Comme lors des Jeux olympiques de Paris, Emeric George, récent vainqueur du dernier Grand Prix 4* du Sunshine Tour de Vejer de la Frontera, sera le consultant de Studforlife durant la finale de la Coupe du monde de Bâle. Le Tricolore livrera son analyse et son sentiment à chaque étape de la compétition. Dans ce premier épisode, le Picard se plonge dans la liste des engagés pour tenter de dégager des favoris, évoque le format de la compétition ainsi que le scénario auquel s’attendre pour la Chasse, qui ouvrira les trois journées d’épreuve jeudi, à partir de 20h15.
Les forces en présence
“S’il avait fallu dégager un favori pour cette finale, au-delà de la liste des qualifiés, j’aurais évidemment misé sur Simon Delestre et Cayman Jolly Jumper ! Pour moi, il s’agit du meilleur couple du moment en indoor, en attestent leurs victoires consécutives dans les Grands Prix de Bois-le-Duc et de Paris au Grand Palais. Je ne sais pas si Simon éprouvera du regret, mais tous deux ne seront pas de la partie (le Lorrain a terminé la saison Coupe du monde au vingt-quatrième rang, à douze points d’un ticket qualificatif, après avoir disputé sept étapes, ndlr).
Par rapport aux engagés, on constate que l’Europe est une nouvelle fois très présente, tant en nombre qu’en qualité. Il y a une bonne délégation américaine (malgré l’absence, prévue, de Kent Farrington, leader de la ligue Nord-américaine et le forfait de dernière minute de Laura Kraut, annoncé à la veille du début des épreuves afin de préserver Baloutinue en raison d’une blessure mineure, ndlr), mais, traditionnellement, la victoire revient très souvent aux Européens (sur les quarante-quatre dernières éditions, la coupe n’a filé que dix-sept fois outre-Atlantique, dont trois fois au Brésil grâce à Rodrigo Pessoa, ndlr). C’est un peu le bémol de ce circuit mondial : en réalité, le vrai circuit indoor est lié à l’Europe occidentale. Dans les autres zones géographiques, la plupart des Grands Prix qualificatifs pour la Coupe du monde se déroulent sur des pistes extérieures. L’environnement de la finale n’est donc pas le même pour les couples qui se sont qualifiés sur d’autres continents. Cette année, je pense qu’une nouvelle fois le vainqueur proviendra des qualifiés de la ligue d’Europe occidentale. Il y a des têtes d’affiche, mais je n’ai pas le sentiment qu’un couple en particulier sorte suffisamment du lot pour le désigner comme grand favori. On regrettera également l’absence de Steve Guerdat (convalescent après avoir subi une opération en raison d’une hernie discale, ndlr) à domicile. Ne pas voir son leader est une déception pour la Suisse et pour Steve.”
Les têtes d’affiche
“Si l’on doit distinguer plusieurs groupes à suivre, je mettrais en tête Julien Epaillard et Donatello d’Auge, pour l’expérience de leur couple. Julien n’a qu’un seul cheval de tête aujourd’hui et se concentre sur cet objectif avec lui. S’il est là, c’est qu’il y croit. Après sa deuxième place de l’an dernier (obtenue avec Dubaï du Cèdre, depuis vendue et passée sous la selle de Janne-Friederike Meyer-Zimmermann, ndlr), il aura à coeur de faire une très bonne performance. Julien et Donatello ont en plus gagné l’étape de Bâle en janvier, ce qui constitue un argument de plus en leur faveur. Comment ne pas mettre également Richard Vogel et United Touch S dans ce même groupe de tête ? United Touch est assez incroyable, et il a remporté deux Grands Prix Coupe du monde cette saison, ce qu’il est le seul à avoir réussi. Je pense également à Maikel van der Vleuten et Beauville, qui étaient deuxièmes à Bâle en janvier et qui restent quand même sur une médaille de bronze aux Jeux olympiques de Paris, aux championnats du monde de Herning et aux Jeux de Tokyo ! De fait, il serait difficile de ne pas le citer parmi les têtes d’affiche. Martin Fuchs, qui évoluera, qui plus est, à domicile, fait aussi partie de ce groupe de tête.”
Les challengers
“Parmi les challengers, je citerai Hans-Dieter Dreher, qui courra presque à domicile, puisqu’il habite tout près de Bâle, Marcus Ehning, mais aussi le numéro trois mondial Ben Maher. Kevin Staut, qui a dominé le classement général du circuit, fait aussi partie des cavaliers à suivre. J’aurais bien placé Grégory Wathelet dans le groupe de tête, mais, compte tenu de sa blessure à l’épaule, dont il s’est remis juste à temps pour participer à la finale, sa préparation et celle de Bond Jamesbond de Hay, qui a bien sauté au Grand Palais et semble monter en puissance, a été perturbée. J’ajouterai également son compatriote belge, Pieter Devos à la liste. Grandorado, le cheval de Willem Greve, qui montera aussi Highway, sûrement pour la Chasse, m’a fait forte impression à Bordeaux. Je pense qu’il aura une très belle carte à jouer.”
Henrik von Eckermann, un titre à défendre
“En fin d’année, à La Corogne et Genève, Henrik von Eckermann a senti que King Edward, qui a dérobé deux fois au barrage, n’était pas forcément très à l’aise en indoor. Il a donc préféré mettre un terme à sa saison Coupe du monde et le relancer sur des épreuves plus faciles en extérieures, jusqu’à finir son hiver par le Grand Prix Rolex de Wellington le week-end dernier. On ne peut que saluer le fait qu’il n’ait pas insisté avec King Edward et qu’il ait su s’adapter. Même si Iliana est une très bonne jument, elle n’est pas au même niveau que King Edward. Très peu de chevaux jouent dans la même cour que lui. Mais, en tant que numéro un mondial, Henrik von Eckermann reste un challenger sérieux. On ne peut pas être numéro un mondial durant trois ans sans avoir un excellent deuxième cheval, ce qu’est Iliana. Henrik von Eckermann n’est toutefois pas aussi favori qu’il aurait pu l’être avec King Edward.”
Prime à la fraîcheur
“Le format de la finale de la Coupe du monde est assez long et exigeant. C’est évidemment un rendez-vous de très haut niveau, dont la particularité est que certains cavaliers monteront deux chevaux. Historiquement, peu de victoires ont récompensé deux chevaux (cela s’est produit deux fois, en 2010 à Genève avec Lord’s Fantastic Mouse, alias Nolte’s Küchengirl et Plot Blue, que montaient Marcus Ehning, puis en 2022 à Leipzig, avec Flying, alias The Sinner et Chaplin, complices de Martin Fuchs, ndlr). Pour y parvenir, il faut avoir deux chevaux complémentaires. Quoi qu’il en soit, il faudra des chevaux avec de la fraîcheur. Sur ce point-là, je pense que tout a été très bien planifié du côté de tous les favoris, mais prime à ceux qui auront réussi à se qualifier sans utiliser un seul cheval. J’ai quelques craintes, par exemple, pour Robert Whitaker et Vermento, qui a été très très bon au début du circuit Coupe du monde mais a beaucoup sauté cet hiver. Un tel rendez-vous demande toutes les qualités. Avec la Chasse, il faut aussi pouvoir aller vite d’entrée de jeu, ce qui constitue un exercice difficile. Ensuite, il faut aligner les sans-faute. Il y aura quatre parcours et un barrage pour les meilleurs, donc la route sera longue.”
Quel scénario prévoir jeudi soir ?
“La Chasse de la finale de la Coupe du monde constitue un enjeu stratégique, peut-être encore davantage que dans certains autres championnats. On peut perdre un championnat à la Chasse, mais on ne le gagne jamais à l’issue de cette épreuve. L’ordre de départ de vendredi sera décidé à l’inverse des résultats de la Chasse. Dans l’optique d’un éventuel barrage vendredi soir, pouvoir observer ses adversaires avant son passage présente tout de même un intérêt. Bien figurer dès jeudi soir au classement permet de prendre de l’avance, mais aussi de garder un œil sur la concurrence. Je pense que les favoris vont tenter de prendre l’avantage dès la Chasse : il ne s’agira pas d’assurer un sans-faute et de serrer un ou deux virages. Je m’attends à une Chasse courue et disputée. Cette épreuve est le point fort de certains cavaliers, à l’image de Julien Anquetin. Il aura certainement envie de bien se positionner, de tenter le coup à fond et de jouer sa carte. Je pense que nous verrons les favoris en tête, en plus de quelques surprises. J’espère pour Julien qu’il fera partie de ces bonnes surprises. Daniel Coyle ou Sophie Hinners, dont nous n’avons pas parlé mais qui ont réalisé de super saisons Coupe du monde, auront aussi à cœur de tirer leur épingle du jeu. Je m’attends à une très belle finale, très disputée, dans un très beau contexte.”
La liste complète des engagés.
Les résultats en direct.
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Photo à la Une : L’écrin de Bâle accueillera la finale de la Coupe du monde. © Longines CHI Classics Basel / Emeric George. © Scoopdyga