Plus d’1,4 million d’euros de gains, dix-neuf victoires en Grands Prix internationaux et un charisme inoubliable. À vingt ans (!) et après avoir décroché la deuxième place du Grand Prix 4* de Vejer de la Frontera dimanche 15 mars, le fabuleux Con Quidam RB a vécu son ultime tour d’honneur en compétition. Sanne Thijssen, sa complice depuis plus d’une décennie, a annoncé son départ à la retraite, tournant la plus belle page de sa jeune carrière. L’étalon Holsteiner aura durablement marqué les esprits par son tempérament hors-normes et devrait désormais s’atteler à transmettre ses gènes à la nouvelle génération.
Un dernier classement et puis s’en va. À vingt ans, le fabuleux Con Quidam RB en a définitivement terminé avec le sport. Complice de Sanne Thijssen depuis douze ans sur la scène internationale, l’étalon Holsteiner a tiré sa révérence après avoir décroché la deuxième place dans le Grand Prix 4* de Vejer de la Frontera, dimanche 15 mars. Titulaire de dix-neuf victoires en Grands Prix sur la scène internationale, le bai a profondément marqué sa cavalière mais aussi sa discipline, par son talent, son énergie débordante et sa volonté sans limite.
À vingt ans, Con Quidam RB a vécu son dernier tour d'honneur, dimanche à Vejer de la Frontera. © Sportfot
Initié à la compétition par le Bulgare Rossen Raitchev en Allemagne en 2012, le Holsteiner, né chez la famille Bröcking, dont l’élevage est niché à Borken, entre Leipzig et Cologne, est le fruit du mariage entre Quinar, un fils du grand Quidam de Revel, et S-Capitola B, une fille de Cardino (Carthago) et petite-fille de Capitol I. En 2012, à six ans, le petit bai remporte la première qualificative des championnats du monde de Lanaken et termine quatorzième de la finale, avec le parcours à quatre points le plus rapide de l’acte initial. Quelques mois plus tard, Con Quidam RB déménage aux Pays-Bas : la famille Thijssen a décelé chez lui un potentiel intéressant et en est devenue propriétaire. Le petit Holsteiner débute alors sa nouvelle vie aux rênes de Leon Thijssen, qui passe le relai à sa fille, Sanne, à l’été 2014, après un an et demi de formation. La paire entame son aventure de la meilleure manière, avec une victoire à 1,40m. Mais Con Quidam RB n’est pas destiné à rester éternellement sous la selle de son amazone, le fonctionnement des écuries Thijssen reposant grandement sur le commerce.
Dès son plus jeune âge, comme lors des Mondiaux de Lanaken en 2012 sous la selle de Rossen Raitchev, le fils de Quinar a montré sa grande compétitivité. © Sportfot
Le couple continue toutefois de progresser et aborde ses premiers championnats d’Europe en août 2015, à Wiener Neustadt. Là-bas, les deux complices terminent onzièmes en individuel et cinquièmes par équipe. Un an plus tard, à Millstreet cette fois, ils font encore mieux en décrochant le quatrième rang de la compétition en solo et en se parant d’argent avec l’escouade néerlandaise. Leur épopée suit son cours, avec, à la clef de premières prestations prometteuses en 5* et des victoires jusqu’à 1,60m. “Nous ne souhaitions pas le commercialiser trop jeune. Nous avons donc essayé de l’aguerrir à un niveau plus important. Si le bon client était venu, il aurait été vendu”, confiait son amazone dans les colonnes de Studforlife en 2022. Mais, à l’été 2017, tout bascule.
Pas à cause d’une vente, mais d’une blessure. Pendant deux ans, Con Quidam RB reste éloigné des pistes de compétition. Un coup du sort qui se transforme en aubaine pour Sanne Thijssen. “En fin de compte, il est resté avec nous à cause de sa blessure ; c’est pour cela qu’il n’a jamais été vendu. Ensuite, il est revenu dans le sport. Pour être franche, nous ne nous attendions pas à cela ! Nous l’avons relancé doucement et il a fini par retrouver le haut niveau. Il est presque encore meilleur qu’avant sa blessure !”, disait encore la Néerlandaise il y a quatre ans.
En 2019, après deux ans de convalescence, l'étalon a repris progressivement la compétition... jusqu'à devenir la meilleure version de lui-même. © Sportfot
Après son retour en 2019, le petit bai à l’intelligence exceptionnelle épate son monde. En 2021, il remporte le premier Grand Prix 5* de sa carrière, à l’occasion du CSIO de Rotterdam, puis enchaîne avec un nouveau succès dans le temps fort d’un CSI 4* joué à Opglabbeek et prend la deuxième place de l’épreuve reine du Longines Global Champions Tour de Valkenswaard. En 2022, il met cette fois le LGCT de Madrid à ses pieds, boucle le Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle avec une faute, dispute plusieurs Coupes des nations… et décroche sa sélection pour les Mondiaux de Herning. En Suède, il récolte une médaille d’argent par équipe. L’année suivante, la paire ajoute à son palmarès les Grands Prix 4* de Moerzeke et 5* de Valkenswaard. En 2024, ceux de Vejer de la Frontera, Opglabbeek et Gijon, labellisés 4*, ne leur résistent pas. À dix-neuf ans, le fils de Quinar et Sanne Thijssen terminent deuxièmes du Grand Prix Rolex du CSIO 5* de Falsterbo, entre autres classements. Tous deux vivent quelques parcours plus compliqués en fin d’année, mais rebondissent début 2026 en extérieur, en se classant huit puis deuxièmes de deux Grands Prix 4* à Vejer de la Frontera. Cette seconde performance restera leur dernière. S’ils ne seront pas parvenus à faire aussi bien que Casall et Rolf-Göran Bengtsson, partis sur une victoire pleine de fraîcheur et de panache dans le Grand Prix 5* de Hambourg en 2017, les deux complices auront marqué, à leur échelle, le jumping mondial.
En 2022, Sanne Thijssen et son Holsteiner ont disputé les championnats du monde de Herning. © Sportfot
“C’était son dernier parcours. J’espère qu’il a pris du plaisir. Il va désormais profiter de sa retraite, alors qu’il est encore en pleine forme. Il prend de l’âge et nous voulons qu’il arrête la compétition en étant frais. Durant ces treize dernières années que nous avons partagées, il m’a offert des résultats incroyables”, s’est émue Sanne Thijssen, la voix tremblante, dans une vidéo où son plus fidèle partenaire profite de roulades dans les bois espagnols. “Gagner mon premier Grand Prix 5* à Rotterdam, à domicile, remporter celui de Madrid en étant les derniers à partir au barrage… Il a façonné toute ma carrière. Je suis très, très, très reconnaissante envers ce cheval, envers Connie. J’espère qu’il va profiter de sa retraite.”
Dans une vibrante lettre publiée sur ses réseaux sociaux, la Néerlandaise a rendu hommage à son meilleur partenaire : “Cher Connie. Le fait que ce chapitre touche à sa fin est indescriptible. Mais je vais essayer de trouver les mots justes pour l'exprimer. Bon sang, tu as été formidable avec moi ! Tu t’es toujours battu jusqu’au bout. Tu ne m’as jamais laissée tomber et tu ne m’as jamais déçue. Tu t’es toujours donné à 200 %. Tu m’as appris à me battre et à ne pas abandonner. Grâce à toi, beaucoup de gens dans le monde équestre savent qui est Sanne Thijssen. De ma première médaille aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers avec l’équipe néerlandaise à mes premières victoires en Grands Prix 2, 3, 4 et 5*. Tu as réussi à te classer pas moins de cent dix fois dans le top 10 d’une épreuve comptant pour le classement mondial, dont quatre victoires en Grand Prix 3*, sept en Grand Prix 4* et trois en Grand Prix 5*, à Rotterdam, Madrid et Valkenswaard. Sans oublier que tu faisais partie de l'équipe néerlandaise victorieuse lors de la finale des Coupes des nations à Barcelone en 2021, et que tu as remporté la médaille d’argent avec l'équipe néerlandaise lors des championnats du monde à Herning en 2022. Tu savais si bien sentir quand il fallait y aller. Quand c’était un jour important. Quand nous voulions montrer au monde ce que nous pouvions accomplir ensemble. Il en a été de même lors de ces dernières épreuves. Il nous a manqué 0’’15 seconde pour une dernière victoire, mais cette deuxième place nous a procuré autant de satisfaction qu’une victoire. Le fait qu’à vingt ans, tu aies réussi à te hisser parmi les six parcours sans faute d’un Grand Prix 4*, puis à frôler la victoire d’un cheveu, en dit long sur ton esprit combatif. Te battre jusqu’au bout. Et j’en suis sûre : si cela n’avait tenu qu’à toi, ce parcours n’aurait pas été le dernier. Mais pour protéger ton cœur d’or, ton cœur de lion qui continuera toujours à battre contrairement à ton corps, nous avons décidé qu’il était temps. Temps pour ta retraite bien méritée, après toutes ces années de combat. Cette combativité nous a toujours menés à d’innombrables victoires. Cette montée d’adrénaline quand on avait encore réussi. Tu en profitais autant que moi. Le public qui s’enflammait après l’arrivée et pendant les remises de prix. La sympathie et le respect que les gens avaient pour toi étaient palpables partout. Et c’est toi-même qui as créé cela grâce à ton incroyable mental de battant. Et comme tu savais en profiter quand les applaudissements t'étaient à nouveau destinés. Tu appréciais autant les tours d'honneur que la compétition elle-même. C'est pourquoi tu auras droit à un dernier tour d'honneur. Spécialement et uniquement pour toi, lors du championnat des Pays-Bas à Deurne, le 26 avril. J’espère du fond du cœur que ce jour-là, il y aura foule, avec des gens et des passionnés venus t’accompagner pour tes adieux. Pour que tu puisses profiter une dernière fois de tout ce que tu as représenté. Car tu l’as plus que mérité après ces treize années pendant lesquelles j’ai pu profiter de toi, tout comme probablement beaucoup d’autres personnes. Au moment où j’écris ces lignes, les larmes coulent sur mes joues. De joie, mais aussi de tristesse. De joie, car tu l’as tellement mérité et nous avons pu terminer en beauté avec ce dernier Grand Prix. De la tristesse, car tu vas tellement me manquer en compétition. Pas seulement pour les performances que nous avons réalisées ensemble en piste, mais aussi pour tes traits de caractère qui se reflétaient dans tous tes gestes, tant en selle qu’à l’écurie. Tout ce qui faisait de toi ce que tu étais. Parfois, on aurait dit que nous pouvions parler l’un avec l’autre. Tu sentais exactement ce que je ressentais, et je savais exactement ce que tu ressentais. Nous nous rendions mutuellement plus forts et nous nous complétions là où c’était nécessaire. Nous étions sur la même longueur d’onde. Quand la vie me faisait traverser une période difficile, où plus rien ne semblait aller dans le bon sens, tu étais là. Tu me donnais de la valeur. Le sentiment que je comptais. Qu’il y avait plus à accomplir dans la vie. Tu me donnais ce coup de pouce, la force dont j’avais besoin pour continuer. De nouveau sur la plus haute marche du podium, sous les projecteurs, ce sentiment que tout allait s’arranger. Une base sur laquelle construire. Et de ne jamais, mais alors jamais, abandonner. Je te dois tout cela et je t'en serai éternellement reconnaissante. Et cette sage leçon, tu me la transmets pour le reste de ma vie : ne jamais abandonner ! Merci Connie !”

À Rotterdam, en 2021, Sanne Thijssen a remporté sa première grande victoire avec son plus fidèle complice. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Désormais, une double nouvelle page s’ouvre pour le Holsteiner. Celle d’une vie à repenser, et celle d’un nouveau défi, à l’élevage. Jusqu’à présent, Con Quidam RB s’est consacré quasiment exclusivement à sa carrière sportive. Si sa semence a officiellement été rendue disponible l’an dernier, l’étalon compte… quatre produits enregistrés sur la base de données Horsetelex. De quoi continuer d’écrire l’histoire pour ce compétiteur hors-norme. “Ce cheval est un phénomène de la nature ! C’est un alien !”, s’emballait Frederik de Backer au micro de GCTV lors de l’une de ses victoires. “Ce cheval n’est pas le produit d’une jument. Il n’est pas né ; je crois qu’il a atterri sur terre via un vaisseau spatial, via un OVNI, puis qu’il a décidé qu’il voulait être un cheval et rencontré Sanne Thijssen.” Voilà qui résume bien ce qui émanait de ce couple, qui a amassé plus d’1,4 million d’euros de gains, trente-trois victoires internationales, dont dix-neuf en Grands Prix de niveau 1 à 5*.

Bonne retraite, Con Quidam RB ! © Sportfot
Photo à la Une : Sa fougue, sa détermination et son brillant ont permis à Con Quidam RB d’entrer dans le cœur de nombreux aficionados. © Dirk Caremans / Hippo Foto






