Equitechnic a repris son activité et Marc Spalart se montre positif
En octobre dernier, l’élevage du cheval de sport a été confronté à un épisode d’Artérite virale équine (AVE), maladie la plupart du temps sans conséquence grave pour la santé des équidés. Le plus gros problème posé par la maladie est surtout lié à la reproduction, certains étalons pouvant rester porteurs du virus, sans que celui-ci ne mette leurs jours en danger. Le foyer s’est révélé au centre Equitechnic, un des plus importants sites de production de semence équine, sis à Notre-Dame-d’Estrée, au cœur du terroir normand. Depuis le 22 décembre, et après toutes les procédures sanitaires appropriées, l’activité de congélation et de production de paillettes a pu reprendre. Marc Spalart, directeur général d’Equitechnic fait le point sur la gestion de cette crise et ses conséquences.
Quel a été le rôle des autorités sanitaires dans la gestion du foyer d’Artérite virale équine (AVE) qui a touché votre centre ?
La Direction départementale de la protection des populations (DDPP), dont le rôle se limite à l’agrément du centre de production et à la signature des certificats d’exportation de semence, nous a demandé de régler le problème avec les acteurs de la profession, c’est-à-dire l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), les laboratoires agréés et les propriétaires des étalons. Tant que nous avions un cheval positif sur le site, les paillettes produites pendant cette période ont été soit détruites, si elles étaient viro positives, soit réservées pour la France si elles étaient viro négatives. Le stock de paillettes antérieur à la contamination n’est pas impacté et reste exportable dans le monde entier. Le jour où nous avons appris que nous étions contaminés, nous avons fait des écouvillons naso pharyngés (ENP) sur tous les étalons. Nous en avions déjà douze négatifs sur quatorze. Nous avons refait le chemin de tous les étalons qui étaient là. Au niveau de l’ANSES, le Docteur vétérinaire Delphine Froger et son équipe nous ont beaucoup aidés. Nous avons dû passer tous les éjaculats produits depuis fin septembre à la virologie, nous avons détruit tous ceux qui étaient positifs et gardé tous ceux qui étaient négatifs. Le 30 octobre, treize jours après la découverte, nous avons mené des virologies sanguines, afin de voir si le virus circulait encore. Les chevaux étaient tous devenus négatifs ; à partir de fin octobre, nous n’avions donc plus de chevaux contaminants pour leurs congénères. Ils n’étaient dangereux que s’ils saillissaient, mais ils pouvaient vivre à côté d’un autre cheval sans le contaminer. À partir de là, il a fallu convaincre les propriétaires de venir chercher leurs chevaux, ce qui a été réalisé fin novembre. Nous avons pu alors entrer en phase de vide sanitaire, et depuis le 22 décembre, Equitechnic peut à nouveau accueillir des étalons et a repris ses missions de congélation.
Comment ont réagi les propriétaires des étalons ?
Ils étaient inquiets, car tous ne connaissent pas bien l’évolution du virus. Ils craignaient de contaminer leurs autres chevaux en les ramenant dans leur écurie. Malheureusement, un certain nombre de vétérinaires ne connaissent pas bien cette maladie et n’ont pas toujours fait passer les bons messages. J’ai eu le cas d’une cliente qui m’a amené son étalon pour le faire tester avant qu’il ne soit vacciné, et le propriétaire des écuries où il est stationné lui a demandé de ne pas revenir sur les conseils de son vétérinaire ! Je comprends qu’un propriétaire d’écurie ne soit pas au fait du processus d’évolution de cette maladie, mais pas un vétérinaire ! Aujourd’hui, avec tous les moyens d’informations à notre disposition c’est facile de s’informer sur la maladie. J’ai donné une conférence à Saint-Lô pendant les journées du Selle Français, et les gens ont plutôt bien réagi, mais je me suis rendu compte qu’un grand manque d’informations subsiste. Les éleveurs me parlent à chaque fois de ce qu’ils considèrent comme étant la dernière crise, en 2007, alors que l’IFCE recense cent foyers en Europe depuis 2020, dont douze étalons en France ! Et on parle ici des cas qui sont connus, pas des haras qui n’ont pas souhaité que les leurs soient publiés. Rien n’a été diffusé sur les cas plus récents et, par conséquent, tout le monde pense que l’AVE n’est pas d’actualité. De fait, personne ne fait les tests, et le virus continue à circuler. Tout le monde me félicite d’avoir communiqué, mais si d’autres l’avaient fait, cela aurait peut-être permis d’éviter ce sinistre. Entre début octobre et la révélation des cas positifs, nous avons eu des mouvements de chevaux, donc nous avons alerté les propriétaires et nous sommes allés faire des prélèvements dans leurs structures. Nous avons trouvé des chevaux positifs à la suite du contact avec ceux qui venaient de chez nous, mais aussi des chevaux faiblement positifs, donc qui avaient dû contracter le virus il y a bien plus longtemps. Si cela s’est passé lorsque ces chevaux étaient au pré, il est parfaitement possible que personne ne s’en soit aperçu. Comme ce n’est pas une maladie mortelle, et qui n’empêche pas la sortie en compétition, c’est difficile de dire qu’il faudrait une détection systématique, sauf pour les mâles. Si on avait eu connaissance de la circulation du virus, peut-être que certains étalonniers auraient vacciné leurs meilleurs reproducteurs plus facilement. Cela étant, le vaccin est souvent en rupture, car le laboratoire qui le produit n’ayant pas beaucoup de demande n’a pas étoffé sa production. Il est donc vendu cher, ce qui constitue un frein de plus à son utilisation. Les Allemands, qui ont connu une crise plus récente que nous, ont recours à la vaccination. Le plus souvent, les étalons venant au prélèvement d’outre-Rhin sont vaccinés contre l’AVE.

Marc Spalart souligne que les étalons venus d'Allemagne sont, pour la plupart, vaccinés contre l'AVE. © Mélina Massias
Des éléments sur l’évolution des chevaux qui ont été touchés par l’AVE ont-ils été portés à votre connaissance ?
Pendant la crise sanitaire, j’avais envoyé des échantillons aux Etats-Unis afin de faire de la génomique. Selon les résultats des tests, sur dix-huit étalons neuf ont le gène du portage court ; en d’autres termes, ils sont aptes à se négativer facilement par eux-mêmes. Neuf autres ont le gène du portage long. Ils auront donc, a priori, plus de mal à se négativer par eux-mêmes. Début janvier, un des étalons ayant le gène du portage court est apparu négatif lors de son dernier prélèvement. Il s’est immunisé de lui-même, en trois mois et demi, alors que nos connaissances nous donnent plutôt une période de sept mois. C’est une très, très bonne nouvelle, qui montre l’intérêt de ces tests génomiques. Mon idée était d’aider les clients dans leur prise de décision car actuellement la seule méthode pour “casser le nid du virus” dans l’appareil génital est la castration chimique. Mais c’est un gros risque, car on ne sait pas si la spermatogenèse va revenir au même niveau qu’auparavant. Donc quand on sait que le cheval a un gène avec un portage court, c’est intéressant d’attendre qu’il se négative tout seul, plutôt que de prendre le risque d’une castration chimique à l’issue incertaine. Je suis très attaché aux étalons et cela m’a vraiment fait très plaisir de voir que l’un d’entre eux était passé rapidement à travers ce problème. J’espère que beaucoup d’autres suivront le même chemin !
Comment s’est déroulée l’activité à Equitechnic entre octobre et décembre ?
Nous étions très occupés par tous les contrôles que nous avons dû faire et sommes restés près de trois mois, au moment de notre pic d’activité de surcroît, sans chiffre d’affaires sur la production de semence. Heureusement pour la profession, cette période est celle où on met le sperme en paillettes, ce qui nous a permis de détruire les éjaculats contaminés. Au mois de mai, où l’on envoie la semence réfrigérée dans toute la France, cela aurait été beaucoup plus grave !
Depuis la reprise de l’activité, avez-vous retrouvé tous vos clients ?
Non, pas encore. Certains ont encore peur de venir, mais il faut les rassurer. J’ai choisi de communiquer et tout le monde me félicite, mais en fait, il est difficile de faire comprendre qu’une fois que le virus a quitté les voies respiratoires du cheval, ce dernier n’est plus contaminant et peut sans problème reprendre le sport et être en contact avec d’autres congénères ! Il suffit ensuite de le tester tous les trois mois en virologie dans le sperme afin de suivre l’évolution au niveau de son utilisation pour la reproduction. Pour le reste, il n’y a aucun risque ! Les vétérinaires et chefs de centre avec qui j’ai échangé après la conférence à Saint-Lô ont été très réceptifs, mais dans l’imaginaire d’autres, qui ne sont pas intéressés par la reproduction, le site reste pollué, ce qui est totalement faux.
Une fois que le virus de l'AVE a quitté les voies respiratoires du cheval, celui-ci peut de nouveau être en contact avec ses congénères sans crainte, sauf dans le cas des actes de reproduction. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Est-ce qu’il y a eu des changements sur les protocoles sanitaires depuis octobre ?
Oui, nous avons amélioré encore notre quarantaine en ajoutant des prélèvements nasopharyngés. Ce qui a permis au virus de rentrer, c’est qu’un étalon soit arrivé avec une sérologie négative tout en ayant contracté le virus dans ses voies respiratoires dans les tous derniers jours qui ont précédé son arrivée. Le taux d’anticorps n’était pas encore monté, mais il était contaminant dans le nez. Cela n’a été constaté que quinze jours plus tard, quand nous avons reçu le résultat du deuxième test en sérologie. Cela fait vingt-trois ans que je congèle à Equitechnic et c’est la première fois que nos étalons sont contaminés par l’AVE ! Désormais, nous vérifions donc que le cheval ne soit pas excréteur par voie respiratoire, avant même de savoir si sa sérologie est négative. On pourrait demander aux propriétaires de nous fournir ces tests, mais en les faisant nous-mêmes, nous sommes sûrs qu’ils ont été faits dans les bonnes conditions, avec les bons écouvillons et dans des laboratoires officiellement agréés. Il n’y a pas eu d’évolution au niveau des protocoles imposés par les autorités sanitaires, mais au sein de la profession, les rassemblements comme le concours étalons de Saint-Lô en décembre imposent des tests nasopharyngés avant l’entrée des chevaux. Il en sera de même pour le salon de février et c’est une très bonne chose !
Photo à la Une : Marc Spalart revient sur l'épisode d'AVE ayant touché le centre Equitechnic et annonce de bonnes nouvelles. © Jean-Louis Perrier
