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Larimar’Quill, un jeune prodige onirique (1/3)

Jean-Christophe Lecorneur et Denis Polge posent aux côtés de leur roi Larimar'Quill, en qui ils fondent de grands espoirs.
Sport mardi 24 mars 2026 Mélina Massias

Né dans le pourpre, Larimar’Quill concentre les espoirs de nombreux aficionados de jumping, à commencer par ceux de son naisseur et copropriétaire, Jean-Christophe Lecorneur, et ceux de Denis Polge, qui en détient l’autre moitié. Les éleveurs, qui lui ont confié plus de trois-cents juments en 2025 pour sa première année de monte à quatre ans, espèrent aussi faire naître de futurs cracks dans les prochains jours. Préservé sportivement la saison dernière après avoir été sollicité lors du championnat des mâles Selle Français de deux ans puis du testage de ces derniers un an plus tard, le fils d’Emerald van’t Ruytershof et Déesse de Kerglenn a fait ses premiers pas en compétition début 2026 avec… Harrie Smolders. Dix-septième meilleur cavalier du monde, le Néerlandais, très pris par ses engagements internationaux, n’a pas boudé son plaisir de découvrir ce jeune diamant à l’occasion d’un séjour aux Pays-Bas de quelques jours et de trois parcours. De retour en France, Larimar’Quill a poursuivi sa prise d’expérience sous la selle de Cédric Bellanger sur le New Tour et au salon des étalons de Saint-Lô, avant de rejoindre le haras de Clarbec pour une nouvelle saison de monte en frais. À seulement cinq ans, le petit-fils de Mylord Carthago semble avoir déjà tout d’un grand. Charismatique, talentueux et intelligent, le bai brun devra confirmer dans les années à venir, mais son entourage ne doute pas vraiment du chemin qui l’attend. Portrait d’un phénomène en devenir à découvrir en trois volets.

À l’image de Loveur de Startup, autre prodige de sa génération, l’impressionnant et envoûtant Larimar’Quill, cinq ans, a déjà tout pour briller : les origines, le look, le modèle, et surtout le bon environnement, où gravitent autour de lui les personnes adéquates, de ses cavaliers, à ses propriétaires, son éleveur et son étalonnier. Après les success stories de son père, Emerald van’t Ruytershof, qui n’est plus à présenter, et de sa mère, la géniale Déesse de Kerglenn, gagnante à 1,55m et classée en Grand Prix de la Coupe du monde avec Harrie Smolders, le puissant bai brun a pourtant une sacrée pression sur les épaules. Mais jusqu’à présent, le Selle Français n’a jamais déçu, bien au contraire.

Le mois dernier à Saint-Lô, Larimar'Quill a livré une nouvelle démonstration de ses aptitudes. © Mélina Massias

La pandémie de Covid-19 comme aubaine

Pour comprendre comment est né Larimar’Quill, au propre comme au figuré, il faut remonter quelques années en arrière. L’histoire débute un jour de mars 2019 aussi venteux que pluvieux. Elise Mégret et Jean-Christophe Lecorneur, à l’affût d’une perle rare au bord de la carrière principale du pôle hippique de Saint-Lô, flashent sur une dénommée Déesse de Kerglenn. Âgée de tout juste six ans, la fille de Mylord Carthago est présentée par son naisseur, le Breton Ronan Richard, pour sa première sortie sur le Cycle classique de l’année. Onzième de la finale des jeunes chevaux de quatre ans à Fontainebleau en 2017, la belle est ensuite passée aux rênes de sa propriétaire, Pauline Mouden, à cinq ans. Après quelques sorties non concluantes sur le circuit amateur, l’amazone a repassé le relais à Ronan Richard et décidé de se séparer de sa complice. “Jean-Christophe et moi étions à Saint-Lô. Il faisait un temps épouvantable, mais les conditions météorologiques ont peut-être joué en notre faveur, car très peu d’acheteurs potentiels étaient présents ce jour-là. Jean-Christophe, qui connaît bien Ronan, lui a fait part de notre intérêt. Corentin Derouet a essayé Déesse pour nous et nous l’avons achetée”, résume Elise Mégret. “Nous avons eu un coup de cœur pour Déesse”, renchérit Jean-Christophe Lecorneur. 

Déesse de Kerglenn, la mère de Larimar'Quill, a évolué jusqu'au plus haut niveau avec Harrie Smolders. © Mélina Massias

Les deux amis confient alors leur jeune pépite à Félicie Bertrand, afin qu’elle assure la suite de sa formation. Un mot d’ordre domine : patience. “Nous sommes allés très doucement avec Déesse à six ans, car elle est extrêmement respectueuse et sautait avec beaucoup de marge. Nous voulions faire les choses progressivement, afin qu’elle prenne confiance en elle”, souligne Elise Mégret. Après une saison éducative à six ans, Déesse voit sa progression sportive être entravée par… la pandémie de Covid-19 ! Ses deux co-propriétaires d’alors décident de profiter de cette pause forcée, et du flottement qui imprègne le monde et les activités en tout genre, pour effectuer des transferts d’embryons avec leur championne en devenir. “Nous n’avions pas spécialement prévu de réaliser des transferts avec Déesse, mais l’incertitude de la période nous a poussé à saisir cette chance. Déesse était déjà une super jument, issue d’une excellente souche maternelle, alors nous avons profité de cette pause forcée pour tenter d’avoir un ou deux poulains”, poursuit la co-gérante du haras de Clarbec. La fille de Mylord Carthago est d’abord mariée à Emerald van’t Ruytershof, grand gagnant avec Harrie Smolders et très bon reproducteur. “Plusieurs éléments nous ont poussés à choisir Emerald, qui était déjà un étalon confirmé. Nous savions qu’il allait apporter du sang et un peu d’os, ce qui convenait bien à Déesse, qui a de la taille mais est très légère et très sport dans son modèle. Ce croisement nous semblait assez complémentaire, d’autant qu’Emerald est très rapide dans son geste de devant”, décrypte Elise. Et Jean-Christophe de compléter : “Pour nous, Emerald était l’étalon qui correspondait le mieux à Déesse. Et, bien que sa semence soit distribuée à la paillette, nous connaissions sa très bonne fertilité, ce qui était gage de sécurité. Le sang de Diamant a, de plus, souvent bien fonctionné avec la souche de Kerglenn. D’ailleurs, en choisissant Emerald pour Déesse, qui est une arrière-petite-fille de Diamant via sa deuxième mère, Shana de Kerglenn, nous avons réalisé un inbreeding assez proche. Finalement, nous avons concentré tous les très bons côtés de Diamant !”

En 2020, Elise Megret et Jean-Christophe Lecorneur ont choisi Emerald van't Ruytershof pour leur jeune championne Déesse de Kerglenn, contrainte au repos en rasion de la pandémie de Covid-19. © Dirk Caremans / Hippo Foto



“À la naissance de Larimar, je faisais la tête car j’avais eu un mâle alors que je voulais absolument une pouliche !”, Jean-Christophe Lecorneur

De cette première insémination, les deux compères récoltent deux embryons. Une main innocente tire alors au sort et leur en attribue chacun un. “Comme Elise et moi étions co-propriétaires de Déesse, il a fallu répartir les embryons. Nous avons chacun eu notre jument porteuse”, se souvient Jean-Christophe. Dans le même temps, Déesse donne aussi un embryon avec Chacco Rouge. Onze mois plus tard, trois poulains tombent dans la paille. Le premier d’entre eux naît le 5 mai, pour le compte de l’homme à la tête de l’affixe Quill. “À la naissance, je faisais la tête car j’avais eu un mâle alors que je voulais absolument une pouliche ! Une semaine plus tard, Elise m’a appelé pour me dire qu’elle avait eu une pouliche et je me suis dit, en plaisantant, que la chance souriait toujours aux mêmes !”, s’amuse-t-il aujourd’hui. L’ancien professionnel du milieu équestre, cavalier formateur, entre autres, des bons Up To You et Un Dollar de Blondel à quatre ans, désormais reconverti dans un autre domaine et pour qui l’élevage est une vraie passion, nomme son poulain Larimar’Quill. Sa propre sœur prend, elle, le nom de Last Dance GEM, tandis que la descendante de Chacco Rouge, dont Elise et Jean-Christophe sont co-naisseurs à parts égales, est baptisée Lisette EJC. 

Larimar'Quill est tombé dans la paille le 5 mai 2021. © Collection privée

Entre la conception et la venue au monde de ses trois premiers et seuls produits à ce jour, Déesse a repris sa progression, continuant de confirmer tous les espoirs placés en elle. Pendant que Larimar, Last Dance et Lisette grandissent paisiblement, la belle gravit les marches vers le plus haut niveau. Avec Félicie Bertrand, elle se classe jusqu’en Grand Prix 3*, puis déménage aux Pays-Bas pour poursuivre sa route avec Harrie Smolders, dès le printemps 2023. Le duo se met rapidement en évidence et décroche sa première victoire commune au CSIO 5* de Barcelone, lors d’une épreuve à 1,50m. Très compétitive, Déesse termine deuxième de son premier Grand Prix 4* quelques semaines plus tard, à Stockholm, puis entame 2024 en fanfare, avec une dixième place dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Bordeaux. Jusqu’à l’été 2025, la paire enchaîne les classements jusqu’à 1,55m et s’impose même à cette hauteur lors d’un Grand Prix 3* joué à Opglabbeek. “Déesse est ultra compétitive, extrêmement respectueuse et très rapide”, loue Elise, qui, en accord avec Jean-Christophe, a laissé partir sa pépite en fin d’année dernière. “Après ses très bonnes performances avec Harrie Smolders, nous n’avions pas spécialement envie de vendre Déesse, mais nous avons reçu une demande de Jose Manuel Ibañez, un cavalier chilien qui avait vu beaucoup de vidéos d’elle. Il était tombé amoureux de Déesse et a vraiment insisté pour l’essayer. Sous la selle, son coup de foudre s’est confirmé et tout s’est tellement bien déroulé que nous avons accepté de la lui céder. Avant de s’envoler pour le Chili avec Déesse, Jose Manuel Ibañez a passé quelques jours dans les écuries d’Harrie, afin qu’il lui explique autant de choses que possible sur elle. Il a également beaucoup échangé avec les grooms qui s’occupaient d’elle aux Pays-Bas et a pris note de toutes ses habitudes, des soins qu’elle recevait, etc. Je pense qu’il s’agit d’un vrai Homme de cheval et cela me fait vraiment plaisir. Je pense que Déesse a trouvé un cavalier qui l’aime et la respecte énormément. Elle a rapidement obtenu des classements à 1,50m au Chili et a même été médaillée de bronze lors des championnats nationaux ! Ce sont des débuts prometteurs, qui nous laissent espérer qu’ils aillent le plus haut possible ensemble. Pour avoir vu de nombreuses vidéos de leurs parcours, on sent que Déesse fait 100 % confiance à son cavalier et qu’elle donne tout pour lui. Et cela ne peut s’obtenir que par le respect mutuel.” 

Vendue au Chili il y a quelques mois, Déesse de Kerglenn a laissé trois produits à ses anciens co-propriétaires, Elise Mégret et Jean-Christophe Lecorneur. © Sportfot

“Larimar a failli être castré à plusieurs reprises car nous n’avions pas de solution pour lui trouver des copains”, Jean-Christophe Lecorneur

Pendant que leur mère brillait sur la scène internationale, Larimar et ses sœurs, eux, ont découvert la vie. S’il n’a que cinq ans en 2026, le jeune étalon a déjà connu quelques rebondissements dans son parcours. En 2021, d’abord, le bai brun est présenté aux ventes Fences… et racheté, pour plus de trente mille euros ! “Je n’envisageais pas du tout de me lancer dans l’étalonnage, un domaine qui m’était complètement étranger. Je me suis alors dit que j’allais vendre Larimar”, avoue son éleveur. “En septembre, il est passé sur le ring des ventes Fences. Le même jour, sa mère s’est classée dans l’une des premières épreuves comptant pour le classement mondial de sa carrière, à Lierre, avec Félicie Bertrand. Déesse avait déroulé un parcours absolument magnifique. Alors, j’ai finalement racheté Larimar ce soir-là !” Une décision qui n’a pas arrangé les statistiques de la soirée pour les associés Fences, mais qui a finalement permis la genèse d’une très belle aventure humaine, sportive et d’élevage. Pourtant, ce dernier point aurait pu être complètement… inexistant.

En effet, si Larimar’Quill séduit aujourd’hui les éleveurs par centaines, il a bien failli… devenir hongre ! “Tous mes poulains grandissent au haras d’Écouché, dans l’Orne. Là-bas, sont élevés énormément de poulains Trotteur, qui, pour la plupart, partent à l’entraînement ou sont vendus à dix-huit mois. Larimar s’est alors retrouvé seul, ce qui n’était pas idéal. Il a failli être castré à plusieurs reprises car nous n’avions pas de solution pour lui trouver des copains”, reprend son naisseur. “Il a finalement grandi dans un grand champ de trois hectares, avec des voisins. Il l’a très bien vécu et a toujours été très gentil et facile à manipuler, depuis tout petit. Il a vraiment bon caractère.”

Si Jean-Christophe Lecorneur rêvait d'avoir une pouliche de Déesse de Kerglenn, il n'a aujourd'hui aucun regret d'avoir accueilli un étalon aussi plébiscité que Larimar'Quill ! © Collection privée

La deuxième partie de cet article sera disponible mercredi sur Studforlife.com...

Photo à la Une : Jean-Christophe Lecorneur et Denis Polge posent aux côtés de leur roi Larimar'Quill, en qui ils fondent de grands espoirs. © Mélina Massias