Des Joanins à Mail, Brice Brassart valorise les produits d’élevages de qualité
Lors du salon des étalons de sport de Saint-Lô, en février dernier, les deux fils de la médaillée d’argent par équipe des Jeux équestres mondiaux de Lexington, Katchina Mail, Catchar Mail et Delstar Mail, sont apparus sous la selle de Brice Brassart. Depuis, leur route se poursuit avec le cavalier bressan grâce à la confiance de Bernard Le Courtois, naisseur et propriétaire des deux étalons. Une bonne raison de mettre en lumière ce cavalier discret mais efficace, qui a déjà eu entre ses rênes de nombreux chevaux ayant évolué ensuite au plus haut niveau comme Varihoka du Temple, double sans-faute dans la Coupe des nations du CSIO 5* de Rome et classé en Grands Prix 5* avec Patrick Stühlmeyer, ou Baschung Courcelle, bon performer international avec Pénélope Leprévost puis Mathieu Billot. Et cette liste pourrait bien s’étoffer, notamment avec les produits de l’élevage des Joanins.
Basé au cœur de la Dombes, à mi-chemin entre Lyon et Bourg-en-Bresse, Brice Brassart gère une écurie d’une vingtaine de chevaux. S’il est installé depuis 2019 dans cette plaisante partie du département de l’Ain constellée d’étangs, après avoir passé six ans chez le marchand bressan Guy Martin, Brice Brassart, trente-sept ans, est originaire de la Seine-et-Marne, un autre département où le cheval s’est fait une belle place. Il y a grandi et fait ses premières armes de cavalier professionnel. “Je suis originaire d’Ozouer-le-Voulgis, un village où était établi l’élevage de chevaux de sport de monsieur Courteboeuf, désormais reconverti sur les Trotteurs, toujours avec l’affixe du Voulgis. J’ai commencé à monter au poney club du village avec Renaud Vermes. Mon père avait une entreprise de maçonnerie, mais il était passionné par les chevaux et c’est lui qui m’a donné le virus !”, retrace-t-il. “Après le poney club, j’ai travaillé avec Brice Pozzoli, puis j’ai passé deux ans chez Jacques Bonnet.”
En 2013 et 2014, Brice Brassart a fait découvrir la compétition au tout bon Varihoka du Temple, qui a ensuite fait le bonheur de Patrick Stühlmeyer au plus haut niveau. © Sportfot
Chez cet ancien cavalier de l’équipe de France, notamment avec l’étalon Apache d’Adriers (Double Espoir), et formateur de nombreux jeunes chevaux primés à Fontainebleau, Brice Brassart acquiert de solides fondamentaux pour évoluer dans la profession. En 2012, il débarque dans les écuries de Guy Martin, près de Bourg-en-Bresse. Il monte de nombreux jeunes chevaux, dont les produits maison, à l’image d’Ulhan du Temple (Kannan), devenu par la suite étalon sous la bannière du Groupe France Elevage, Varihoka du Temple (Luigi d’Amaury), vice-champion des cinq ans à Fontainebleau sous sa selle avant de se distinguer au plus haut niveau dans l’écurie de Paul Schoeckmöhle sous la selle de Patrick Stühlmeyer, ou d’autres comme Ugo d’Argent (Argentinus), exporté ensuite en Suisse où il a performé jusqu’au niveau 3*. L’Aindinois d’adoption se souvient avec plaisir de la qualité de ses anciens complices : “J’ai monté énormément de chevaux, ce qui est très formateur. J’ai, par exemple, eu la chance de présenter Luigi d’Amaury (Quidam de Revel), avec qui Yannick Martin évoluait jusqu’en Grand Prix 3*, sur une épreuve à 1,40m, quasiment au pied levé ! Car s’il m’arrivait de le monter en extérieur à la maison, je n’avais jamais passé une barre avec lui ! J’ai eu des sensations fantastiques ! Beaucoup d’étalons m’ont marqué au fil des années, à l’instar d’un très bon fils de Cicero van Paemel, Icarus VW, que j’ai vendu aux Etats-Unis, mais aussi de plusieurs chevaux appartenant à Robert Maury, de l’élevage d’Aurois….”

Ugo d'Argent fait partie des bons chevaux passés entre les rênes du trentenaire. © Jean-Louis Perrier
Et de détailler son rapport aux mâles, qu’il a côtoyé tout au long de sa carrière : “J’ai eu jusqu’à neuf étalons en même temps, et cela se gère très bien. Je pars du principe qu’il ne faut pas les isoler ; par exemple, je n’hésite pas à les placer près des salles de soins, où il y a du passage et on ne les entend pas hennir pour autant ! Ils vont aussi au paddock, comme tous mes chevaux, qui passent deux heures dehors sauf quand le temps est trop mauvais. En compétition, la gestion est un peu plus compliquée, car le comportement des chevaux n’est pas tout à fait le même qu’à la maison. Il faut prendre un peu plus de précautions et bien prévenir l’organisateur pour ne pas se retrouver à côté d’une jument ! J’ai l’habitude et ce n’est pas une contrainte pour moi, mais je conseille toujours à mes clients de bien réfléchir quant à l’intérêt de garder un cheval entier. Est-ce que le cheval est vraiment fait en père ? Est-ce qu’il mérite vraiment de rester étalon ? Pour le cheval, cela est une contrainte. La vie de cheval n’est pas simple par rapport à ses besoins de base, et, avec un entier, on en ajoute une de plus puisqu’on le condamne à ne pas se servir de son organe reproducteur. Avec les étalons qui sont distribués en semence congelée, il n’y a pas de problème de planning de travail, car ils partent en général au prélèvement un mois en fin de saison. Pour ceux qui font la monte en frais, c’est, en revanche, plus délicat : il faut les emmener au prélèvement plusieurs fois par semaine, et si le concours tombe en même temps, c’est vraiment galère !”
À l'image d'Enchanteleur d'Aurois, le Seine-et-Marnais expatrié dans l'Ain a valorisé plusieurs produits de l'élevage de la famille Maury. © Sportfot
Le commerce, une nécessité économique
En s’installant à son compte dans une région où les cavaliers de son niveau sont nombreux, Brice Brassart s’attaquait à un sacré défi… qu’il a bien relevé ! Des éleveurs locaux lui ont fait confiance, comme Jean-Paul Lappe, avec notamment Uddy de Vernay (Diamant de Semilly), mené jusqu’à l’ISO 156, ou d’autres plus éloignés, à l’image d’Yves Chauvin, pour lequel il a débuté Baschung Courcelle (Lamm de Fetan). Diva du Rozel (Kannan), désormais sous la selle de Cyril Bouvard, a aussi gravi les échelons vers l’international avec le trentenaire. Mais si tous n’ont fait que passer, c’est que le commerce reste une activité majeure dans son modèle économique. “À mon niveau, je ne peux pas gagner ma vie avec les gains en compétition. Pour le bon fonctionnement de l’écurie, avec une vingtaine de chevaux, je peux m’appuyer sur un apprenti et deux auto-entrepreneurs. C’est un coût que j’assume bien, mais je ne pourrais pas faire vivre l’écurie s’il n’y avait pas le commerce”, décrit-il. “C’est frustrant de voir partir de bonnes montures, à la fois sur le plan sportif et sur le plan affectif, car on s’attache toujours aux chevaux avec lesquels on travaille ! On ne peut pas faire ce métier si on n’a pas cette relation affective ! Mais comme on dit, l’argent est le nerf de la guerre et la banque nous tient ! Je ne suis pas issu d’une famille riche et j’ai commencé avec rien, donc si je suis encore là, à mon compte, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir de bons chevaux, qui m’appartenaient en partie ou sur lesquels j’avais une commission, et que j’ai pu bien vendre. Bien sûr, on rêve tous du haut niveau, et cela peut arriver très rapidement : il suffit d’un cheval ! Mais il faut avoir la confiance des propriétaires, et des gens qui suivent financièrement, car cela est très onéreux.”
Avec Brice Brassart, Uddy de Vernay s'est imposé jusqu'en Grand Prix 3*. © Sportfot
L’arrivée de Catchar Mail, classé en Grand Prix 5* avec Edward Levy puis jusqu’à 1,45m avec Charles Henri Fermé en fin d’année dernière, peut-elle changer la donne ? Pas vraiment, car le deal avec Bernard Le Courtois est clair : l’objectif est de commercialisation les deux fils de Katchnia Mail dont la production commence à se faire remarquer. L’aîné des deux compte douze produits crédités d’un ISO supérieur ou égal à 130 sur sa première génération, qui a vu le jour en 2016. Delstar Mail, quant à lui, peut se targuer d’être le père d’Hatchi des Loges, ICC 144, vice-champion de France des sept ans en concours complet et neuvième du Mondial du Lion d’Angers dans cette même catégorie en 2024. Iroise Mail, une autre de ses descendants, atteint l’ISO 144 sous la selle de Quentin Marion. Et Brice Brassart connaît bien les qualités de père de ses deux nouvelles recrues. “J’ai partagé sur les réseaux sociaux une vidéo de Joyella Mail, une fille de Desltar née chez Bernard Le Courtois et confiée par son propriétaire. Bernard Le Courtois m’a alors contacté. Il se trouve que c’est un ami de longue date d’une de l’une de mes propriétaires, Roselyne Brémond, à la tête élevage de Gaïa. Je travaille avec elle depuis plusieurs années, et j’ai par exemple monté Imagine de Gaïa (Casall), jusqu’à six ans”, explicite le Seine-et-Marnais, ravi de cette nouvelle collaboration. “Bernard Le Courtois est venu voir mes installations et nous nous sommes mis d’accord pour un partenariat. En octobre dernier, j’ai sorti tranquillement Delstar Mail, qui n’avait pas fait de concours depuis deux ans. C’était un choix de son propriétaire pour privilégier sa carrière d’étalon, sans aucun lien avec un quelconque problème physique. Je vais disputer le championnat Pro 2 à Fontainebleau avec lui et Catchar Mail prendra part au CSI 2*. Ce sont deux adorables chevaux ! Ils sont faciles à manipuler au quotidien, faciles à transporter. Delstar est assez facile ; le dressage de Patrice Delaveau est parfait ! Catchar est aussi très bien dressé. Il est ‘aux boutons’, comme on dit, mais il est aussi extrêmement sensible. S’il commet une faute au paddock, je reviens tout de suite faire un petit saut pour le rassurer. C’est pour cela que j’alterne le niveau d’épreuve, en l’engageant régulièrement sur de petits parcours pour lui donner un sentiment de facilité.”

© Jean-Louis Perrier

Les fils de Katchina Mail Catchar (en haut) et Delster Mail (en bas) poursuivent leur route avec Brice Brassart, dans un but commercial. © Jean-Louis Perrier
Côté éleveur normand, Brice Brassart a aussi dans ses écuries un produit de l’élevage de Jean-Pierre Herpin, Du Valon (Kannan), qui a connu son heure de gloire avec Nicolas Layec (ISO 160 en 2024). Malgré tout, une grande partie de son effectif vient de l’Ain. Actuellement, il compte sept produits de l’élevage de Stéphane Monier, qui fait naître ses produits sous l’affixe des Joanins. “J’ai notamment Mistral des Joanins (Mylord Carthago et Praeludium, par Pilot, mère notamment de L’Arc de Triomphe, ndlr), qui est aussi un étalon. C’est un cheval sympa, qui a envie de bien faire, mais sa carrière a été gênée par trois opérations de coliques. C’est dire s’il est costaud ! Stéphane Monier a aussi des objectifs de commercialisation, mais à plus ou moins long terme. Il entretient également un partenariat avec Olivier Perreau, qui a maintenant Jolicoeur des Joanins (Cicero van Paemel), que j’ai monté jusqu’au CIR des 6 ans l’an dernier”, complète le discret formateur. À l’aise dans son rôle de valorisateur, Brice Brassart poursuit son chemin, en mettant sur la bonne route bon nombre de chevaux de qualité.
Du Valon, ancien complice de Nicolas Layec, fait partie du piquet du Français. © Agence Ecary
Brice Brassart peut compter sur de bons représentants de l'affixe des Joanins, dont Mistral, onze ans. © Agence Ecary
Photo à la Une : Brice Brassart pose aux côtés de Catchar Mail et son propriétaire et éleveur, Bernard Le Courtois, lors du salon des étalons de Saint-Lô, en février 2026. © Jean-Louis Perrier