“Dès ses premiers parcours, Qalista DN avait un mental de gagnante !”, Walter Lelie (2/3)
Dans le piquet de Gilles Thomas, l’étalon Ermitage Kalone n’est plus le seul monarque. La princesse Qalista DN est devenue reine, à neuf ans seulement, après une saison 2025 tout bonnement exceptionnelle, marquée de deux victoires en Grand Prix 5*, à New York et Malines, d’une en Grand Prix 4* à Malines et de nombreux autres classements au plus haut niveau. Propulsée dans le grand bain en juin, la fille d’Emerald van’t Ruytershof et Ulricke van’t Paradijs, par Landetto, a éclaboussé la scène mondiale de son talent. Perle rare, la BWP aux origines maternelles de très haut vol est le fruit d’une belle histoire, celle qu’écrivent Sabrina et Wim De Nul, deux passionnés dont l’aventure d’éleveurs n’aurait pas pu mieux débuter. Membre à part entière de la famille, leur première pouliche, baptisée… Qalista DN et dont ils restent co-propriétaires, n’a quitté le nid qu’en début d’année 2025 pour rejoindre les écuries de l’actuel cinquième meilleur cavalier de la planète. Depuis, la bouillonnante alezane a brisé son plafond de verre plus d’une fois, s’inscrivant non seulement parmi les meilleurs chevaux de sa génération, mais aussi du monde. Les bons choix, les bonnes rencontres et l’amour sincère ont contribué à l’avènement d’un phénomène bien loin d’avoir dit son dernier mot. Sabrina et Wim De Nul, Walter Lelie, Sanne Melsen et Gilles Thomas racontent.
La première partie de ce portrait est à (re)lire ici.
Entre ses deux poulinages, Qalista DN a été débourrée, toujours en famille à Stekene, et a effectué ses premiers pas en compétition fin 2020 aux rênes de Kelly De Nul. Malgré tout le talent et la bonne volonté de la BWP, tout n’a pas été tout rose et l’amazone s’est rapprochée d’un certain Walter Lelie afin de continuer à progresser avec sa jeune pépite. Habitué des jeunes chevaux, Walter Lelie a vu défiler sous sa selle pléthore de cracks, de Vigo d’Arsouilles à Killer Queen VDM en passant par Irenice Horta, Carembar de Muze, alias London, Gancia de Muze ou encore Eldorado vd Zeshoek. Mais le Belge est aussi un proche de la famille De Nul, avec laquelle il est ami depuis plus de vingt-cinq ans. C’est d’ailleurs par son intermédiaire que Kelly a rencontré son premier cheval de concours, un fils de For Pleasure prénommé Bravour et avec lequel elle a pu sauter jusqu’à 1,25m. “Plus jeunes, nous montions dans une structure, qui n’existe plus aujourd’hui et a été remplacée par des immeubles d’entreprise, gérée par les parents de Walter Lelie, près d’Anvers”, relatent Sabrina et Wim De Nul. “Puis notre fille a commencé à monter à poney et elle a pris quelques leçons avec Walter. Elle en a fait de même avec Qalista, qui s’est révélée très difficile. Walter a alors proposé de l’essayer et l’a finalement montée jusqu’à ses sept ans.”
Walter Lelie a assuré la formation de Qalista DN, de ses cinq à ses sept ans. © Sportfot
Fort de son expérience et de son amitié de longue date avec les De Nul, le formateur a pris la jeune Qalista sous son aile. “Initialement, Qalista était destinée à Kelly, mais comme elle n’était pas la plus simple, ils m’ont demandé de la monter un peu. Comme la jument sautait plutôt bien, nous avons fait un premier concours, puis tout s’est enchaîné. Je devais juste monter Qalista quelque temps afin que Kelly puisse prendre la suite, mais cela s’est déroulé totalement différemment ! À ce moment-là, nous n’imaginions pas qu’elle allait remporter un Grand Prix Coupe du monde. Ce n’était pas notre objectif”, admet le Belge.

Kelly De Nul a contribué à l'éducation de Qalista DN, qu'elle montait notamment sur le plat. © Collection privée
Un mental de guerrière
En piste, pour ses premières sorties, Qalista n’est pas la plus démonstrative, mais elle séduit son cavalier par sa générosité et son respect, tandis que son tempérament est toujours aussi affirmé. “À cinq ans, Qalista était déjà très spéciale. Elle avait une vraie personnalité, de celles qui retiennent l’attention. Qalista avait de l’énergie à revendre et besoin de temps pour que son corps mûrisse. Sabrina et Wim ne m’ont jamais mis la pression, ce qui m’a permis de donner à Qalista le temps dont elle avait besoin. Tout a été très naturel entre nous et nous avons toujours essayé d’être les plus justes possibles envers elle”, poursuit Walter. “À la maison, il lui arrivait parfois de se précipiter. Je ne l’ai jamais trop faite sauter et je me suis davantage concentré sur son dressage, avec des exercices simples, faits de transitions et de changements de pieds, par exemple. Elle pouvait parfois être un peu sur l'œil, mais elle n’a jamais rien fait de mal. Elle a toujours été honnête. Au fur et à mesure, ses allures se sont améliorées et son galop, qui avait tendance à être trop étriqué et trop vers le haut, s’est développé en même temps que sa musculature. Dans tout mon travail, mon but était avant tout de faire fructifier notre confiance mutuelle. C’est toujours mon premier objectif avec les chevaux. Comme elle ne vivait pas dans mes écuries, Sabrina et sa fille s’occupaient d’elle au quotidien et la faisaient travailler. Elles ont toujours fait de leur mieux et ont joué un rôle capital dans l’évolution de Qalista.”

Wim et Sabrina De Nul ont fait naître et élevé avec brio la meilleure jument de neuf ans de l'année 2025 ! © Mélina Massias
En juin 2021, Walter engage la petite-fille de Landetto sur sa première épreuve du Cycle de formation belge. Sur des barres à 1,05m, Qalista signe un sans-faute, qu’elle répète une, deux, trois… cinq fois, à mesure que les obstacles montent jusqu’à 1,20m. “Le premier concours auquel j’ai participé avec Qalista était peut-être un peu trop difficile pour elle à ce moment-là. Pourtant, elle est parvenue à signer un sans-faute. C’était un peu une surprise, alors nous avons participé à une nouvelle épreuve la semaine suivante, et l’histoire s’est répétée !”, se souvient son ancien pilote. En août, l’alezane passe aux rênes de Jeroen van de Vijer, beau-fils de Sabrina et Wim, avant de retrouver son formateur en septembre. Le duo concède deux parcours fautifs pour ses premières tentatives à 1,25m et file vers les Mondiaux de Lanaken, où il enregistre deux clear rounds et sort de piste avec quatre points en finale. “Elle avait déjà un mental de gagnante dès ses premiers parcours !”, souligne Walter. “Son caractère et son envie d’aller vers l’avant en piste étaient incroyables. À la maison, tout n’était pas parfait, mais lorsque j’abordais le numéro 1 en concours, je savais qu’elle allait se battre pour moi.”
La fille d'Emerald van't Ruytershof a relevé chaque nouveau défi qui se dressait sur sa route. © Sportfot
À six et sept ans, Qalista continue sa formation sur les mêmes bases. Elle aligne de nombreux sans-faute et ne se fait que rarement piéger. En 2022 et 2023, Walter Lelie la présente à nouveau à Lanaken, pour les championnats du monde des Jeunes Chevaux. À six ans, l’alezane remporte la seconde qualificative de ces Mondiaux face à près de trois cents adversaires, après avoir concédé quatre points lors de la première et termine septième de la petite finale. À sept ans, la chance n’est pas de son côté et Qalista commet une faute sur chacun de ses trois parcours. Après cette échéance, dont le niveau est toujours relevé, les chemins de la fille d’Emerald van’t Ruytershof et de son formateur se séparent et la belle réapparaît aux rênes de Jeroen van de Vijer, le compagnon de Kelly De Nul. “Nous vivons dans le même village que Walter. Il a fait du très bon travail avec Qalista, et n’a jamais cherché à gagner à tout prix. Il faut écouter les chevaux et il l’a fait avec elle”, souligne Wim.
À cinq, six et sept ans, Qalista DN a pris part aux championnats du monde de Lanaken sous la selle de Walter Lelie, formateur de renom. © Sportfot
“J’imaginais facilement Qalista sauter 1,45m, voire 1,50m, mais j’étais loin de penser qu’elle franchirait autant de paliers en un an !”, Gilles Thomas
“Après sa formation sur le Cycle Jeunes Chevaux en Belgique, nous avons récupéré Qalista. Walter est spécialisé dans les jeunes chevaux et sa mission s’arrêtait là. Nous nous sommes dit que notre beau-fils, qui monte très bien et évolue jusqu’à 1,35m, pourrait prendre la suite avec notre jument”, expose Sabrina. “Il a alors commencé à prendre des cours avec Mark Van Dijk (l’oncle et entraîneur de Gilles Thomas, ndlr), qui a remarqué que Qalista n’était pas la plus simple. Un jour, à l’occasion d’une séance vraiment compliquée, Mark nous a demandé quels étaient nos plans avec Qalista. Et puis il a proposé que Gilles, qui était à cheval, essaye Qalista.”
Gilles Thomas se souvient de sa première rencontre avec celle qui deviendrait l’une des meilleures complices de sa jeune carrière : “Il y a toujours beaucoup de personnes qui viennent s’entraîner avec leurs chevaux chez nous, notamment sous l’œil de mon oncle. C’était le cas de Qalista. C’était début 2024, et elle venait d’avoir huit ans. Elle avait beaucoup de qualités, mais aussi de sang. Un jour, je l’ai vu sauter avec son cavalier, et je l’ai beaucoup aimée. Bien sûr, je ne savais pas à quel point elle était douée, mais elle me plaisait. Comme ses éleveurs et propriétaires avaient envie de savoir jusqu’où elle pourrait aller, ils m’ont demandé si je voulais bien la faire sauter une fois, juste pour voir. Elle n’était pas très facile à monter tant elle débordait de sang, mais elle était extrêmement respectueuse. Après cet essai, je ne savais toujours pas quels étaient ses moyens, mais j’étais convaincu qu’elle gagnerait beaucoup, peu importe le niveau auquel elle évoluerait. Je l’imaginais facilement sauter 1,45m, voire 1,50m, mais pour le reste, j’étais loin de penser qu’elle franchirait autant de paliers en un an !”
S'il avait du mal à juger les moyens de Qalista DN lors de leurs premiers pas ensemble, Gilles Thomas a toujours senti en elle une jument très compétitive. © Sportfot
Gilles Thomas effectue sa première sortie officielle aux rênes de sa pépite les 20 et 21 avril, à Lierre, à l’occasion d’un concours national. Sans surprise, la très bonne élève qu’est la sœur utérine de Delux van T&L signe deux prestations parfaites à 1,30 et 1,35m. La machine est en route. À cette période, Qalista reste vivre dans son royaume, où elle travaille régulièrement, notamment avec Kelly et Jeroen, et se rend une fois par semaine aux écuries Nieuwenhof. “Elle venait aussi parfois pendant les week-ends, ou m’accompagnait en concours”, complète Gilles Thomas. “Nous avons gardé ce fonctionnement jusqu’en février 2025, où elle a définitivement rejoint les écuries avant d’aller au Sunshine Tour.” Sortie après sortie, l’alezane confirme tout son sérieux et sa volonté de ne pas effleurer les barres. Résultat ? Les sans-faute s’enchaînent, ses premières victoires aux côtés du prodige du Plat-Pays aussi. Le 17 novembre 2024, Qalista affronte son premier Grand Prix 2*... qu’elle remporte. Rebelote le 19 janvier 2025, marquant le point de départ de ce qui sera l’année de la révélation. À Vejer de la Frontera, elle court ses premiers parcours à 1,50m et en remporte deux. Une autre victoire à la même hauteur s’offre à elle à Paris, lors du Saut Hermès, où elle boucle aussi sa première épreuve à 1,55m avec une faute, pour sa première apparition en 5*. Trois semaines plus tard, au CSIO 3* de Lierre, elle termine sa première Coupe des nations par un parcours à quatre points et un sans-faute, et se classe deuxième du Grand Prix associé. Fin mai, à Kronenberg, Qalista reproduit la même performance dans l’épreuve collective et file au Longines Global Champions Tour de Saint-Tropez deux semaines plus tard.

Dès sa première apparition en 5*, au Grand Palais, Qalista DN s'est offert une victoire à 1,50m. © Sportfot
“Après le Sunshine Tour, où elle a beaucoup progressé, nous avons acquis la moitié de Qalista afin de pouvoir la conserver pour le sport. Ses propriétaires nous ont fait cette proposition, car ils tenaient absolument à la garder. Tout est allé très vite avec elle. Des Grands Prix 2, 3, 4 à 5*, elle a toujours réussi des sans-faute”, apprécie Gilles Thomas. “En début d’année, je ne pensais pourtant pas l’engager en Grand Prix 5*. J’avais plutôt dans l’idée de lui donner de l’expérience sur de beaux concours en tant que deuxième cheval. Dès sa première apparition à ce niveau, elle a gagné à Paris, puis elle est allée à Saint-Tropez. Mon autre jument s’est blessée et cela a propulsé Qalista dans le grand bain. J’étais déjà en tête du classement général du Global Champions Tour et je voulais défendre ma place. Directement, elle a réussi un double sans-faute et s’est classée quatrième. À partir de là, elle sautait ces épreuves avec une telle facilité, que nous avons continué.”

En début d'année 2025, la BWP a participé à deux Coupes des nations de niveau 3*. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Photo à la Une : Photo de famille autour de la star Qalista DN, avec, de gauche à droite, Jeroen Van De Vijver, Wim de Sabrine De Nul, Sanne Melsen, Kelly De Nul et Gilles Thomas, lors de sa victoire dans le Grand Prix Coupe du monde de Malines. © Sharon Vendput / Hippo Foto
La troisième et dernière partie de ce portrait sera publiée la semaine prochaine sur Studforlife.com…









