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Frederic Vernaet, une histoire de famille et d’élevage (1/2)

En février dernier, Orak d'Hamwyck et Frederic Vernaet ont crevé l'écran dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Bordeaux.
Interviews lundi 6 avril 2026 Mélina Massias

À bientôt trente-neuf ans, Frederic Vernaet vit son rêve. Ces derniers mois, le Belge s’est distingué, sans esbroufe, grâce à ses résultats. Installé au sein des écuries T&L depuis quasiment deux décennies, il a formé avec patience plusieurs excellentes montures : Dieu Merci van T&L, d’abord, puis, plus récemment, le spectaculaire Orak d’Hamwyck et les propres frères Paulus-L et Quatre Mai L. À son avantage sur le circuit des Coupes des nations de la Fédération équestre européenne, le Diable Rouge a pu porter la veste rouge de son équipe nationale au CSIO 5* d’Hickstead. Classé dans les Grands Prix de la Coupe du monde d’Oslo et Bordeaux, et sixième de ses championnats nationaux quelques semaines plus tôt, il entend désormais continuer de suivre ses ambitions, entre élevage, formation de jeunes montures de talent, et grand sport. Rencontre.

Aux rênes de son puissant et splendide Orak d’Hamwyck, Frederic Vernaet ne passe pas inaperçu sur les pistes de compétitions. Cet hiver, le duo a fait sensation en sautant ses deux premiers Grands Prix 5* lors des étapes de la Coupe du monde Longines organisées à Leipzig puis Bordeaux. Si leur première tentative à ce niveau s’est soldée par trois fautes d’apprentissage, la deuxième leur a offert un sans-faute aux obstacles, simplement pénalisé de deux points de temps, pour la huitième place finale. Âgé de douze ans, le fils du petit et bondissant Tobago de Daniel Deusser et de Kamira d’Hamwyck, une descendante de Toulon et petite-fille de Renville, est issu d’une lignée maternelle très solide. Outre la très actuelle Cloverly DH, quatrième de son premier parcours à 1,50m en début d’année au CSI 5*-W d’Amsterdam sous la selle de Thibeau Spits ou encore Garfield de Tiji des Templiers, bon complice de Jérôme Guéry en son temps, cette souche a aussi donné la matrone Cordula de Laubry, mère des étalons Fantomas de Muze et Lector vd Bisschop, tous deux vus au plus haut niveau avec Gilles Thomas et Koen Vereecke, Jorden vd Kruishoeve, alias Brooklyn Heights, vainqueur en Grand Prix 5* avec Denis Lynch, ou encore Lord de Muze, très compétitif sous la selle de Mathieu Billot. Cordula de Laubry, qui a engendré près d’une quarantaine de produits (!) est aussi la grand-mère d’Odense Odeveld, qui a permis à Emanuele Camili de se faire une place parmi l’élite de son sport et de se classer troisième du Grand Prix 5* du CSIO de Falsterbo en 2023, puis de disputer les championnats d’Europe de Milan et les Jeux olympiques de Paris. 

Ces derniers mois, Orak d'Hamwyck a confirmé tous les espoirs placés en lui. © Mélina Massias

Si les bons gènes de cette lignée BWP ont fait le bonheur de plusieurs éleveurs qui ont contribué à sa réussite, Orak d’Hamwyck a vu le jour chez Danny Vergauwen-van Impe, à Affligem, une commune du Brabant flamand, à l’Ouest de Bruxelles. Lancé en compétition par Marc Bellemans, d’abord sur des parcours érigés à 0,90m puis jusqu’à 1,30m à la fin de leurs deux années d’association, l’étalon à la robe ébène a très tôt fait craquer Frederic Vernaet et la famille Tilleman. “Nous avons vu Orak pour la première fois lorsqu’il avait trois ans. Il avait remporté la finale du saut en liberté à Malines et était déjà un sauteur spectaculaire. Dès l’instant où nous l’avons vu, nous sommes tombés amoureux de lui”, se souvient le Belge, qui partage sa vie avec Delphine Tilleman. “Nous avons suivi sa progression jusqu’à ses six ans, puis l’opportunité de l’acheter s’est présentée et nous l’avons saisie ! J’ai alors commencé à le monter et j’ai vraiment pris mon temps avec lui, en raison de ses grandes qualités. J’ai fait beaucoup de parcours à 1,30, 1,35m afin d’établir une bonne connexion avec lui et de renforcer notre relation. Durant les deux premières années qu’il a passées à nos côtés, il a été très pris par ses devoirs d’étalons et beaucoup de juments lui ont été adressées. À partir de ses neuf ans, nous avons pu commencer à nous concentrer davantage sur le sport. Orak a alors couru ses premières épreuves comptant pour le classement mondial, sur des barres à 1,45 puis 1,50m. Dès le départ, j’ai eu le sentiment de monter un cheval exceptionnel, doté d’un grand respect.” 

Au printemps 2024, à dix ans, alors que ses pairs les plus précoces arpentent déjà les Grands Prix 5* depuis une saison, Orak d’Hamwyck joue la carte de la longévité et prépare son accession au plus haut niveau. Il saute ses premières épreuves à 1,50m, qu’il conclut avec deux doubles zéro et deux cinquièmes places. Troisième de son premier Grand Prix 3* à Cabourg Classic, puis onzième de son deuxième au CSIO 3* de Kronenberg une semaine plus tard, l’étalon BWP se voit offrir une chance de briller en équipe à Roeser et à Deauville. Au Luxembourg, il déroule deux parcours parfaits et contribue à la victoire de son collectif. En Normandie, après un premier tour sanctionné d’une faute, Frederic Vernaet et son complice quittent la piste sur un score vierge. 

Fabienne Daigneux-Lange a fait confiance à Frederic Vernaet et lui a permis d'acquérir une précieuse expérience en CSIO 3 et 4*. © Cécile Sablayrolles / GRANDPRIX Events



“Les principales qualités d’Orak commencent par son respect incroyable. Il a également un très bon mental. Il est très agréable à manipuler au quotidien, avec nos grooms et les autres chevaux. Lorsqu’il entre en piste, on dirait qu’il active une sorte de turbo ; il veut tout donner !”, dépeint le Belge. Après un galop d’essai en Grand Prix 4* à l’été 2024, avec cinq points au tableau d’affichage, le duo conclut l’épreuve reine du CSI 4* de Saint-Lô par deux clear rounds et une quatrième place. En 2025, après de bonnes prestations au CSIO 3* de Kronenberg, Orak d’Hamwyck s’écarte des radars internationaux pendant six mois. En fin d’année, un mois après son retour, il repart de plus belle et signe un sans-faute dans le Grand Prix secondaire du CSI 5*-W de Malines, avant que la vente de son voisin de box, Paulus-L (Corydon van T&L x Toulon), monture de tête de son cavalier, ne le propulse définitivement dans la lumière en 2026. 

En février, pour son deuxième Grand Prix 5*, Orak d'Hamwyck a bouclé un sans-faute aux obstacles dans l'étape de la Coupe du monde. © Mélina Massias

L’élevage ancré dans le sang

Si Frederic Vernaet s’impose progressivement au sommet de son sport depuis plusieurs années, il est loin d’être un inconnu dans le milieu équestre. Depuis toujours, le Diable Rouge ambitionne de parcourir les plus belles pistes du monde. “Mes parents avaient des chevaux, pour leur plaisir. Ils ne montaient pas en concours, mais aimaient les chevaux. J’ai naturellement commencé à monter à mon tour. Chaque année, mon père faisait naître un ou deux poulains, qui passaient sous ma selle lorsque leur âge le leur permettait”, retrace-t-il. “Avec ces chevaux, issus de l’élevage familial, j’ai suivi le circuit Junior et Jeune Cavalier. J’ai participé à deux championnats d’Europe avec un cheval que nous avions élevé, ce qui était très chouette.” 

Radieux (Heartbreaker x Pachat II), très typé par son illustre père, a d’abord fait ses gammes sous couleurs néo-zélandaises. Après avoir été pré-sélectionné pour les Jeux olympiques d’Athènes en 2004, il a retrouvé ses terres natales et a permis à Frederic Vernaet de gagner une expérience non négligeable, jusqu’aux championnats d’Europe Junior de Schaffhausen, en 2005, et Jeune Cavalier de Prague, en 2008, où le duo se classait vingt-deuxième. Un an plus tard, le bai est entré au haras en France, où il a laissé cent-vingt-cinq descendants. Dans le même temps, son ancien pilote débute une nouvelle aventure, au sein des écuries T&L, auxquelles il est resté fidèle depuis près de deux décennies. “Cela fonctionne bien entre nous, nous avons de bons chevaux et cela me permet d’avoir de belles opportunités”, reconnaît volontiers le discret cavalier de trente-huit ans. Quant à savoir s’il a toujours souhaité devenir un cavalier de 5* et s’il vit aujourd’hui son rêve, la réponse est claire : oui. 

Radieux, un étalon élevé par son père, a permis au Diable Rouge de disputer deux championnats d'Europe, en catégorie Junior et Jeune Cavalier. © Sportfot

Au fil de sa carrière, Frederic Vernaet a régulièrement touché ses plus grandes aspirations du bout du doigt. Sous sa selle, sont passés plusieurs chevaux de renom. Le plus connu d’entre eux ? Dieu Merci van T&L. Un fils de Toulon, évidemment, gagnant du Grand Prix du CSIO 5* de La Baule en 2022 avec Beth Underhill, avant qu’une blessure, subie trois semaines plus tard sur la piste du CSIO 5* de Rome, ne mette un terme à sa carrière sportive. L’étalon, père, entre autres, de la toute bonne Diana du Pleveau, a évolué de 2015 à 2019 sous la selle du Belge sur la scène internationale. Frederic Vernaet l’a ainsi mené à la victoire en Grand Prix 3* après avoir accumulé les classements à ce niveau, avant de le guider dans son premier Grand Prix 5*, à Bruxelles, en 2019. Le pilote avait lui-même découvert ce niveau un an plus tôt, au même endroit, en compagnie de Just A Gamble (Toulon x Corofino), qui a ensuite fait le bonheur de l’Américaine Andrienne Sternlicht jusqu’à 1,60m. Euptric van Beek (Clintord I x Up and Down Celle Broedersbos) lui a aussi permis de s’aguerrir au plus haut niveau.

“Les deux meilleurs chevaux que j’ai montés dans ma carrière sont sûrement Dieu Merci et Orak”, reprend l’intéressé. “Lorsqu’on les voit en piste, ils sont assez exceptionnels tous les deux. Orak est peut-être encore plus impressionnant dans sa manière de sauter que Dieu Merci. Je pense qu’il a encore plus de force et de puissance. Dieu Merci était aussi très respectueux et tous les deux étaient assez similaires d’une certaine façon et dotés de beaucoup de qualités. Avec l’un comme avec l’autre, j’ai dû prendre mon temps lorsqu’ils étaient jeunes, afin de leur donner confiance. Ils ont suivi la même trajectoire. Dieu Merci a commencé à sauter des épreuves un peu plus importantes à neuf ans, puis a effectué son premier Grand Prix 5* à dix. La progression d’Orak a été assez semblable. Dieu Merci était absolument allergique aux barres ! Tous les deux veulent vraiment tout donner en piste.” 

Le trentenaire a formé et mené un certain Dieu Merci van T&L jusqu'à son premier Grand Prix 5* ! © Sharon Vandeput / Hippo Foto

La seconde partie de cet article sera publiée mardi sur Studforlife.com…

Photo à la Une : En février dernier, Orak d'Hamwyck et Frederic Vernaet ont crevé l'écran dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Bordeaux. © Mélina Massias