Des cinquante-six candidats étalons de deux ans, trente sont repartis avec une approbation. Le championnat s’est déroulé cette année sur deux jours, les chevaux étant jugé le vendredi aux allures en liberté, et le lendemain à l’obstacle en liberté et par le même jury. La tendance au recours à la génétique venue d’autres stud-books est encore une fois très marquée, avec seulement six nouveaux étalons se réclamant d’un père Selle Français… Si le Selle Français Originel était au menu du colloque organisé le jeudi soir, le verdict sur le terrain est sans appel ! Pour Pascal Cadiou, président du stud-book Selle Français l’essentiel est dans la production de chevaux de qualité. “C’est le choix des éleveurs qui s’exprime”, assure-t-il. “Notre rôle est de veiller à ce que les reproducteurs correspondent aux critères que nous avons définis.”
Aucun fils de Selle Français n’entre dans le quinté gagnant, qui s’est joué dans un mouchoir de poche, avec des notes allant de 17,33/20 pour les quatre et cinquièmes, Notch de Rangeval et Norkya d’Auzay, à 17,57 pour le vainqueur, Napoléon, un fils du KWPN Grandorado. L’étalon de Willem Greve est aussi à l’origine de Norkya d’Auzay et de Northwind de la Garde, également approuvé.
Avec sa victoire, mais aussi la manière dont il l’a décrochée, Napoléon a offert une sacrée dose d’émotion à son éleveur, qui en a pourtant vu d’autres, puisqu’il s’agit du cavalier international de concours complet Thomas Carlile ! Installé dans la Sarthe, où il a développé un petit élevage il y a cinq ans, en plus de son écurie de compétition. Il peut notamment miser sur Ho Vive (Andiamo Semilly), la mère de Napoléon et sœur utérine d’Upsilon, son ancien complice, malheureusement trop tôt disparu. Crédité d’un ICC 165, le fils de Canturo voit son génie briller à travers sa production, aussi bien en complet qu’en jumping. Leur mère, O’Vive (Fusain du Defey), est une perle de l’élevage de la famille Sisqueille, que Thomas Carlile n’a pas manqué de remercier dans ses réactions. Si Vive, une autre fille d’O’Vive, a aussi donné Floc (Qlassic Bois Margot), très estimé par son formateur, Johannes Farce, et sa cavalière, Marie Pellegrin.

Bon sang ne saurait mentir pour le plaisant Napoléon, présenté par son éleveur (et futur cavalier ?) Thomas Carlile ! © Photos Les Garennes / Selle Français
La place de dauphin de Napoléon revient à Naclot de Tanrev, un fils de Chaclot né chez et présenté par Jacob Vernat. En Indre-et-Loire, il cultive, entre autres, la remarquable souche de Sophie du Château avec Vision d’Iscla, née du mariage du KWPN Modesto et de Signora (Kannan), mère de plusieurs performers dont Vitot du Château (Toulon) et les étalon Best of Iscla (Diamant de Semilly) et Happy Day d’Iscla (Toulon).
Dans l’Eure, Lydie Guillou a fait naître et présentait le troisième de ce championnat, No One Else Farmer, un fils du Holsteiner Canturo avec Rhapsody Farmer (Kento), déjà à l’origine du bon Friendlly Farmer, ISO 149, lui aussi par Canturo.
De son côté, l’élevage lorrain tire son épingle du jeu avec Notch de Rangeval, né et présenté par Lise Voydeville. Ce fils de Windows vh Costersveld ne croule pas sous les courants de sang français. En effet, sa mère, Esperanza de Hus, étant une fille d’Eldorado de Hus, lui-même par Diarado, le tout sur une souche oldenbourg venue du Hanovre et ayant donné l’étalon Air Jordan !
Même si lui aussi est très imprégné de sang étranger par son père, Grandorado, et son père de mère, Lauterbach, Norkya d’Auzay, présenté par François Buzon, récompense le travail de longue date de Laurence et Patrick Blanckaert, à l’origine de l’une des meilleures souches des Pays de la Loire. La deuxième mère de Norkya, Hadvia d’Auzay (Quidam de Revel), a produit l’étalon Nouma d’Auzay (ISO 160) ou encore Bohysra d’Auzay, alias DMS Enkidu (ISO 166), tandis que sa quatrième mère, Kysra d’Auzay (Phoenix), ISO 170, fut une très bonne reproductrice avec plusieurs produits bien indicés. Elle est aussi la sœur utérine de Rajah de Laleu (Laudanum), ICC 165 et la tante d’Oz de Brêve (Dollar du Murier), ISO 184. Napoléon, Naclot de Tanrev et Norkya d’Auzay ont chacun obtenu une note de 18/20 à l’obstacle.
Photo à la Une : Napoléon a concrétisé tous les espoirs de son éleveur, un certain Thomas Carlile, en remportant le championnat des deux ans. © Photos Les Garennes / Selle Français