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Good Star du Bary, la petite étoile qui prend de la hauteur

Le bien nommé Good Star du Bary impressionne sous la selle de Jessica Burke !
Interviews vendredi 2 janvier 2026 Giulia Rezoagli

À seulement neuf ans, Good Star du Bary s’est imposé comme l’une des étoiles montantes de 2025. Né à l’élevage du Bary dans la Manche, le gris a débuté sa saison sur les chapeaux de roue en remportant l’épreuve à 1,50m du CSI 4* de Vejer de la Frontera en mars dernier. Depuis, il n’a cessé de côtoyer les sommets en s’adjugeant de nombreux classements et podiums avec sa cavalière irlandaise, Jessica Burke. Doucement mais sûrement, l’ancienne professeure de mathématiques consolide l’ascension du petit hongre vers le haut niveau. Petit, car c’est du haut de ses 1,60m que Good Star s’est élancé sur des parcours à cette même hauteur. Le couple a en effet pris part à des épreuves du circuit Longines de la Coupe du monde à Oslo, Vérone, Stuttgart et Malines. Une saison prometteuse, donc, qui voit se dessiner au loin le graal : la qualification pour la finale de Fort Worth. Et puisque patience est mère de sûreté, il n’est pas interdit de penser que cet ambassadeur du made in France n’a rien d’une étoile filante. Portrait d’un Selle Français né sous la bonne étoile, laquelle ne pourrait bien que commencer à briller…

C’est dans la Manche, en terre normande, que débute l’histoire de Good Star. Né en 2016 à l’élevage du Bary chez Marina Storgato et Christian Gonsolin, il est le fruit de l’union entre Rosée du Bary (Oberon du Moulin x Skippy II) et Rock’n Roll Semilly (Diamant de Semilly x Apache d’Adriers). “La grand-mère de Good Star, Perle Grise du Beaumont, une fille de Skippy II, nous a été donnée par un ami. Elle avait beaucoup de moyens, mais a dû mettre fin à sa carrière sportive pour cause de blessure. Nous avons choisi Oberon du Moulin pour son sang et sa facilité de croisement. Nous espérions avoir une pouliche pour en faire une poulinière. Pour l’anecdote, j’avais dit à l’inséminateur de Perle Grise que nous voulions une pouliche grise avec une belle tête et qui saute. Et nous avons eu Rosée du Bary ! Il n’y a pas de hasard, car Perle Grise nous a aussi donné, avec Hurlevent de Brekka, l’étalon Viking du Bary, gagnant de l’épreuve des six barres au CSI 5* de Madrid en 2017 avec Luca Maria Moneta. Il est malheureusement décédé des suites d’une colique à la clinique de Barcelone en 2018, sur la route du Sunshine Tour, alors qu’il arrivait à haut niveau. Good Star est arrivé ensuite du mariage entre Rosée et Rock’n Roll. Ils tournaient ensemble sur les terrains de concours, nous les avons donc vu évoluer au même moment. C’est un étalon qui nous a plu par son gabarit. Nous nous sommes dit qu’il apporterait du corps à la souche. Nous aurions souhaité garder Good Star entier, mais il était trop chaud, alors nous l’avons castré. Il a montré ses qualités à l’obstacle dès son plus jeune âge, son seul défaut était d’être trop petit. C’est d’ailleurs souvent ce qui lui a été reproché”, raconte Marina Storgato.

Good Star du Bary poulain, aux côtés de sa mère. © Collection privée

Dès son plus jeune âge, et malgré une sensibilité clairement affichée, le gris fait rapidement la démonstration de ses aptitudes à l’obstacle. “Poulain il était déjà délicat, sans vice ni méchanceté, mais émotif. Pour autant il a toujours été très qualiteux. À trois ans, il sautait déjà de façon remarquable en liberté. En selle, il était tout aussi doué mais il ne fallait pas bouger d’un iota, sinon on finissait par terre ! Au paddock, il pouvait être inquiet car il n’a jamais trop aimé croiser d’autres chevaux. Avec le temps, à force de patience, il est devenu brave. La formation de nos chevaux a toujours été notre priorité, sans jamais chercher à aller plus vite que la musique. Sur ce point nous sommes intransigeants”, poursuit l’éleveuse.

Un caractère inversement proportionnel à sa taille

Fort d’un caractère inversement proportionnel à sa taille, le hongre d’1,60m est envoyé à cinq ans en formation et pour valorisation chez Olivier Guillon. Il foule alors ses premiers terrains de concours sur le circuit du Cycle classique avec le médaillé d’argent par équipes des Mondiaux de 2010 et des Européens de 2011. À l’automne 2021, il propose de confier Good Star à une jeune cavalière de complet récemment installée chez lui. C’est ainsi qu’entre en piste le troisième pilier de la vie du hongre, Inès Vesine. “J’ai croisé la route de Good Star en octobre 2021, quand je me suis installée chez Olivier Guillon. C’était un cheval assez sensible, mais qui m’a toujours emmenée là où j’avais besoin de lui. Nous nous sommes mutuellement apportés la confiance dont nous avions besoin à ce moment-là. Au début, c’était un peu compliqué sous la selle car il choisissait toujours la fuite en avant. Il était très émotif mais surtout doté d’une belle énergie dont il ne savait pas quoi faire. J’ai passé beaucoup de temps à répéter des choses assez simples, afin qu’il se canalise pour mieux placer et utiliser son corps. Et à force de patience, nous y sommes parvenus. Sauter haut n’a jamais été un problème pour lui, encore fallait-il qu’il le fasse correctement ! Nous avons repris les bases et décomposé le travail pour lui donner un cadre rassurant. Good Star fait partie des rares bons chevaux que j’ai eu la chance de monter. Je l’ai eu au travail l’année de ses six ans et ce fut une belle surprise. Notre participation aux Cycles classiques était une première pour moi et une expérience que je n’oublierai jamais. Du haut de mes 1,82m je ne me suis jamais sentie trop grande tant son équilibre naturel lui donne du rebond et de la force. Il a toujours été un cheval très compétitif, avec un cœur énorme. Le monter a été un réel plaisir, même dans les moments délicats”, raconte Inès Vesine, qui a depuis posé ses valises chez Jérôme Hurel, à La Chaussée-d’Ivry, entre Normandie et Île-de-France.

Le petit Good Star du Bary a été formé à six ans par Inès Vesine, avant de rejoindre Jessica Burke. © Collection privée



“Good Star est un cheval très spécial à mes yeux”, Aaliyah Philipps

La taille justement… un paramètre qui fait parler autant qu’il fait couler d’encre. Pour beaucoup, toiser 1,60m était trop petit pour un cheval de jumping destiné au haut niveau. Pour les autres, ceux qui ont décidé de croire en Good Star, l’information s’est limitée à une plaisanterie que confie volontiers Aaliyah Phillips, sa groom. Car depuis début 2023, et après quelques pérégrinations, Good Star a rejoint l’Irlandaise Jessica Burke. “Je me rappellerais toujours du jour où il est arrivé, à six ans. Ce souvenir restera gravé dans ma mémoire. Pour le récupérer, nous avons dû faire descendre les deux autres chevaux qui voyageaient avec lui, gris eux-aussi. Je ne connaissais alors que la couleur de sa robe. Quand le transporteur m’a indiqué que c’était celui-là j’ai répondu : ‘Vraiment ?’. Il était si petit que j’ai appelé Jessica pour lui dire : ‘Tu as acheté un poney !?’”, s’amuse-t-elle aujourd’hui.

Comme bien d'autres cracks avant lui, Good Star du Bary se distingue par sa petite taille. © Sportfot

Pour autant, Rocky, comme il est surnommé aux écuries, a tout d’un grand, à commencer par son mental. “C’est un cheval très spécial à mes yeux, unique par sa taille et par sa personnalité. C’est un plaisir quotidien de s’occuper de lui. Il est doté d’un tempérament très calme. Je pense que ce qui m’impressionne le plus chez lui, c’est son rapport à son environnement. Rien ne semble jamais être un problème, il est toujours serein. Qu’il entre ou qu’il sorte de piste il est égal à lui-même : détendu, comme s’il venait de faire une balade en forêt. Ce qui ne l’empêche pas d’être drôle, bien au contraire. Il a une personnalité très amusante. Il est très effronté, c’est le moins que l’on puisse dire ! Il a par exemple cette petite manie lors de la visite vétérinaire de dérouler l’aller de façon paresseuse tandis qu’au retour il devient plus vif, à essayer d’attraper notre capuche si on en a une. Il est également très gourmand. Quand nous sommes en concours et que nous lui mettons une friandise suspendue, il passe son temps à la lécher. Jusqu’à s’en recouvrir la tête si on la lui laisse trop longtemps ! Une autre chose que j’aime beaucoup à son sujet est son histoire avec ses éleveurs, qui ont pris contact avec nous. Nous les avons rencontrés plusieurs fois en concours et ils le suivent de près. Ils étaient notamment là au CSI de Canteleu, lors duquel il a sauté son premier Grand Prix 2* et terminé cinquième”, raconte aussi celle qui s’occupe du Selle Français en compétition.

Good Star du Bary lors du CSI 4* de Chantilly Classic en juillet 2024. © Sportfot

Le coup de cœur de Jessica Burke

L’histoire du hongre avec Jessica Burke, elle, débute après un essai coup de cœur et une évidence implacable. “J’ai demandé à Ivan Dalton de m’aider à trouver ma prochaine perle rare, à la suite de la vente d’un de mes chevaux. Il n’a pas voulu m’envoyer les vidéos de Good Star car il était persuadé que je n’allais pas être emballée car il était un peu vert à l’époque. Il a insisté en me disant que c’était le cheval idéal pour moi et que je devais venir le voir. L’essai a duré à peine dix minutes car il faisait sombre, mais cela a suffi à me convaincre de changer mes billets et réserver une nuit d’hôtel pour prendre le temps de le remonter le lendemain. Il était assez jeune dans le travail, mais après notre séance de saut, pendant laquelle il a littéralement volé au-dessus des obstacles, j’ai su que c’était lui qu’il me fallait. Good Star est doté d’un caractère en or, c’est notre chouchou. Il est adorable et facile à vivre. C’est un cheval très attachant et docile, comme un parfait poney de club ! Plus jeune il était un peu délicat, mais son intelligence et sa polyvalence font de lui un cheval très prometteur. Il nous a montré qu’il était capable de s’adapter et faire montre de son talent en n’importe quelle circonstance”, partage la cavalière de trente-trois ans. Un essai transformé pour le couple qui, après une deux premières années tout en régularité, s’est adjugé cette saison une épreuve à 1,50m au CSI 4* de Vejer de la Frontera en mars, avant de participer à sa première Coupe des nations au CSIO 3* de Peelbergen (5+1), puis à ses premiers Grands Prix 4*, avec une troisième place à Harthill, et 5* sur le circuit Coupe du monde. 

Le charismatique gris avait terminé quatorzième des championnats du monde des chevaux de sept ans. © Sportfot

Jusqu’où la bonne étoile du hongre le portera-t-il ? Avec seulement quatre points de pénalité dans les Grands Prix Coupe du monde d’Oslo, Vérone, Stuttgart et Malines, pour ses quatre premières tentatives à ce niveau, la question mérite d’être posée. “La saison prochaine j’ambitionne, avec Good Star et Express Trend, de suivre la série Coupe du monde. J’aimerais que nous participions au CSI 5*-W de Malines et nous avons aussi Amsterdam et Bordeaux en ligne de mire, avec pour objectif principal de se qualifier pour la finale”, poursuit l’ancienne professeure de mathématiques. Rendez-vous est donc pris pour 2026 !

De leur côté, Marina Storgato et Christian Gonsolin suivront de près l’évolution de leur petit protégé, se réjouissant déjà du chemin parcouru. “Nous sommes fiers et heureux de voir un cheval que nous avons fait naître sauter de belles épreuves et fouler des pistes prestigieuses. C’est le premier produit de notre élevage qui tourne à ce niveau, vingt-cinq ans après nos débuts, ce n’est pas rien. Et puis ça en fait au moins un ! (rires) Nous ne savons pas jusqu’où il ira, c’est impossible à prédire, mais il est déjà là où il est et c’est formidable”, savoure l’éleveuse normande. “Quand nous l’avons vu participer à son premier Grand Prix Coupe du monde, nous nous sommes dit que cela faisait beaucoup à seulement neuf ans. Et pourtant, Good Star a répondu présent et s’est montré à son meilleur niveau. Le duo qu’il forme avec Jessica est très prometteur : ils étaient déjà finalistes du championnat du monde des chevaux de sept ans à Lanaken, où ils n’ont concédé que quatre points. Quatorzième, Good Star était même le meilleur Selle Français de cette finale !

La semaine dernière, Good Star du Bary, ici à Gassin, a terminé neuvième du Grand Prix Coupe du monde de Malines. © Chloé Hanoulle / Agence Ecary

Photo à la Une : Le bien nommé Good Star du Bary impressionne sous la selle de Jessica Burke ! © Tiffany Van Halle