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Crack parmi les cracks, Cornado s’est envolé au paradis

Icône de son sport, Cornado s'est éteint à vingt-trois ans.
Elevage mercredi 29 avril 2026 Mélina Massias

Le pégase Cornado I a pris son dernier envol. À vingt-trois ans, le gris, indissociable partenaire de Marcus Ehning, avec qui il a remporté trois Grands Prix 5*, obtenu pléthore de classements au plus haut niveau, pris part à trois finales de la Coupe du monde de saut d’obstacles, avec deux quatrièmes et une douzième places à la clef, et terminé dixième des Jeux équestres mondiaux de Caen, a été endormi. Ses propriétaires ont fait savoir que l’étalon souffrait de tumeurs incurables, qui ne lui permettaient plus de vivre une vie sans souffrance. Véritable icône de son sport malgré une carrière sportive entachée par les blessures puis une énucléation, le fils de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, a touché en plein cœur de nombreux passionnés, leur laissant un souvenir impérissable d'un cheval aux apparences divines.

Il y a des chevaux qui marquent au-delà de tout résultat sportif. Cornado I était de ceux-là. Avec Marcus Ehning, son plus fidèle cavalier, le gris ne faisait qu’un. D’une classe hors norme, doté d’un style impeccable et d’une intelligence rare, l’étalon s’est illustré au plus haut niveau malgré une carrière émaillée par plusieurs coups d’arrêt, qui ne lui ont jamais véritablement permis d’entrer dans la légende du saut d’obstacles. Le fils de Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky, s’est éteint mardi 28 avril, dans sa vingt-troisième année.

Cornado semblait tout droit sorti d'un rêve. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Ses fans se souviendront de ses démonstrations à Bordeaux et sous la verrière du Grand Palais, en 2014, puis à Bois-le-Duc, deux ans plus tard, de ses innombrables classements au plus haut niveau, dont deux quatrièmes places en finale de la Coupe du monde, acquises en 2014 à Paris puis en 2016 à Göteborg, et une douzième, obtenue à Paris en 2018, mais aussi de son terrible forfait de dernière minute lors des Jeux olympiques de Rio de 2016, où il avait l’opportunité d’enfin conquérir une médaille individuelle qu’il aurait tant méritée. En 2014, Cornado avait aussi pris part aux Jeux équestres mondiaux de Caen, terminant dixième de la compétition individuelle.

S'il a mené moins de tours d'honneur que certains de ses pairs, le gris a pourtant durablement marqué son sport et ses fans. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Né en 2003, du croisement entre l’actuel numéro un mondial des pères de gagnants selon le classement de la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport (WBFSH) et Acobata, une fille d’Acobat I et petite-fille de Cantus, le Westphalien était l’une des prunelles de l’élevage d’Antonius Schulze-Averdiek. Issu de la Stamm 4507 du Holstein, Cornado débute sa carrière sportive en 2007, sur ses terres natales, aux rênes de Marcus Döring. Deux ans plus tard, il poursuit sa formation avec Franz-Josef Dahlmann, avant de croiser la route de Marcus Ehning en 2012. Le duo évoluera ensemble jusqu’en 2021, date de sa dernière apparition internationale, avant l’officialisation de sa retraite sportive quelques mois plus tard. Énucléé en 2018, le crack avait réussi à retrouver le haut niveau, obtenant deux… quatrièmes places, sans doute le rang qu’il a le plus occupé dans les rendez-vous majeurs, lors des Grands Prix de la Coupe du monde de Londres et Bâle en 2019 et 2020.

Dans les écuries de Marcus Ehning, l'étalon a profité d'une vie de roi, faite de sorties quotidiennes au pré. © Tiffany Van Halle / Hippo Foto



À vingt-trois ans, après cinq ans d’une retraite passée entre Borken, dans les prés de Marcus Ehning, et le haras d’Etat de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à Warendorf, où il était stationné pour la monte, Cornado a été endormi en raison de tumeurs incurables. “Avec grande tristesse, nous avons dit adieu à Cornado NRW. Le fils de Cornet Obolensky a dû être euthanasié endormi hier [...]. La perspective d’une vie sans douleur n’était plus possible”, ont ainsi fait savoir ses propriétaires. “Avec lui, ce n'est pas seulement un athlète et un reproducteur d'exception qui nous quitte, mais aussi un étalon à la personnalité hors du commun. Ce gris imposant et typé a su nous enthousiasmer jusqu'à la fin par sa vitalité, son esprit et, dans le meilleur sens du terme, son caractère. [...] Cornado NRW était bien plus qu'un champion de saut d'obstacles. Il a touché les gens par son caractère, son charisme et son extraordinaire volonté de performer. Ceux qui ont eu la chance de le côtoyer n'oublieront jamais sa présence et son aura particulières !”

Avec son cavalier, le Westphalien a arpenté les plus belles pistes du monde, de Calgary à Aix-la-Chapelle, et disputé quatre grands championnats. © Sportfot

Propre frère de Cornado II, qui a obtenu de bons résultats avec Christian Ahlmann, l’étalon a aussi connu quelques succès à l’élevage, malgré une production modeste. Selon Horsetelex, le fils de Windows vh Costersveld compte seulement trois-cent-seize descendants à ce jour, dont les premiers sont nés dès 2006. Onze ont sauté des parcours internationaux à 1,60m et plus. Parmi eux, Cordynox, un temps associé à… Marcus Ehning, Cool Feeling, délicat partenaire de Ludger Beerbaum, ou encore Büttner’s Minimax, qui avait laissé entrevoir de belles promesses sous la selle de Janne-Friederike Meyer-Zimmermann avant de perdre brutalement la vie en 2022, quelques mois après une belle victoire en Grand Prix 4* et une honorable troisième place dans le Grand Prix de la Coupe du monde de Helsinki, qui faisait suite à quatre autres classements en Grands Prix 5*. Si la tâche était ardue, voire impossible, les héritiers de Cornado n’ont - pour l’heure - jamais vraiment briller autant que lui, la faute, sans doute, à une fertilité délicate et, donc, une progéniture peu nombreuse. Il compte tout de même une vingtaine de fils approuvés, dont un certain Corydon van T&L, dont la production s’affirme de plus en plus, avec Phenyo van het Keyserbos, Paulus-L et Quatre Mai-L en têtes d'affiche.

Marcus Ehning a un temps monté Cordynox, l'un des descendants de Cornado. © Dirk Caremans / Hippo Foto

“Cornado a de la qualité, des moyens et sa façon de sauter est incroyable. C’est vraiment un sauteur exceptionnel”, louait Marcus Ehning en 2014 dans les colonnes de Worldofshowjumping au sujet de son complice. Et Jannicke Naustdal d’ajouter, dans ce même article : “La performance de la paire à Bordeaux nous a laissé sans voix. [...] Tous deux ne semblaient pas courir après le chronomètre au barrage ; ils semblaient plutôt flotter dans les airs. Cela nous a laissé la sensation d’avoir assisté à quelque chose d’unique.” Voilà qui résume à merveille l’image que laissera Cornado à toutes celles et ceux qui ont eu le bonheur et l’honneur de le voir à l’œuvre. 

Au paradis des chevaux, Cornado règnera par sa fierté et son aura naturelles, qu'il affichait fièrement à chacune de ses apparitions en piste. © Sportfot

Photo à la Une : Icône de son sport, Cornado s'est éteint à vingt-trois ans. © Dirk Caremans / Hippo Foto