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En tête de bout en bout à Fort Worth, Kent Farrington et ses reines corrigent une anomalie

D’ordinaire si impassible, Kent Farrington a fendu l’armure le temps de quelques secondes, pour savourer pleinement l’obtention de son premier titre majeur.
Sport lundi 13 avril 2026 Mélina Massias

Avec deux reines nommées Toulayna van het Bloesemhof et Contina 47, alias Greya, sous sa selle, Kent Farrington ne pouvait guère que régner sur la finale Longines de la Coupe du monde de Fort Worth. En tête de bout en bout au Texas, l’Etats-unien, actuel numéro deux mondial, n’a pas tremblé, malgré une barre mise à terre dans la première des deux manches de l’ultime compétition. Souverain, le quadra a ravi son premier titre majeur, lui qui enchaîne les victoires au plus haut niveau depuis des années. En signant deux des trois doubles sans-faute enregistrés dans cette ultime ligne droite, Daniel Deusser et Katherine A. Dinan se sont invités sur le podium, avec la complicité de leurs respectifs Otello de Guldenboom et Out of the Blue SCF.

Qu’il s’agisse d’un Grand Prix ou d’un championnat, Kent Farrington ne prend guère plaisir à faire de la figuration. Compétitif dans l’âme, il vise toujours la première place. Celle-ci lui a tendu les bras un nombre incalculable de fois dans des rendez-vous d’un jour, faisant de lui l’un des cavaliers les plus redoutables en la matière. Mais, jusqu’au dimanche 12 avril, aucun grand titre individuel n’avait garni le palmarès de l’Etats-unien, pourtant déjà légendaire dans sa discipline. Ces dernières années, le natif de Chicago a disputé deux Jeux olympiques, à Rio en 2016 puis à Tokyo cinq ans plus tard, une édition des Jeux équestres mondiaux, à Tryon en 2018, sept finales de la Coupe du monde et trois Jeux panaméricains. Si ces derniers lui ont permis de se parer de trois médailles, dont deux d’or avec son collectif, ils demeurent incomparables aux autres échéances mondiales, qui réunissent, comme leur nom l’indique, des couples venus des quatre coins de la planète. Jusqu’à présent, son meilleur résultat était une quatrième place, obtenue à Riyad, en 2024, avec… Toulayna van het Bloesemhof et Contina 47, alias Greya, deux crackissimes juments, qu’aucun qualificatif ne semble véritablement pouvoir décrire. Deux ans plus tard, de l’expérience en poche, et une volonté farouche d’enfin rectifier l’anomalie d’un tableau de chasse vide de tout grand titre majeur décuplée par le fait de concourir à domicile, Kent Farrington a de nouveau miser sur ses deux complices, à Fort Worth, au Texas. D’entrée, sa fille de Toulon lui a permis de prendre les commandes après une Chasse exemplaire. Puis, sa fille de Colestus a pris le relais avec brio ! Victorieuse de la deuxième étape de ce sommet printanier, elle a confirmé dans la finale, en ne concédant qu’une faute, assez franche et peu habituelle, sur une palanque en première manche, avant de tenir jusqu’au bout pour l’emporter. La bombe levée dans le ciel de la Dickies Arena, un peu plus garnie que les jours précédents mais bien loin d’être comble, le numéro deux mondial a savouré un moment qu’il n’oubliera pas de sitôt… et qui pourrait bien l’inciter à vouloir y regoûter, encore et encore. 

Quelle classe, quelle domination, quelle intelligence étalées par Contina 47, alias Greya, lors de ses deux journées de compétition à Fort Worth ! © Tiffany Van Halle

Dans la réussite de l’Américain, s’il y a, évidemment, le talent de ses deux juments et le rôle joué par chaque personne ayant croisé leur route, à commencer par leurs éleveurs - Jasper Doucé pour la baie et feu Wilfried Sandmann pour la grise -, une personne en particulier oeuvre depuis des années à son succès : Denise Moriarty. Depuis plus d’une décennie, l’Irlandaise prend non seulement soin des montures de son cavalier, mais supervise aussi tout un tas d'éléments déterminants, bien souvent dans l’ombre. Comme chaque grand résultat, la victoire de Kent Farrington est celle de toute une équipe, qui a désormais en mains la recette de l’or.

“Ce titre me procure un super sentiment, il semble tout à fait approprié. C’était une semaine fantastique et je suis heureux de la conclure par une victoire”, a souri un Kent Farrington heureux et soulagé. “Mes homologues m’ont fait transpirer, en particulier mon ami allemand (Daniel Deusser, ndlr) ! J’aurais préféré aborder la seconde manche avec une barre d’avance, mais cela n’a pas été le cas. Nous avions beaucoup de pression, mais Greya a merveilleusement sauté. C’est une superstar ! Je suis ravi. J’étais très concentré sur ce que j’avais à faire. Je ne prête pas vraiment attention à comment je me sens ; j’essaye avant tout d’exécuter le plan que j’ai en tête. Depuis que je suis enfant, je me mets beaucoup de pression, si bien que je suis arrivé à un point où il n’est plus possible d’en ajouter davantage. J’essaye d’être ancré dans le présent, de ne faire qu’un avec mon cheval, de penser à ce que je dois faire et pas au résultat final. J’avais une grande confiance en ma jument et l’espoir qu’elle performe comme elle l’a fait. Greya est tout simplement phénoménale. C’est une jument incroyable ; elle l’a montré toute la semaine. Notre plan a bien fonctionné et je suis très content pour toute mon équipe. Les finales de la Coupe du monde sont toujours des moments spéciaux, mais je ne pouvais pas rêver mieux que de l’emporter, ici, aux Etats-Unis.” Il faut dire que dans le cœur de Kent Farrington, l’échéance indoor de l’année occupe une place bien particulière : “J’ai grandi en regardant les finales de la Coupe du monde. Je n’avais pas accès aux concours de haut niveau et nous avions des cassettes des finales de la Coupe du monde. Chaque année, j’en avais une nouvelle. J’étudiais tous les cavaliers et je m’imaginais monter comme eux. Je regardais tellement ces images, que je finissais par brûler les bandes d’enregistrement de la cassette ! Gagner aujourd’hui est très spécial pour moi. Je suis très fier d’inscrire mon nom sur ce trophée.” 

La consécration est enfin arrivée pour le numéro deux mondial, qui n'avait jamais remporté de grand championnat jusqu'à présent. © Tiffany Van Halle

Des doubles zéro qui valent de l’argent et du bronze

Jusqu’au bout, la compétition fut rude au Texas. Après les défections d’Eiken Sato, en raison de signes de colique présentés par son partenaire, et Péter Szuhai et Corbluecenta, l’ultime épreuve s’est ouverte sans Johan-Sebastian Gulliksen et Harwich VDL, finalement non-partants. Comme depuis la Chasse de jeudi, le chef de piste, le Mexicain Anderson Lima, a livré une copie parfaite, permettant aux chevaux d’exprimer pleinement leurs qualités et de mettre leurs cavaliers au défi, tout en offrant à tous une prise d’expérience précieuse. Trop loin pour espérer un quelconque classement, le Turc Necmi Eren et son PSS Levilensky en ont été le parfait exemple, concluant leur semaine au Texas sur un très bon parcours, qui les aidera assurément à poursuivre leur progression. Parmi les excellentes découvertes de ce rendez-vous, figurent aussi les merveilleuses Julie Davey et LT Holst Freda. Après une première manche sanctionnée de treize points, elles ont réussi un sans-faute aux obstacles à la hauteur de leur potentiel en seconde. Une bien belle mise en valeur pour le sport néo-zélandais, encore trop peu représenté à haut niveau en jumping. Dans la course au podium, les sans-faute valaient de l’or. Ou plutôt de l’argent et du bronze. Dès l’acte initial, les clear rounds se sont fait rares. Si Marc Dilasser et son génial Arioto du Gevres ont déroulé une démonstration d’école, avant d’être pénalisés de quatre points sur leur ultime prestation du week-end, Daniel Deusser et Katherine A. Dinan ont enregistré deux des… trois doubles zéro du jour. L’Allemand et son Otello de Guldenboom se sont ainsi hissés sur la deuxième marche du podium, tandis que l’Américaine, associée à Out of the Blue SCF, sœur utérine de la toute bonne Rebeca LS d’Edward Levy, en a occupé la troisième. 

Daniel Deusser et Katherine A. Dinan encadrent Kent Farrington sur le podium de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth. © Shannon Brinkman / FEI



“Ces derniers mois, Otello et moi avons obtenu de très bons résultats, de façon régulière. Bien sûr, mes attentes étaient élevées pour cette finale ; c’était pour cela que j’étais présent”, a réagi le cavalier des écuries Stephex, qui a maintenu Kent Farrington sous pression jusqu’au dernier moment, espérant reproduire sa performance de 2014 signée des rênes de Cornet d’Amour. “Je ne pensais pas vraiment à la victoire, car je savais que les écarts étaient minces en haut de tableau et qu’il y avait des couples très solides. Mais on rêve toujours un peu ! J’ai pris un très bon départ le premier jour, puis une faute nous a fait reculer un peu le deuxième. Aujourd’hui, Otello a sauté avec son cœur. Il a tout donné et je dois dire que je suis très fier de lui.” Vainqueur des Grands Prix 5* de La Baule et de Vérone, le bai brun a fait un nouveau beau clin d’œil à son père, un certain Tobago, qu’avait choisi Hugo Versnick pour sa jument Caretina en 2013, en se transcendant sur la piste texane.

Il aura fallu toute la maîtrise et le sang froid de Daniel Deusser pour porter le génial Otello de Guldenboom vers un double zéro dimanche ! © Shannon Brinkman / FEI

Quant à Katie Dinan, qui est bien loin de sortir de nulle part, elle a encore marqué des points avec sa généreuse grise, après avoir déjà bouclé un double zéro en finale, l’an dernier à Bâle. Si la paire terminait huitième en Suisse, elle confirme ses progrès en prenant cette fois la troisième position du classement final. “Je suis émerveillée par ma jument, Out of the Blue SCF. Elle a été spectaculaire chaque jour ici. Je lui dois tout”, a glissé la discrète Américaine, ravie d’avoir mis en avant l’élevage états-unien avec sa fille de Verdi*TN, née sur place. 

Pour sa septième participation à la finale de la Coupe du monde de saut d'obstacles, Katherine A. Dinan a enregistré son meilleur résultat aux rênes de la démonstrative Out of the Blue SCF. © Tiffany Van Halle

L’autre double zéro du jour est à mettre au crédit de Richard Vogel et du phénoménal Gangster Montdesir, neuvièmes de leur première finale de la Coupe du monde ensemble. À tout juste dix ans, le Selle Français a prouvé, ou plutôt confirmé, l’étendue de son talent. “C’est vraiment incroyable. Gangster est encore assez vert à ce niveau, mais il donne toujours plus de 100 % de lui-même lorsqu’il entre en piste. Je regrette de ne pas l’avoir mieux monté les deux premiers jours… Selon moi, il méritait d’être plus haut dans le classement. Il a une qualité exceptionnelle. Il s’était déjà montré excellent en Grands Prix, mais le voir répéter cela sur plusieurs parcours d’affilée au plus haut niveau me rend très fier de lui. Il n’y a rien que ce cheval ne puisse pas sauter ! J’ai vraiment très hâte de voir ce que l’avenir lui réserve. C’est un vrai cheval de championnat, et il l’a prouvé cette semaine. Je ne lui ai simplement pas permis d’obtenir les résultats qu’il méritait les deux premiers jours”, a commenté l’Allemand, bien décidé à écrire une belle et longue histoire avec son fils de Kannan.

Libéré de toute pression dans cette finale, Richard Vogel a fait honneur à son brillant Gangster Montdesir en le guidant vers un double sans-faute irréprochable. © Sportfot

Kevin Staut et Steve Guerdat voient le podium leur échapper, René Dittmer surprend

À l’aube de cette ultime épreuve, Steve Guerdat et Kevin Staut étaient confortablement installés sur le podium provisoire avec Albführen’s*Iashin Sitte et Visconti du Telman. Mais la loi du sport est cruelle. En concédant une puis deux fautes, le Suisse a été rétrogradé en sixième position. Semblant émoussé des efforts consentis jusque-là, l’alezan n’a pas permis à son cavalier de remporter sa quatrième finale de la Coupe du monde. Sans ses deux fautes, le duo aurait pourtant eu une chance de se mesurer à Kent Farrington et Greya dans un barrage. Dommage, pour le spectacle et pour l’histoire. Pour le Français et sa fille de Toulon, quatre points échappés dans l’acte initial les ont empêché de reproduire leur performance de l’an dernier, où ils avaient occupé le troisième rang du rendez-vous bâlois

Comme lors des championnats d'Europe de La Corogne, Steve Guerdat et Iashin Sitte ont flanché en concédant douze points au total des deux manches de la finale. © Tiffany Van Halle

En dehors du barrage du Grand Prix de vendredi, René Dittmer et Cody 139 n’ont pas renversé la moindre barre lors de cette finale. Avec un total de neuf points, soit autant que Katie Dinan et Out of the Blue SCF, la paire s’est résignée à occuper le quatrième rang. Si la place est frustrante, d’autant que les deux complices ont échappé un point de temps dimanche, sans lequel elle aurait accédé à la troisième position, elle est aussi surprenante. Au début de la semaine, sans doute bien peu d’observateurs auraient misé sur l’Allemand et son fils de Casall, tous deux n’ayant jusqu’alors bouclé qu’un seul sans-faute aux obstacles à 1,60m ! Il faut dire que le pétillant alezan, issu de la souche de l’étalon Cartani, n’avait pas sauté plus d’1,30m sur la scène internationale en 2024. En moins de deux ans, sa progression a été remarquable et son discret cavalier ne s’est pas trompé en lui faisant confiance au Texas. Cette première expérience en grand championnat, pour l’un comme pour l’autre, restera plus que positive et sacrément encourageante pour la suite !

René Dittmer et Cody 139 se sont brillamment révélés au Texas ! © Shannon Brinkman / FEI

Les résultats complets.

Photo à la Une : D’ordinaire si impassible, Kent Farrington a fendu l’armure le temps de quelques secondes, pour savourer pleinement l’obtention de son premier titre majeur. © Tiffany Van Halle / Hippo Foto

Les épreuves de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth sont à (re)voir sur Clipmyhorse.tv.