“Le fait qu'un cheval exprime ou non tout son talent dépend souvent des mains entre lesquelles il tombe”, Kent Farrington
Numéro un mondial de mai 2025 à janvier 2026, Kent Farrington a seize Grands Prix internationaux l’an dernier, dont neuf labellisés 5*, pour un total deux fois supérieur à celui de son premier dauphin, Scott Brash, qui lui a succédé sur le trône de meilleur cavalier du monde. D’une compétitivité indécente et particulièrement en réussite la saison dernière avec Toulayna van het Bloesemhof et Contina 47, alias Greya, l’Américain de quarante-cinq ans a conclu son année 2025 par une énième victoire à Genève, dans le Grand Prix Rolex. Ce succès lui donne l’opportunité de poursuivre son Grand Chelem, ce week-end à Bois-le-Duc, où il est engagé avec sa fille de Toulon. Et le kid de Chicago fait assurément de ce rendez-vous un objectif majeur de sa saison.
Votre deuxième succès dans le Grand Prix Rolex de Genève, après celle acquise en 2017 avec Gazelle Ter Elzen (Kashmir van’t Schuttershof x Indoctro), fait de vous le prétendant au Grand Chelem, ici à Bois-le-Duc. Cette victoire, obtenue avec Contina 47, alias Greya, en décembre dernier est-elle comparable avec celle que vous avez vécue huit ans plus tôt ? Qu’est-ce que cela représente pour vous de revenir à Bois-le-Duc avec la possibilité d’ajouter une deuxième victoire consécutive dans un Majeur ?
Peu importe avec quel cheval on y parvient, remporter un Majeur est toujours génial. Le Grand Slam Rolex de saut d’obstacles représente le plus haut niveau de notre sport. En termes de compétition et de prestige, il s’agit du sommet de notre discipline. Les Majeurs sont mes événements préférés et ils me motivent grandement. Après ma victoire à Genève avec Gazelle en 2017, je me suis cassé la jambe et je n’ai pas pu venir à Bois-le-Duc l’année suivante, puisque j’étais toujours en convalescence. Je découvre donc un nouveau challenge cette semaine !

Kent Farrington réussira-t-il à remporter un deuxième Grand Prix Majeur d'affilée, ce week-end à Bois-le-Duc ? © Mélina Massias
Être prétendant au Grand Chelem Rolex vous place sous le feu des projecteurs. Ressentez-vous plus de pression pour cette édition du CHI du Bois-le-Duc ou votre état d’esprit reste-t-il inchangé ?
Être dans cette position ne me fait pas ressentir plus de pression. Je m’en mets assez moi-même ! Que je sois prétendant au Grand Chelem ou non ne change rien : je veux autant gagner que dans n’importe quelle autre situation. Tous les Majeurs sont d’excellents défis en eux-mêmes. C’est sur cela que je me concentre.
Quel cheval allez-vous monter dans le Grand Prix Rolex et qu’est-ce qui vous fait dire que votre couple est le bon pour cette épreuve en particulier ?
Je monterai Toulayna (Toulon x Parco), qui avait déjà sauté ici l’an dernier de très bonne manière. Nous avions concédé une faute chère payée, mais avions tout de même terminé cinquièmes. Le parcours est toujours très difficile, mais Toulayna est rapide et une super compétitrice. Je l’ai monté deux fois dans la finale du Top Ten Rolex IJRC et nous avons terminé deuxièmes à chaque fois. J’espère que nous améliorerons notre classement d’une place ici pour décrocher la victoire !

Cinquième l'an dernier, Toulayna vh Bloesemhof tentera à nouveau sa chance dans le Grand Prix Rolex de Bois-le-Duc en 2026. © Sportfot
À Bois-le-Duc, il règne une atmosphère particulière, entre une piste indoor étroite, des parcours techniques et un public incroyablement connaisseur. Comment cet environnement influe-t-il sur la façon dont vous montez et vous préparez ?
Je pense que les lieux des quatre Majeurs sont tous différents, qu’ils présentent des avantages et des inconvénients selon les chevaux. Je ne pense pas me préparer différemment ; je crois que je dois simplement miser sur la bonne monture et avoir une bonne journée. Cette année, j’espère donc avoir choisi le bon cheval et, avec un peu de chance, être dans un bon jour dimanche !
Vous avez débuté votre saison 2026 en Floride et en Californie. Comment se sentent vos montures et à quel point sont-elles proches de leur pic de forme ?
J’ai effectivement concouru en Floride. Je dirais que mon état de forme est bon, sans être incroyable. J’ai obtenu de bons résultats - des sixième, cinquième, deuxième et quatrième places (en Grands Prix 4 et 5*, ndlr), mais ils ne sont pas exceptionnels. J’espère que cela est le signe que nous attendons simplement d’atteindre notre pic de forme ce week-end !
Depuis le début de l'année, Kent Farrington a joué de malchance dans les Grands Prix 5* qu'il a disputés et n'est, pour l'instant, pas parvenu à se hisser au premier rang. © Sportfot
Le regretté Wilfried Sandmann, l’éleveur de Contina 47, alias Greya (Colestus x Contender) disait d’elle qu’elle avait “ses propres idées, besoin d’une certaine liberté et qu’elle avait trouvé le match parfait” avec vous. Comment se traduit ce besoin de liberté lorsque vous montez Greya ? Avez-vous adapté votre système pour qu’il convienne à sa personnalité ?
C’est une jument très sensible. Elle a assez de libertés pour avoir son propre caractère. Notre sport est le sport d’équipe, entre le cavalier et son cheval, par excellence. Une fois sur la piste, il n’y a plus qu’eux deux et la relation qui les lie. Il faut comprendre ses chevaux. Par exemple, Greya est une jument super respectueuse et très déterminée, avec un fort caractère. Dès le moment où l’on trouve un moyen de s’entendre et de travailler harmonieusement avec elle, elle est notre alliée. Selon moi, il faut appréhender ses sensibilités, que ce soit au bruit, aux couleurs vives ou à autre chose, et adapter son entraînement pour lui donner confiance.
Toujours selon Wilfried Sandmann, l’écurie dans laquelle est un cheval, et le cavalier avec lequel il est associé, est déterminant pour sa carrière. Quelle responsabilité ressentez-vous dans le fait d’influencer la carrière d’un cheval, en particulier lorsqu’il est aussi talentueux et unique que Greya ?
Ce n’est pas un hasard si les meilleurs mondiaux restent les mêmes pendant des années : ils comprennent les chevaux. Le fait qu'un cheval exprime ou non tout son talent dépend souvent des mains dans lesquelles il tombe, surtout pour les plus brillants. Nombre d’entre eux passent à côté de leur carrière car on ne leur donne pas une vraie chance au plus haut niveau. Je ne sais pas si je ressens une responsabilité dans la carrière de mes chevaux ; j’essaye de faire de mon mieux, d’être le meilleur Homme de cheval possible et de travailler continuellement dans le but de m’améliorer.

Greya est l'une des meilleures juments du monde et elle l'a encore prouvé à Genève, en décembre dernier. © Mélina Massias
Avec Greya, Toulayna et Horafina (For Fashion x Canturo), votre piquet ne manque pas de talent. Quelles sont les différences de ces trois juments et comment choisissez-vous dans quelles épreuves vous les engagez les unes et les autres ?
En réalité, on n’a jamais assez de bons chevaux ! On a toujours besoin de nouvelles recrues en renfort. C’est un peu comme dans une équipe de sport professionnelle : il faut de jeunes joueurs, qui apprennent les rouages du jeu, pendant que l’on gère au mieux les joueurs d’expérience. Lorsqu’ils prennent de l’âge, on sait quels lieux et quels environnements leurs conviennent le mieux pour briller, à quel moment ils ont besoin de repos, s’ils ont besoin de concourir davantage ou d’avoir une pause avant une grande compétition. Chaque cheval est différent. Avec le temps, on s’améliore pour décrypter tous ces éléments et, plus les chevaux passent du temps avec nous, plus on apprend ce qui est mieux pour eux. Cela nous permet d’adapter leur programme en fonction de ces informations. Il n’y a pas de règle immuable en la matière ; il faut se servir de son jugement et de son expérience pour établir le meilleur plan pour chaque cheval.
Parmi vos jeunes chevaux, se trouve notamment Diakatisa PS (Diaron x Stakkatol). Lorsque vous regardez une monture en formation comme elle, qu’est-ce qui vous indique qu’elle aura peut-être les qualités pour concourir au plus haut niveau ?
J’ai un bon groupe de jeunes chevaux et je vois quelque chose chez chacun d’eux. Mais le potentiel que l’on perçoit et le fait qu’il se concrétise en piste sont deux choses totalement différentes. Avoir tout le talent du monde ne mène nulle part si le cheval n’a pas le bon état d’esprit ou la volonté de performer. On dit avoir du cœur ; certains chevaux en ont beaucoup, d’autres moins, et c’est quelque chose que l’on ne peut pas vraiment mesurer au début de leur formation. J’essaye de choisir des montures de talent et de les aguerrir du mieux que je peux. C’est ensuite à elles de décider à quel point elles veulent se donner dans le sport.
Diakatisa PS fait partie des espoirs du numéro deux mondial pour l'avenir. © Sportfot
Derrière chaque victoire, notamment dans les Majeurs, se cache une équipe indispensable. Quelles sont les personnes clefs de votre système ? Quel rôle jouent-elles dans vos performances et celles de vos chevaux ?
J’ai une équipe nombreuse. Denise Moriarty et Arthur Anty prennent soin de mes chevaux depuis des années. Cela fait plus d’une décennie que Denise est à mes côtés. Elle a fait le tour du monde plusieurs fois ! Denise et Arthur sont des gens de chevaux remarquables. Ils sont chargés de tous les soins quotidiens et de la gestion des chevaux. Ils savent parfaitement comment se sentent les chevaux. Les chevaux sont comme des athlètes professionnels et ces deux personnes en particulier sont des experts pour aider chaque cheval et gérer tout ce qui a trait à eux, de leur alimentation aux différents traitements qu’ils reçoivent en passant par leur travail. Ils sont très précieux dans mon équipe.
Ensuite, il y a tout l’aspect logistique à la maison. Nous devons gérer cela comme n’importe quelle entreprise professionnelle de sport. Il y a beaucoup d’aspects dont on doit s’occuper. J’ai une grande équipe au sein de mes bureaux, à commencer par Carol DeAngelis, qui travaille avec moi depuis plus de quinze ans. Claudio Baroni m’aide à monter et entraîner mes chevaux. Il est à mes côtés depuis plus de quinze ans aussi et est un super Homme de cheval et cavalier. Il m’apporte aussi un très bon regard lorsqu’il est à pied. Sans toutes ces personnes, gagner au plus haut niveau est impossible.

Denise Moriarty est l'une des pierres angulaires du système de Kent Farrington depuis de nombreuses années. © Mélina Massias
Photo à la Une : Après sa victoire à Genève, Kent Farrington tentera de poursuivre le Grand Chelem Rolex avec Toulayna van het Bloesemhof, dimanche à Bois-le-Duc. © Sportfot






