“Je suis assez convaincu que Larimar’Quill sautera de belles épreuves !”, Harrie Smolders (3/3)
Né dans le pourpre, Larimar’Quill concentre les espoirs de nombreux aficionados de jumping, à commencer par ceux de son naisseur et copropriétaire, Jean-Christophe Lecorneur, et ceux de Denis Polge, qui en détient l’autre moitié. Les éleveurs, qui lui ont confié plus de trois-cents juments en 2025 pour sa première année de monte à quatre ans, espèrent aussi faire naître de futurs cracks dans les prochains jours. Préservé sportivement la saison dernière après avoir été sollicité lors du championnat des mâles Selle Français de deux ans puis du testage de ces derniers un an plus tard, le fils d’Emerald van’t Ruytershof et Déesse de Kerglenn a fait ses premiers pas en compétition début 2026 avec… Harrie Smolders. Dix-septième meilleur cavalier du monde, le Néerlandais, très pris par ses engagements internationaux, n’a pas boudé son plaisir de découvrir ce jeune diamant à l’occasion d’un séjour aux Pays-Bas de quelques jours et de trois parcours. De retour en France, Larimar’Quill a poursuivi sa prise d’expérience sous la selle de Cédric Bellanger sur le New Tour et au salon des étalons de Saint-Lô, avant de rejoindre le haras de Clarbec pour une nouvelle saison de monte en frais. À seulement cinq ans, le petit-fils de Mylord Carthago semble avoir déjà tout d’un grand. Charismatique, talentueux et intelligent, le bai brun devra confirmer dans les années à venir, mais son entourage ne doute pas vraiment du chemin qui l’attend. Portrait d’un phénomène en devenir à découvrir en trois volets.
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La deuxième ici.
Un an après avoir honoré ses toutes premières prétendantes, Larimar'Quill est officiellement devenu père au début du mois de mars. Avant que ses premiers produits pointent le bout de leur nez, le petit-fils de Mylord Carthago a goûté à l’atmosphère de ses premières compétitions, en tout début d’année. Et quel meilleur cavalier qu’Harrie Smolders pour guider le jeune prodige dans la cour des grands ? Après le père, Emerald van’t Ruytershof, et la mère, Déesse de Kerglenn, le Néerlandais a présenté le fils, Larimar’Quill, en compétition, d’abord aux Pays-Bas puis en Belgique. “La mère de Larimar a été vendue il y a quelques mois au Chili. Ses propriétaires ont eu quelques poulains d’elle, ce qui était très intéressant compte tenu de sa lignée maternelle. Ils m’ont fait savoir que Larimar avait sailli beaucoup de juments l’an dernier en France, et c’était intéressant pour lui de se montrer en Belgique et aux Pays-Bas”, introduit l’actuel dix-septième meilleur cavalier du monde. “Larimar est resté un peu moins de deux semaines dans mes écuries. Il me semble avoir un très bon tempérament. Il est très froid dans sa tête, beaucoup plus que sa mère, qui était assez sensible. Larimar est très franc, il ne regarde rien et n’est pas impressionné par son environnement ou par le public. À Lierre, il y avait beaucoup de spectateurs, ce qui peut être intimidant pour un jeune cheval peu expérimenté. Mais Larimar est très studieux et cherche toujours l’obstacle suivant. C’est un cheval très solide dans son modèle, et qui dégage une vraie impression de puissance. Il me rappelle beaucoup sa mère dans la façon dont il utilise son arrière-main, même s’il a probablement naturellement plus de force qu’elle.”
Le Selle Français a effectué ses premiers parcours officiels avec Harrie Smolders, qui a monté ses deux parents au plus haut niveau ! © Mariol Middel
Voir la jeune pépite qu’est Larimar’Quill boucler ses premiers parcours officiels sous la selle d’Harrie Smolders contribue à poursuivre une belle histoire et semble presque couler de source. “Chez Larimar, on retrouve bien sûr ses deux parents, mais aussi un peu Diamant de Semilly. On peut percevoir l’influence des différentes origines qui constituent son pedigree, sans qu’il ne soit plus marqué par l’une ou l’autre”, analyse le champion néerlandais. S’il n’est jamais possible de prévoir l’avenir d’un jeune cheval, qui plus est à cinq ans, Harrie Smolders se montre enthousiaste et confiant quant à celui du bai brun. “Larimar a assurément du potentiel. Je suis assez convaincu qu’il sautera de belles épreuves ! Il est aussi dessiné comme un père. Je pense donc qu’il a à la fois du potentiel en tant que reproducteur et pour le grand sport”, loue sans hésitation le vice-champion du monde par équipe. “Pour l’instant, je n’ai pas beaucoup de temps à lui consacrer, car mon programme est déjà chargé avec mes obligations internationales. J’avais une période plus propice en début d’année, ce qui m’a permis de monter quelques jeunes chevaux et de me faire une idée de leurs caractéristiques et potentiels. C’était très enrichissant. Désormais, je laisse la charge aux cavaliers formateurs de les faire mûrir à leur rythme.” Nul doute que le Néerlandais, qui se dit ouvert à l’utiliser comme étalon dans son propre élevage, ne serait pas contre de poursuivre l’aventure avec Larimar’Quill dans quelques années.

Selon Harrie Smolders, Larimar'Quill montre un potentiel certain à la fois à l'élevage et pour le sport. © Mélina Massias
“Le plus gros défaut de Larimar ? Qu’il n’ait que cinq ans !”, Cédric Bellanger
Après ses premiers pas prometteurs au Benelux, le fils d’Emerald van’t Ruytershof et Déesse de Kerglenn a retrouvé l’Hexagone pour préparer le salon des étalons de Saint-Lô et sa saison de monte, qu’il effectuera une nouvelle fois en frais, au haras de Clarbec. En cette fin d’hiver, le Selle Français en a aussi profité pour gagner en expérience sur quelques étapes du New Tour. Sous la selle de Cédric Bellanger, qui l’a également présenté lors du plus grand rassemblement d’éleveurs d’Europe, Larimar’Quill a confirmé son potentiel, sans forcer.
Désormais installé à son compte, près de Villez-sur-le-Neubourg, aux côtés de son épouse Alexia, le cavalier de quarante-trois ans s’est rapproché de Denis Polge il y a quelques temps. “Denis a souhaité que nous nous rapprochions et m’a proposé de monter Larimar lorsqu’il est en France. La première fois que je l’ai vu, Larimar était monté par Ludovic Simoni. On voyait déjà beaucoup de puissance, mais on pouvait se questionner sur sa modernité. Finalement, une fois en selle, il n’y a plus de doute : il est très, très moderne. Il donne un sentiment d’énergie et de frappe qui est très bon. C’est un cheval très intelligent, ce qui est, je pense, la plus grande qualité d’un cheval de sport. Son plus gros défaut ? Qu’il n’ait que cinq ans ! (rires) Avec lui, on voudrait que tout aille plus vite”, sourit Cédric Bellanger. “Larimar est respectueux, a des moyens. Il sait où est l’obstacle suivant. Lors de ses sorties sur le New Tour, toutes les distances venaient bien, il avait le bon galop. Il a également un très, très bon équilibre. Comme tout cheval de cinq ans, il a encore besoin de s’aguerrir. Je l’aime vraiment beaucoup et on a déjà envie de le voir sur un terrain comme celui de Dinard ou de Fontainebleau à neuf ans.”

Cédric Bellanger n’est pas un néophyte en matière de formation de jeunes chevaux. Sont passés sous sa selle, entre autres, Walloon de Muze, l’olympique Napoli du Ry, Niagara d’Elle, Sire de la Tour Vidal, alias Gaudi, ou encore Quatrin de la Roque. “Larimar a des similitudes avec ces chevaux-là. Il est dans le très haut du panier des chevaux que j’ai eu la chance de monter dans ma carrière”, admire-t-il. “Quand il doit avoir de la frappe, il a de la frappe ; quand il doit montrer des moyens, il montre des moyens. Ce que l’on recherche chez un étalon, ce sont l’équilibre, la qualité et le mental. Sur tous ces points, les curseurs sont très hauts pour Larimar ! Il est, en plus, d’une gentillesse incroyable. Je pense que la stratégie de le faire vieillir doucement, sans surcharger son planning de compétition en parallèle de la monte, est la bonne option. Il a une tête irréprochable et l’avenir semble prometteur pour lui.”
Pour les deux propriétaires du bai brun, l’objectif est limpide : tout mettre en œuvre pour lui permettre de concrétiser les espoirs placés en lui. “Pour nous, tout est très clair : nous allons préserver Larimar pour le grand sport. Nous ne voulons pas lui mettre trop de pression dès maintenant pour qu’il crève l’écran au détriment de son avenir. L’idée n’est vraiment pas qu’il fasse plus d’étincelles qu’il n’en fait déjà. Ce qu’il montre aujourd’hui me semble largement suffisant”, assure Denis Polge. “À Lierre, Larimar a effectué son parcours comme un vieux cheval, prêt à sauter les 5 ans. L’idée est maintenant de continuer à le former gentiment, sans le lasser, car il a énormément de facilités. Il a été hyper studieux et très démonstratif sur ses premières sorties. Il est vraiment sans surprise ! Il est toujours d’accord pour tout, ce qui est très appréciable.”
En quelques sorties, Larimar'Quill semble déjà avoir l'expérience d'un cheval bien plus âgé. © Mariol Middel
Avec un pedigree de rêve, un look à en faire craquer plus d’un et des prédispositions sportives déjà bien établies, Larimar’Quill attise forcément les convoitises. Pour l’heure, Jean-Christophe et Denis ne semblent pas avoir d’objectif de vente à court terme. “J’ai toujours vendu mes chevaux et, il y a quelques mois, j’aurais certainement dit que l’objectif était commercial avec Larimar. Je n’aurais pas réfléchi. Aujourd’hui, le fait qu’il soit à vendre un jour n’est pas une certitude”, confesse le naisseur du fils d’Emerald van’t Ruytershof. “Je ne le pensais pas, mais les étalons ne se gèrent vraiment pas comme les autres chevaux. Au début, la carrière d’étalon de Larimar était annexe pour nous, mais elle a pris une place importante, même si le sport reste notre priorité. S’il doit faire du haut niveau, nous nous donneront les moyens pour qu’il y accède.” Du côté de Denis, le son de cloche est le même : “Il est toujours difficile de prévoir l’avenir. Si quelque chose doit se passer, je ne pense pas que ce sera dans l’immédiat. Nous sommes curieux de voir comment Larimar va produire, et l’aventure humaine, de même que le côté sportif, nous attirent aussi. Nous avons envie d’aller le voir sauter sur les plus belles pistes du monde dans quelques années et de faire partie de cette histoire ! Bien sûr, si une offre exceptionnelle se présente, nous serons obligés d’y réfléchir, mais ce n’est pas notre objectif pour l’instant.”
“Larimar’Quill est le cheval de ma vie”, Jean-Christophe Lecorneur
Disposant vraisemblablement de tous les ingrédients pour briller sur les deux tableaux, tant à l’élevage que dans le sport, Larimar’Quill a tout d’un être onirique pour ses deux copropriétaires, dont les yeux brillent lorsqu’ils l’évoquent. “Larimar représente ce qui m’anime le plus dans mon métier. Avec lui, je vis un rêve total et absolu. En tant que cheval de sport, par ses moyens, sa qualité et son charisme, il est déjà exceptionnel. Pour moi, il fait partie des très grands chevaux, au moins dans sa tranche d’âge”, lance Denis Polge. “J’ai envie de voir mes chevaux évoluer vers le grand sport. Avec Larimar, il y a une belle aventure humaine et sportive qui s’écrit, d’autant plus qu’il s’agit d’un cheval adorable et très attachant. Cela rend les choses encore plus agréables.”
Jean-Christophe Lecorneur, naisseur et désormais co-propriétaire du beau bai brun, peine presque à réaliser ce qu’il vit aujourd’hui. “Le succès de Larimar à l’élevage a été surréaliste ! C’est une belle aventure humaine car, même si Elise n’a pas de part sur ce cheval-là, elle distribue sa semence via le haras de Clarbec et participe à tout cela avec sa maman. Larimar a eu des conditions de stationnement exceptionnelles l’an dernier, ce qui est vraiment génial. Nous avons un peu de pression pour la suite, mais Larimar est une vraie fierté pour nous”, s’émeut-il. “Lorsque j’avais quinze ou vingt ans, j’aurais signé pour être copropriétaire d’un cheval comme lui. Alors, l’avoir en plus fait naître, est le Graal ! Je suis fier. J’aimais beaucoup Déesse, sa mère, et je suis heureux d’avoir son fils. Larimar est le cheval de ma vie.”

L'attachant Larimar'Quill a déjà fait chavirer plus d'un cœur ! © Collection privée
Photo à la Une : Le séduisant Larimar'Quill a pris la pause pour quelques photos, en février, à Saint-Lô. © Mélina Massias





