Une domination sans partage. Voilà ce qui pourrait résumer la prestation de Julien Epaillard et son indissociable Donatello d’Auge dans le Grand Prix de la Coupe du monde Longines d’Amsterdam. Hégémoniques, les deux complices n’ont laissé aucune chance à leurs onze adversaires du barrage pour s’offrir une deuxième victoire sur cette piste, trois ans après la dernière. Avec plus d’une seconde et demie de débours, Alain Jufer et Dante*MM ont signé le deuxième meilleur double zéro de l’épreuve, comme à Vérone il y a quelques semaines. Le revenant Delux van T&L, qui a retrouvé deux chevaux issus de la même lignée maternelle que lui dont sa sœur utérine, lors de la finale au chronomètre, offre quant à lui une troisième place pleine de saveur à Niels Bruynseels.
Quel sens du rythme, quelle complicité, quel talent. Nette et sans bavure, la victoire de Julien Epaillard et Donatello d’Auge dans le Grand Prix de la Coupe du monde Longines d’Amsterdam, dimanche 25 janvier, a mis tout le monde d’accord. Le poing serré et le sourire aux lèvres dès sa sortie de piste, le Normand, pourtant d’ordinaire très prudent, avait bien conscience du petit exploit signé aux rênes de son fidèle complice. En coupant la ligne d’arrivée en 39’’87, le numéro dix mondial et son fils de Jarnac étaient tout bonnement invincibles aux Pays-Bas… comme il y a trois ans sur cette même piste ! Une victoire de plus, donc, à ajouter à leur palmarès de prestige, qui compte pléthore de premières places, dont la plus belle reste assurément celle acquise en finale de la Coupe du monde, à Bâle, au printemps dernier. Pour le reste, est-il encore nécessaire d’évoquer le talent de ces deux-là ? Au pays des Bataves, ils étaient tout simplement imbattables. Si certains couples ont cru pouvoir les détrôner, tous ont échoué.
Julien Epaillard et son Selle Français Originel Donatello d'Auge ont triomphé pour la deuxième fois dans l'épreuve reine du CSI 5*-W d'Amsterdam. © Maxime David - MXIMD Pictures
“Ce n’est jamais simple de gagner un Grand Prix. J’ai pris tous les risques. J’ai eu un peu de chance sur le numéro 1, mais mon cheval est incroyable”, s’est réjoui ce compétiteur dans l’âme. “J’ai vraiment de la chance d’avoir Donatello ; il se donne toujours à 100 %. J’ai de l’expérience maintenant : j’ai joué risqué et cela a payé. J’en suis très heureux. J’essaie toujours de venir à Amsterdam avec mes meilleurs chevaux et de donner le maximum. Parfois, il faut un peu de chance pour gagner comme aujourd’hui, mais c’est toujours un plaisir d’être ici.”
Satisfaction du travail bien fait pour Julien Epaillard, impérial sur son Donatello d'Auge ! © Maxime David - MXIMD Pictures
Un barrage accessible
Le tracé imaginé par Louis Konickx, assez classique dans sa conception, a permis à douze couples de revenir en piste pour une finale au chronomètre. Dès le coup d’envoi de l’épreuve, Kevin Staut et Vida Loca ont ouvert le compteur des clear rounds. La précoce fille de Vigo d’Arsouilles, lauréate de son premier Grand Prix 4* à Canteleu à seulement huit ans en 2023 puis quelque peu submergée par sa très rapide ascension vers les sommets, avait retrouvé de son brillant, surtout en début de parcours. Hélas, cela ne s’est pas confirmé au barrage, la belle ayant échoué à laisser les deux premières barres du parcours raccourci sur leurs taquets, terminant onzième.
Cinquième à tenter sa chance au tour initial, Pénélope Leprevost a rapidement rejoint son ancien complice en grands championnats au barrage aux rênes du plaisant Ehning Flamingo. Si sa cavalière a dû assez fortement le solliciter, le gris a parfaitement assuré son rôle de cheval de tête, endossé au pied levé. Auteur d’un second score vierge, le fils de Cardento dont la vitesse n’est pas la première qualité s’est assuré une excellente cinquième place, bien aidé par le scénario du jour, offrant à sa cavalière de vraies chances de filer au Texas au printemps pour ce qui serait sa cinquième finale de la Coupe du monde Longines et la première depuis dix ans !
Ehning Flamingo a offert de précieux points à son amazone en vue d'une potentielle qualification pour la finale du circuit. © Maxime David - MXIMD Pictures
Si quelques très bonnes prestations, à l’instar de celles d’Annelies Vorsselmans sur Trezeguet, Oda Charlotte Lyngvaer et Carabella vd Neyen ou encore Luke Dee associé à Gangster WW, ont été sanctionnées d’une faute au tour initial, neuf paires ont affronté les trois représentants tricolores au barrage. Partie juste après Pénélope Leprevost, Jodie-Hall McAteer a connu quelques difficultés avec la démonstrative La Gupardie, sanctionnée de neuf points et d’une douzième place finale. La fille de Vinnie, alias Van Gogh, a fait étalage de ses capacités, que sa cavalière n’a pas toujours parfaitement maîtrisées, pour ce qui était leur toute première apparition en CSI 5* et, de fait, leur premier Grand Prix à ce niveau.
Au barrage, Philipp Schulze-Topphoff a été le premier à prendre de vrais risques sur Carla, une fille du bondissant Comme Il Faut. Mais l’Allemand a écopé de huit points et devra attendre avant de reproduire sa performance dans l’étape de La Corogne en décembre 2021. Derrière, le parcours à couper le souffle de julien Epaillard et Donatello d’Auge a poussé les derniers candidats à la victoire à la faute.
Bas Moerings et Ipsthar ont été les premiers à en faire les frais. Toujours aussi styliste et visiblement heureux d’être en piste, le bai a renversé… le vertical numéro un ! Rageant. La paire termine neuvième, dans un week-end une nouvelle fois réussi pour la famille Moerings, qui a vu son ancien protégé, Fasther, s’imposer dans le Grand Prix 4* de Wellington. Une bien belle réussite pour ces travailleurs passionnés, dont le discret élevage plane depuis plusieurs mois.
Attachant, le couple formé par Bas Moerings et Ipsthar n'en reste pas moins performant. © Maxime David - MXIMD Pictures
Au classement final, le duo est devancé par deux autres paires néerlandaises. Il s’agit de celles formées par Willem Greve et son extraordinaire Pretty Woman van’t Paradijs, une fois de plus somptueuse dans les airs mais sanctionnée d’une faute au barrage pour le huitième rang, et Kim Emmen et Imagine, septièmes.
Pretty Woman van't Paradijs est sans doute l'une des, si ce n'est la jument à avoir le mieux sauté dans cette épreuve. © Maxime David - MXIMD Pictures
Une lignée maternelle qui détonne
Le scénario du barrage a permis à certains couples de confirmer leur grande forme. Deuxième, Alain Jufer a déroulé un barrage à couper le souffle sur Dante*MM. Le Suisse, déjà deuxième à Vérone, a récidivé en se rangeant une nouvelle fois à ce rang, à plus d’une seconde et demie de Julien Epaillard et son Selle Français Originel ! Pourtant, l’actuel trois-cent-quarante-quatrième mondial a joué son va-tout, optant pour une foulée extrêmement longue sur le dernier oxer sous les bruissements du public. Une stratégie payante, qui permet à l’Helvète de sécuriser sa qualification pour la finale du circuit.
Quelle forme pour Alain Jufer et son fidèle Dante, à nouveau deuxièmes d'un Grand Prix Coupe du monde ! © Maxime David - MXIMD Pictures
Moins rapide mais auteur de deux prestations d’école, Niels Bruynseels se hisse en troisième position aux rênes de son fidèle Delux van T&L. Quel retour pour le fils de Toulon ! Médaillé de bronze avec l’équipe belge aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, vainqueur d’un Grand Prix 5* à Doha la même année, le chic bai a connu une très longue pause, de mai 2024 à octobre 2025, seulement interrompue d’une poignée de sorties internationales en janvier dernier. À dix-sept ans, l’étalon n’a pourtant rien perdu de sa superbe et de son aisance habituelle. Huitième à Malines, il termine cette fois sur le podium, pour le plus grand bonheur de son cavalier.
À dix-sept ans et après une longue pause, Delux van T&L n'a rien perdu de son talent. © Maxime David - MXIMD Pictures
En Belgique en fin d’année dernière, Delux van T&L observait de loin le triomphe de l’exceptionnelle Qalista DN, sur ses terres, à Malines. Cette fois, l’alezane de Gilles Thomas, dernière à pouvoir déloger Donatello d’Auge de son trône, n’a pas connu la même fortune. Alors qu’elle semblait presque en mesure de rattraper le chronomètre supersonique de son aîné, elle a péché sur l’avant-dernier vertical, ses postérieurs ayant effleuré le vertical blanc qui précédait un virage à gauche. Rentrée en 40’’62, la jument la plus riche de sa génération termine sixième, trois rangs derrière… son frère utérin et non loin devant Pretty Woman van’t Paradijs, elle aussi issue de la même lignée maternelle ! Remarquable.
Nouvelle excellente prestation pour la brillante Qalista DN, qui a signé le deuxième meilleur chronomètre du barrage mais a concédé une faute. © Maxime David - MXIMD Pictures
Enfin, parmi les résultats du jour, nul ne saurait occulter la nouvelle performance de Patrick Stühlmeyer et Baloutaire PS. Associés depuis août, les deux partenaires n’en finissent plus de briller. Jusqu’alors voué à des épreuves de moindre envergure sous la selle de Philipp Rüping, qui l’avait toutefois mené à la neuvième place de l’étape Coupe du monde d’Oslo 2024, le fils de Balou du Rouet et petit-fils de Chacco-Blue s’est classé quatrième. Ce résultat s’ajoute à sa deuxième place dans le temps fort du CSI 4* de Francfort, fin décembre, et à sa troisième acquise neuf jours plus tard dans l’épreuve reine du CSI 5*-W de Malines !
Avec Patrick Stühlmeyer, la carrière de Baloutaire PS a pris un nouveau tournant. © Maxime David - MXIMD Pictures
Julien Epaillard et Willem Greve font cavaliers seuls
Au classement général du circuit et à trois étapes de la fin de la ligue Longines d’Europe occidentale, Julien Epaillard et Willem Greve dominent outrageusement les débats. Le Normand, qualifié d’office pour la finale en sa qualité de vainqueur sortant, totalise déjà soixante-six unités, alors qu’une quarantaine suffit habituellement pour décrocher son ticket pour le grand rendez-vous de l’hiver. Willem Greve, vainqueur de deux étapes avec Pretty Woman van’t Paradijs, en compte soixante et un. Suivent, à plus de cinquante unités, Richard Vogel, Johan-Sebastian Gulliksen et Max Kühner. Alain Jufer, Daniel Deusser, Kevin Staut, Simon Delestre ou encore Pénélope Leprevost ont aussi fait une bonne part du chemin qui les séparent de Fort Worth, à condition que tous soient en mesure d’assumer de championnat. Prochain rendez-vous ? Dans quinze jours, à Bordeaux.
Julien Epaillard bondira-t-il encore au sommet d'un Grand Prix Coupe du monde à Bordeaux dans quelques jours ? © Maxime David - MXIMD Pictures
Le classement général provisoire complet.
Photo à la Une : Comme en 2023, Julien Epaillard et Donatello d'Auge ont mis Amsterdam à leurs pieds. © Maxime David - MXIMD Pictures
Les épreuves du CSI 5*-W d’Amsterdam sont à (re)voir sur Clipmyhorse.tv.




















