Dans le sillon d’un Kent Farrington d’exception, les locaux partent sur des bases solides à Fort Worth, où la Chasse a déjà donné lieu à des surprises
Au Texas, le coup d’envoi a été donné et les premiers enseignements tirés. Sans grande surprise, Kent Farrington s’est installé en tête de la finale de la Coupe du monde de Fort Worth après une Chasse parfaitement négociée grâce à la complicité de Toulayna van het Bloesemhof. Il devance les très motivés Daniel Deusser et Steve Guerdat, deux et troisièmes avec leurs respectifs Otello de Guldenboom et Albführen’s*Iashin Sitte. Au total, cette mise en bouche, jugée au barème C, a débouché sur treize sans-faute. Parmi les plus grandes désillusions du jour, celle subie par Willem Greve et Pretty Woman van’t Paradijs tient la corde, les deux complices ayant concédé seize points… Les belles révélations, elles, viennent principalement de Jacob Pope et son superbe Highway FBH, mais aussi des Australiennes Jamie Winning-Kermond et Tulara Wat Colblensky. Débrief de cette première étape.
Net. Précis. Tranchant. Kent Farrington a fait du grand Kent Farrington, jeudi 9 avril à Fort Worth, où la très belle Dickies Arena accueille pour la première fois de son histoire la finale Longines de la Coupe du monde de saut d’obstacles. Première tête de série de la compétition, l’Américain a parfaitement négocié le tracé très intelligent et intéressant mis sur pied par le Mexicain Anderson Lima avec sa géniale Toulayna van het Bloesemhof. Tous deux ont avalé les treize obstacles et seize efforts de cette mise en bouche sans forcer, dans un train soutenu, sans se mettre dans le rouge. Résultat ? La première place du classement provisoire, avec un chronomètre de 62’’03. Une première victoire presque sans surprise tant le numéro deux mondial est plébiscité comme grand favori au titre final. Mais avant de lever les bras, il faudra pouvoir transformer l’essai sur les deux journées de compétition restantes. “Je suis soulagé que cette première journée soit terminée. Je suis très content de ma jument, qui était super. Elle est très polyvalente et l’a encore prouvé aujourd’hui : elle peut sauter sur n’importe quelle piste et aller très vite. Mon plan s’est plus ou moins déroulé sans accroc. J’ai regardé quelques parcours avant que ce ne soit mon tour, mais je suis très confiant avec cette jument. Je sais qu’elle fait ce que je lui demande, alors je colle à ce que j’ai prévu. Demain, je monterai Greya (née Contina 47, ndlr), en espérant continuer sur cette lancée. C’est un bon début, mais quand je vois les cavaliers derrière moi, qui font partie des meilleurs du monde, je me dis qu’il reste encore du chemin à parcourir ! J’ai hâte de voir ce que la suite nous réserve”, a réagi l’Américain, qui n’a guère pu profiter du soutien du public, les tribunes étant restées désespérément vides en ce jeudi après-midi au Texas.

Entrée en matière parfaite pour Kent Farrington, qui a pris la tête des opérations avec Toulayna van het Bloesemhof, qui cèdera sa place à Contina 47, alias Greya, pour la prochaine étape de la compétition. © Sportfot
Les Américains donnent le ton à domicile
Si Kent Farrington est allé vite, il en est une qui est allée très vite. Il s’agit de Lillie Keenan, également citée par beaucoup d’observateurs comme une candidate sérieuse au podium. Aux rênes de son atypique Klent Kick On, particulièrement aérien dans cette épreuve inaugurale, l’amazone est partie dans un rythme d’enfer, si bien qu’elle a coupé la ligne d’arrivée en 60’’78. Ce chronomètre, le meilleur de la soirée, aurait pu lui donner les commandes provisoires de sa deuxième finale de la Coupe du monde, mais une faute, transformée en trois secondes comme le veut le Barème C qui régit les Chasses en grands championnats, l’a fait reculer au quatrième rang. “Je suis fâchée contre moi-même”, a lâché la compétitive disciple de McLain Ward. “J’aurais pu faire une foulée de plus et Kick On aurait très bien sauté, d’autant plus qu’il était extrêmement rapide. Si je me ressaisis, je pense que nous avons une bonne chance cette semaine. Je prends toujours beaucoup de plaisir à défendre les couleurs des Etats-Unis, mais c’est encore davantage le cas dans un championnat à domicile, et d’autant plus au Texas, d’où mon père est originaire.”
Lillie Keenan a bouclé le parcours le plus rapide du jour sur Klent Kick On mais n'a pu éviter une faute. © Shannon Brinkman / FEI
Quatrième, le duo emmène un joli tir groupé américain. En effet, grâce à une somptueuse performance, entre maîtrise et efficacité, Jacob Pope et Highway FBH, fruit du mariage très réussi entre la fiabilité de Plot Blue et le génie d’une fille de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, ont marqué la première journée de compétition de leur empreinte. Tout en connexion et en fluidité, leur parcours leur a permis de rivaliser avec quelques-uns des meilleurs mondiaux, eux qui restent méconnus du public européen, puisqu’ils n’ont que trop rarement foulé le sol du Vieux Continent et jamais au plus haut niveau. Le style impeccable du jeune trentenaire originaire du Maryland n’est en revanche pas une surprise, puisqu’il évolue aussi en hunter et autres épreuves d’equitation en Amérique. Alors qu’elle n’a disputé que dix épreuves à 1,60m dans toute sa carrière, la paire a déjà conquis de nouveaux fans, qui les attendront sans doute avec impatience pour la suite de la compétition.

Somptueux Jacob Pope et Highway FBH ! © Shannon Brinkman / FEI
Sixième, le très en forme Aaron Vale a signé une autre des performances marquantes du jour. “J’ai ressenti un peu de pression lors du tirage au sort hier soir”, a-t-il reconnu. “La soirée a été longue ! Lors de la reconnaissance, j’ai plutôt aimé le tracé, qui me semblait bien convenir à mon cheval. Ensuite, il nous fallait faire un bon parcours ! Carissimo était super et je suis ravi de cette entrée en matière. Lorsque nous avons appris que la finale aurait lieu ici, nous en avons fait un objectif sur notre calendrier. J’ai grandi à vingt minutes d’ici ! Cela fait de cette finale de la Coupe du monde un objectif encore plus grand pour moi, car elle se déroule littéralement chez moi. Si on m’avait dit qu’il y aurait une finale de la Coupe du monde au Texas quand j’étais enfant, j’aurais sans doute répondu que c’était de la folie ! Mais nous y voilà !” Parti en ouvreur avec son styliste Carissimo 25, l’Américain n’a rien laissé au hasard et n’a fait qu’une bouchée des difficultés du jour. Si bien que la crainte d’un parcours trop accessible pouvait se dessiner.

Ouvreurs de la Chasse, Aaron Vale et Carissimo 25, qui jouent à domicile, n'ont pas tremblé. © Shannon Brinkman / FEI
Désillusions et parcours à oublier
Dès le passage de Willem Greve et Pretty Woman van’t Paradijs, qui comptaient parmi les favoris et avaient tiré le dossard numéro deux, une tout autre réalité s’est mise en route. Le Néerlandais et sa fille de Vigo d’Arsouilles, qui avaient remporté les étapes de Stuttgart et La Corogne en fin d’année dernière, ont mis… quatre barres à terre ! Un score dont tous deux n’avaient jamais écopé à ce niveau et qui a créé la surprise générale chez leurs aficionados. Quatre chevaux plus tard, les si attachantes Oda Charlotte Lyngvaer et Carabella vd Neyen, révélations de l’hiver, ont craqué. Parties en pleine confiance et dans un galop très ouvert, montrant une belle fluidité, les deux complices ont échappé trois fautes. Un peu plus tard, la prestation de Skylar Wireman et Barclino B, attendus sur leur sol, a été sanctionnée par seize points, soit douze secondes... Dommage, mais sûrement fatal.
Au total, treize sans-faute ont été enregistrés. Si la plupart des cadors ont bouclé des performances à la hauteur de leurs réputations, leurs passages ont parfois sévèrement contrasté avec des prestations qu’il aurait sans doute été préférable de ne pas voir. Le système de qualification de la FEI étant ce qu’il est, il permet à des couples d’accéder, à l’occasion de cette finale, à un niveau auquel ils ne sont pas habitués. Ajouté à cela le stress, la pression et l’enjeu de l’événement, les résultats ne sont guère glorieux. Aux cavaliers de mener les bonnes réflexions, pour eux, mais surtout pour le confort de leurs généreuses montures. Fort heureusement, quelques exceptions subsistent toujours et permettent de belles découvertes, comme celle de l’Australienne Jamie Winning-Kermond et de sa fille de Colman, Tulara Wat Colblensky. Sans prendre de risque, toutes deux ont bouclé une prestation sans fausse note. Elles ne figurent, certes, pas parmi les meilleurs au soir de la première journée de compétition, mais elles ont quitté la piste avec honneur et peuvent encore rêver.

La seule paire australienne de la compétition a livré une copie de très bonne facture dans la Chasse ! © Sportfot
Daniel Deusser et Steve Guerdat répondent présent
En haut du classement provisoire, entre Kent Farrington et Lillie Keenan, Daniel Deusser et Steve Guerdat ont entamé leur rendez-vous sur le bon pied. L’Allemand s’est montré impérial sur son très efficace et coopératif Otello de Guldenboom. Le fils de Tobago a prouvé une fois de plus son cœur immense et continue de surprendre son monde. Depuis ses deux victoires en Grand Prix 5*, acquises à La Baule d’abord puis à Vérone, le bai brun est entré dans une nouvelle ère qui semble lui seoir à merveille. “Otello était très bien, il m’a rendu la tâche très facile ! Il a vraiment bien sauté”, s’est réjoui le cavalier des écuries Stephex. “Ce n’est que le premier jour, la compétition est encore longue. C’est un bon début, j’ai un bon sentiment et je suis confiant pour la suite. Tout reste encore à faire, et il y a encore trois ou quatre parcours à franchir. Une belle bataille s’annonce !”

Deuxième, Otello de Guldenboom semble bien parti pour réaliser un excellent championnat. © Shannon Brinkman / FEI
Déterminés, Steve Guerdat et Iashin Sitte sont aussi idéalement placés, en troisième position. Si le Suisse était évidemment satisfait de son complice, il l’était, comme souvent en bon perfectionniste qu’il est, beaucoup moins de lui-même. “Je suis soulagé. Il y a toujours beaucoup à perdre dans la Chasse des grands championnats. La terminer avec un bon résultat est agréable. Je visais un Top 5, je suis donc évidemment ravi de ma troisième place. J’ai pu rester fidèle à mon plan et aux contrats de foulées que j’avais imaginés, mais je ne suis pas content de la manière dont j’ai monté. J’espère me montrer au niveau de Iashin les prochains jours. Je me sens très bien et je suis très heureux d’être là ; la finale de la Coupe du monde, qui se déroulait à Bâle et à laquelle je n’ai pas pu participer l’an dernier malgré mes efforts (après une opération du dos, ndlr), m’a beaucoup manqué ! Je ne m’attendais pas à y participer cette année, car je n’ai eu que quelques étapes pour me qualifier, mais Iashin a été merveilleux (en remportant les Grands Prix de Leipzig et Helsinki”, a détaillé le Suisse, qui vise un quatrième titre historique dans ce sommet printanier qu’il a déjà remporté trois fois, comme Marcus Ehning, Rodrigo Pessoa et Meredith Michaels Beerbaum.

Steve Guerdat et Iashin Sitte ne sont pas là pour faire de la figuration. © Shannon Brinkman / FEI
Good Star du Bary, Gangster Montdesir et Lorde do Belmonte affichent leur grande forme pour la suite
Dans le Top 16, Abdel Saïd, Yuri Mansur, Jessica Burke, René Dittmer, Katherine A. Dinan et Eiken Sato ont rendu des copies honorables avec leurs respectifs Quaker Brimbelles, Vitiki, Good Star du Bary, Cody 139, Out of the Blue SCF et Chadellano PS*JRA, les plaçant en embuscade pour la suite. Kevin Staut, neuvième sur une Visconti du Telman des très, très grands jours, pourra s’en vouloir. Le Tricolore a en effet abandonné sa complice sur le dernier vertical du parcours, entraînant une faute, alors que tous deux survolaient jusque-là toutes les difficultés… La sanction a été la même pour deux grands favoris : Richard Vogel et Martin Fuchs. L’Allemand et le Suisse n’ont guère fait mieux que le Français à l’abord de ce dernier vertical, qu’ils savaient pourtant très fautif. Leurs exceptionnels Gangster Montdesir et Lorde do Belmonte, tous deux destinés à de très grandes choses dont ils ont montré les prémices ces derniers mois, ont payé le prix fort en étant rétrogradés aux rangs quatorze et quinze. Bien sûr, rien n’est perdu à ce stade, mais ils auraient pu figurer aux positions quatre et six sans cette erreur de pilotage…

Quelle excellente impression laissée par Jessica Burke et son magique Good Star du Bary ! © Shannon Brinkman / FEI
La compétition se poursuit vendredi au Texas, à partir de 2 heures du matin samedi en France métropolitaine.
Les résultats complets.
Le classement provisoire complet.
Photo à la Une : Kent Farrington s'est installé en tête des opérations à Fort Worth, où a débuté la finale Longines de la Coupe du monde. © Shannon Brinkman / FEI
La finale de la Coupe du monde de Fort Worth est à suivre en direct sur Clipmyhorse.tv.


















