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“J’espère que mes performances vont m’ouvrir les portes d’un CSIO 5*”, Mégane Moissonnier

Grâce à ses performances de janvier à Doha, Mégane Moissonnier est passé du cent vingt-deuxième au soixante-seizième rang du classement mondial Longines de saut d'obstacles.
Interviews jeudi 12 février 2026 Jocelyne Alligier

Dauphine par deux fois de l’intouchable Scott Brash dans les Grands Prix 5* de Doha en janvier, Mégane Moissonnier enregistre une progression spectaculaire au classement mondial Longines. L’amazone est désormais soixante-seizième, en progression de quarante-six places, et septième meilleure représentante du clan français. Profitant d’une pause dans la série de concours organisée au Qatar, la Bressane qui a fêté ses vingt-huit ans en novembre dernier a retrouvé son fief de Lent, aux portes de Bourg-en-Bresse, afin de monter ses autres chevaux. À cette occasion, elle s’est prêtée au jeu du questions-réponses, évoquant, entre autres, son épopée aux portes du désert, qu’elle entend bien poursuivre avec autant de succès en février et mars.

Depuis plusieurs années, vous aviez pour habitude de débuter l’année sur les concours de la côte espagnole. Qu’est-ce qui vous a fait choisir Doha, au Qatar, en 2026 ?

Durant un concours à Gassin, à l’automne dernier, Laurent (Guillet, dont elle monte des chevaux depuis 2019, ndlr) m’a parlé de son idée de commencer la saison à Doha, où il y a une série de CSI 5* avec une bonne dotation et pas énormément de monde. Nous nous sommes dit que le changement pouvait avoir du bon, même si nous savions que cela allait coûter beaucoup plus cher. Avec les transports, on est sur un budget d’environ 25 000 € par cheval ! Je crois que certains cavaliers profitent d‘invitations, mais dans notre cas, tout est à notre charge. Cela étant, enchaîner les CSI 5* dès le début de saison permet de se mettre directement sur la bonne voie et d’engranger de l’expérience. Pendant ce concours à Gassin, Laurent a échangé avec des personnes qui sont allées là-bas par le passé, comme la famille Sadran, afin d’en savoir plus sur les conditions d’accueil et la procédure pour s’y rendre, et nous avons décidé de tenter l’aventure.

Dernier fils de la matrone Fragance de Chalus, Qoup de Cœur de Muze se plaît à Doha, tout comme sa cavalière ! © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Comment s’est organisé le déplacement ?

Les chevaux sont partis pour Liège le 29 décembre, en camion, avec ma groom Pauline Harand. Elle était accompagnée d’un chauffeur, qui a ramené le camion chez nous : compte tenu de la durée du déplacement, nous ne pouvions pas le laisser sur le parking de l’aéroport ! Le vol était le lendemain et Pauline a pu rester avec les chevaux et s’en occuper. C’était vraiment bien car il s’agissait du premier voyage en avion de nos chevaux. Il y avait une cinquantaine de chevaux sur ce vol, qui n’était pas le premier pour Doha. À l’arrivée, des camions de l’organisation les emmènent sur le site en convoi. Il n’y a pas de quarantaine ; les chevaux sont simplement répartis dans les écuries en fonction des continents d’où ils viennent. Quant à moi, je suis partie le 30 décembre et nous nous sommes débrouillées toutes seules avec ma groom la première semaine. Laurent nous a ensuite rejoints et nous sommes rentrés en France les semaines où il n’y avait pas de concours. Pauline, quant à elle, reste sur place pour s’occuper des chevaux. Cela fait plus de deux ans que nous travaillons ensemble et elle monte très bien sur le plat. Fin janvier, mon maréchal, Guillaume Chabert, a fait le déplacement pour s’occuper des ferrures des chevaux.

Dans sa réussite, Mégane Moissonnier peut compter sur sa groom, Pauline Harant. © Collection privée

“La piste principale de Doha est immense : on se croirait dans un stade de foot !”

Al Shaqab, le site du concours, semble immense. Quelle a été votre impression ?

Oui, c’est gigantesque ! La piste principale est immense : on se croirait dans un stade de foot ! Je n’avais jamais vu un éclairage pareil pour des épreuves en nocturne. Il n’y a pas une seule ombre et les conditions sont même plus faciles la nuit tant la piste est bien éclairée. En journée, la moitié de la piste est au soleil, tandis que l’autre est dans l’ombre en raison de la toiture des tribunes. On passe d’une partie en plein soleil à l’autre, ce qui fait une grosse différence de luminosité et peut gêner les chevaux. La nuit, ils n’ont pas à appréhender ces changements, ce qui les rend presque plus à l’aise. Il y a aussi une autre piste extérieure de concours, une intérieure qui pourrait être le théâtre d’épreuves 5* par sa qualité, deux manèges, une carrière extérieure qui fait office pour l’arène indoor, une piste de galop et plein de paddocks en sable où l’on peut lâcher les chevaux, même les jours de concours. C’est vraiment bien pour leur permettre de se détendre. Le site dispose d’une clinique, qui est l’une des plus importantes du Moyen Orient. Il y a même un spa avec piscine pour les chevaux ! Il y a beaucoup de boxes en dur et même si nos chevaux sont sous une énorme tente avec des boxes en bois, c’est quasi équivalent. Sur la première quinzaine, il y avait pas mal de public. Il me semble qu’il y en avait moins ensuite, mais les tribunes sont tellement grandes qu’il est difficile de les remplir ! En bord de piste, il y a des endroits où l’on peut boire du thé et manger, un peu comme des cafés, et c’est très sympa !

La Bressane a été impressionnée par les infrastructures du gigantesque complexe sportif d'Al Shaqab. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Comment est l’ambiance sur place ? Que faites-vous les jours où il n’y a pas de compétitions ?

Avec quatre chevaux, je suis déjà occupée au moins une demi-journée. J’ai fait un peu de tourisme, mais à part la ville de Doha avec son hyper centre de buildings comme à Dubaï, on est vite dans le désert ! À une quinzaine de minutes, on trouve une architecture un peu plus typique et l’organisation nous a prévu quelques animations très sympas comme un dîner dans le désert avec de la musique live. Pendant le concours, tout est très bien organisé, avec un timing parfait. Peu de Français sont présents sur place. Il y a Jean-François Rondoux, qui travaille pour une écurie qatarie, et Cyrine Cherif qui est aussi installée sur place, mais seules Inès Joly et Lara Tryba - qui est arrivée lors de la deuxième quinzaine - ont fait le déplacement depuis la France. Même si nous ne logeons pas dans le même hôtel, nous nous retrouvons pour échanger et faisons souvent les reconnaissances ensemble.

N’y-a-t-il pas un risque de lassitude pour les chevaux, qui concourent toujours sur le même terrain ?

C’est différent selon les chevaux : certains peuvent, en effet, s’ennuyer tandis que cela peut être bénéfique pour d’autres. Être toujours au même endroit peut leur donner confiance et leur permettre de prendre de l’expérience. Mais je trouve que le site est tellement grand, avec tellement d’endroits différents pour travailler, qu’il y a peu de risque de les lasser. Même si le terrain de concours est toujours le même, certains parcours se font de jour, d’autres de nuit. Ce n’est pas le même chef de piste d’une quinzaine à l’autre non plus. J’ai trouvé que ceux de la deuxième quinzaine, signés par le chef de piste allemand Peter Schumacher, étaient plus costauds et techniques. La seconde manche du dernier Grand Prix était plus longue qu’un barrage classique et proposait de grandes galopades et des demi-tours techniques. C’est difficile, mais vraiment intéressant à monter.

Présente au Qatar avec quatre montures, dont Chacarija PS, ici en photo, Mégane Moissonnier a enchaîné les classements. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour



“Sur le plat, Crooner Tame n’est plus le même cheval”

Quels chevaux vous accompagnent à Doha ?

Vu les frais engagés, l’idée était d’emmener des chevaux compétitifs. On ne pouvait pas se permettre de faire le déplacement avec des jeunes chevaux à travailler ! Pour ce premier mois, cela a bien fonctionné. D’abord il y a Crooner Tame (Conrad x Quincy, alias Quaprice Bois Margot), qui s’imposait, car c’est mon cheval de tête. Il était le seul prêt à prendre part à des Grands Prix 5*. En un mois, il a remporté plus de gains que l’an dernier (où il avait déjà fait une très bonne saison, en remportant le Grand Prix 4* de Bourg-en-Bresse et en signant de nombreux classements au niveau 4 et 5*, pour près de 150 000 € de gains, contre plus de 200 000 € empochés en janvier 2026 !, ndlr). J’ai également avec moi trois chevaux de dix ans qui sont déjà compétitifs et que l’on souhaite faire progresser au niveau 5*. Il y a d’abord Qoup de Cœur de Muze (Mosito van het Hellehof x Jalisco B), qui est le dernier produit de Fragance de Chalus (mère, entre autres, des étalons Norton d’Eole, Bamako de Muze et Mylord Carthago, ndlr). Il est étalon et avait été prélevé avant que Laurent l’achète. Il compte déjà quelques produits, mais désormais, l’objectif est le sport. Il a déjà obtenu de bons classements l’an dernier à 1,50 et 1,55m et a disputé sa première épreuve à 1,60m à Lyon fin 2025. L’idée à Doha, où il a très bien commencé, est de lui faire faire de belles épreuves, qu’il soit régulier sur ces hauteurs, et de le propulser pour l’amener sur un Grand Prix à 1,60m à la fin de la tournée s’il est prêt. Concernant Chacarija PS (Chacoon Blue x Carthago), qui appartient à Philippe Léoni, je ne la monte que depuis octobre dernier et elle a effectué son premier parcours à 1,50m à Doha. Elle est classée dans toutes les épreuves auxquelles elle a participé et n’a fait tomber qu’une barre dans une épreuve des Six barres ! C’est une jument incroyable, très concours, généreuse, qui ne veut que bien faire, et qui est, en plus, assez facile ! L’idée est potentiellement de la commercialiser. Enfin, je peux compter sur Kandoo (Kannan x First Mate) qui a débuté à 1,50m l’an dernier avec de bons résultats à la clef. À Doha, il a notamment terminé sixième d’un des Grands Prix 3*.

Avec Crooner Tame, la jeune amazone a été par deux fois la dauphine de l'intouchable Scott Brash en Grand Prix 5* en janvier. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Crooner Tame s’est révélé l’an dernier, mais semble avoir encore franchi un cap à Doha. Comment expliquez-vous son évolution ?

Je me suis efforcée de lui donner un travail régulier. Je pense qu’il lui manquait des bases et qu’il avait besoin de plus de cadre dans son programme d’entraînement. À la maison, lorsque je le détends sur la piste de galop, il peut être complètement fou et se comporter comme un poulain ! En revanche, une fois de retour sur la carrière, il est de nouveau totalement sérieux. Avant, il avait peur de tout et était capable de faire un écart à cause d’un pot de fleurs près d’un obstacle. Ce souci a l’air d’être réglé. Sur le plat, ce n’est plus le même cheval. Le travail régulier l’a assagi. Il était un peu délicat dans son physique, avec une bouche un peu raide et j’ai trouvé une routine pour lui : je le détends dix minutes la tête en l’air, comme au poney club (rires), puis je peux le faire travailler. Cela semble bien lui convenir ! L’hiver, je travaille sur le plat avec le dresseur Jean Vesin. Nous avons fait une séance la semaine avant de partir à Doha et il a été vraiment surpris de l’évolution de Crooner. Je crois qu’il a compris son travail et qu’il est vraiment devenu plus sérieux qu’avant ! Je peux tourner beaucoup plus court, même si ce n’est pas encore assez pour battre Scott Brash ! (rires) La seconde manche du dernier Grand Prix, qui comportait plusieurs demi-tours, n’était pas évidente pour lui, mais maintenant qu’il ne s’écarte plus des obstacles, je peux galoper et il est beaucoup plus rapide.

En un mois,  Crooner Tame, qui s'est révélé à Doha, a touché plus de gains qu'au cours de toute l'année 2024 ! © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

“Avoir gagné autant de places au classement mondial est incroyable !”

Vous aviez participé à des étapes du Longines Global Champions Tour il y a quelques années. Cette série de concours à Doha est-elle similaire en termes d’expérience ?

J’ai participé au Global Champions Tour en 2018. J’étais encore Jeune Cavalière et je n’avais jamais sauté aussi haut ! Cette expérience m’a été utile, mais elle est incomparable avec ce que je vis à Doha. Évoluer au niveau 5* toutes les semaines permet d’avancer plus vite, de trouver ce niveau plus facile par la suite. Pour les chevaux, la série de concours au Qatar est aussi plus facile, car ils n’ont pas à sauter deux parcours à 1,55 et 1,60m pour se qualifier pour le Grand Prix comme c’est le cas sur les étapes du Global Champions Tour. Comme nous ne sommes pas très nombreux à Doha, il n’y a pas d’épreuve qualificative pour le Grand Prix. Il y a donc moins de pression. Par exemple, le dernier week-end de janvier, Crooner a simplement participé à une compétition à 1,40m le premier jour avant de prendre part au Grand Prix. Quand on enchaîne les semaines, ne faire qu’une petite épreuve avant le Grand Prix est une bonne chose et permet de préserver les chevaux.

Grâce aux séries de CSI organisées à Doha, la Tricolore peut engranger une précieuse expérience et faire progresser ses complices à quatre jambes encore plus rapidement. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Quelle va être la suite de votre programme ?

Je vais reprendre avec le circuit à Al Shaqab, du 12 au 14 février, puis la semaine suivante. Nous devions initialement rentrer le 22 février pour aller à Vilamoura, mais la série de concours qui y était programmée a été annulée (et reportée du 20 octobre ou 6 décembre prochains, ndlr). Comme tout se passe bien à Doha, nous avons décidé de prolonger notre séjour et de rester jusqu’à la fin ! Cela va être un peu plus compliqué pour moi car je vais également concourir en Europe avec mes autres chevaux, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent puisque je rentrais uniquement pour les monter à la maison. J’irai à Gassin la semaine prochaine avec He Hop de la Savenière (Cœur de Cachas x Zeus) ainsi que de nouveaux chevaux de sept et huit ans (dont l'excellent Ici et La Courcelle, troisième des championnats du monde des chevaux de sept ans de Lanaken l'an dernier, ndlr), puis je repartirai à Doha pour une semaine, avant de concourir au CSI de Cluny avant de passer deux dernières semaines à Doha !

En février, vous avez opéré un sacré bond au classement mondial Longines, passant de la cent vingt-deuxième à la soixante-seizième place. Vous êtes ainsi la septième meilleure représentante du clan français. Est-ce d’autant plus motivant ?

Il s’agit de mon meilleur classement mondial. Avoir gagné autant de places est incroyable ! Bien sûr, c’est très motivant et cela donne envie de faire encore mieux ! Aucun membre du staff fédéral n’était présent à Doha jusqu’à présent, mais j’ai reçu des messages de félicitation de Sophie Dubourg et Edouard Couperie tout de suite après les Grands Prix. J’espère que cela va m’ouvrir les portes d’un CSIO 5* ; retrouver l’équipe de France serait un vrai plaisir !

Mégane Moissonnier espère bien continuer sur sa belle lancée et, pourquoi pas, retrouver la veste de l'équipe de France dans les mois à venir. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour

Photo à la Une : Grâce à ses performances de janvier à Doha, Mégane Moissonnier est passé du cent vingt-deuxième au soixante-seizième rang du classement mondial Longines de saut d'obstacles. © Lukasz Kowalski / Doha Equestrian Tour