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“C’est avant tout la passion des chevaux qui continue de m’animer”, Roger-Yves Bost

Fidèle parmi les fidèles, Roger-Yves Bost est de retour pour une nouvelle édition du Jumping international de Bordeaux.
Interviews jeudi 5 février 2026 R&B Presse

À un âge où beaucoup se battent pour leur retraite, Roger-Yves Bost, lui, continue de se battre pour garder un premier rôle au plus haut niveau du saut d’obstacles mondial. Quarante-quatre ans de carrière internationale, des générations de chevaux formés et aimés, des victoires sur les plus grandes pistes du monde, des médailles, beaucoup en or, olympique, mondiale et européenne, vainqueur des plus prestigieux Grands Prix et… chevalier de la Légion d'honneur après la médaille d’or de Rio : le Tricolore peut aisément être qualifié de légende vivante du sport français. Et pourtant, ce qui frappe toujours chez lui, c’est sa simplicité, son accessibilité, sa gentillesse avec les hommes comme avec les chevaux. Il arrive à Bordeaux, où il a écrit quelques-unes des plus belles pages de sa carrière, en forme et ambitieux !

Quarante-quatre ans après vos premiers succès internationaux, trente-six ans après votre première victoire à Bordeaux avec Norton de Rhuys, vous êtes toujours là. Vous revenez tout droit de Hong Kong, où vous vous êtes imposé dans le Grand Prix 5* dimanche dernier. Qu’est-ce qui continue de vous animer aujourd’hui ?

C’est avant tout la passion des chevaux. Le plaisir de former des chevaux, de les faire progresser, de continuer à venir à la rencontre du public, notamment ici à Bordeaux, et de prendre du plaisir en concours. Tant que j’ai de bons chevaux et cette envie intacte, je continue. 

Comment expliquez-vous votre extraordinaire longévité ? Comment entretenez-vous cette envie ?

En montant à cheval, en allant en concours et en étant au contact des miens. La passion pour mes chevaux est cruciale. J’observe comment ils sont, comment ils se comportent et quand ils sont vraiment en forme. À ce moment-là, je sais quand je peux avoir des résultats. Ma famille m’aide beaucoup également. Quand j’ai des petits coups de mou – heureusement ce n’est pas souvent –, ils sont là et me poussent. Cela m’aide à rester jeune ! Grâce aux réseaux sociaux, je suis aussi en contact permanent avec des cavaliers âgés de vingt-cinq à quarante ans. Nous nous parlons beaucoup en concours. J’ai cette envie d’être avec eux, mais surtout avec mes chevaux. Et puis… je ne sais rien faire d’autre. (rires)

Comme chaque année, Roger-Yves Bost retrouve avec bonheur le Jumping international de Bordeaux. © Mélina Massias

Après tant d’années au plus haut niveau, comment entretenez-vous votre forme physique ?

J’ai un coach pour l’entretien physique. Je fais un peu de Pilates, du gainage, je cours un peu. Et surtout, je monte au minimum six chevaux par jour. Je ne bois pas, je ne fume pas... Mais la passion des chevaux compense largement ce genre d’addiction. Cela étant, je suis gourmand, donc je dois faire attention en permanence.

Visez-vous une carrière à la Hugo Simon, premier vainqueur de la finale de la Coupe du monde, qui, à soixante-treize ans, remportait son dernier Grand Prix international ?

Michel Robert a fait encore mieux en remportant un Grand Prix 3* à soixante-seize ans (l’an dernier au Pin, ndlr). Mais mon objectif n’est pas de durer à tout prix : tant que je suis dans l’équipe de France et que j’ai des chevaux de ce niveau, je continue. Sinon, je préférerais arrêter.

Que feriez-vous si vous ne concouriez plus à haut niveau ?

Je ferais du coaching, je continuerais à préparer des chevaux, pour les confier à mes enfants. Peut-être que je ferais les choses autrement. Mais pour l’instant, je suis toujours motivé !



Êtes-vous toujours le premier le matin aux écuries pour “prendre le pouls” de vos chevaux et leur parler ?

Oui, même si mes grooms arrivent très tôt, j’aime bien être là à la première heure, le matin, pour voir comment ils vont, leur tête, leur attitude. Enlever les bandes si besoin. J’aime bien leur parler. J’ai souvent des bonbons : ainsi, ils sont contents de me voir ! Être avec eux, leur parler ; cela fait vraiment partie de ma vie. Quand je fais sauter mes chevaux, je suis souvent là dès 7 heures ou 7h30.

Quel est le cheval qui vous a le plus marqué au cours de votre carrière ?

J’ai du mal à en citer un seul… J’ai eu beaucoup de “chevaux préférés”. Il y a eu ma première jument, Jorphée du Prieur, quand j'étais Junior, Jeune cavalier et au début de ma carrière en Sénior. Après, j'ai eu Norton de Rhuys, qui était un cheval exceptionnel, avec qui j'ai gagné tous les Grands Prix ! Ensuite, j'ai eu plusieurs bons chevaux : Souviens Toi III et Airborne Montecillo, médaillé d’argent par équipe aux Mondiaux de Rome en 1998, ou encore Idéal de la Loge, qui a remporté la Coupe des nations d’Aix-la-Chapelle. Et comment ne pas citer la championne d’Europe Castleforbes*Myrtille Paulois et Sydney Une Prince (championne olympique par équipe à Rio en 2016, ndlr), qui étaient des juments exceptionnelles ?

En 2013, Myrtille Paulois a offert à son cavalier le plus beau titre individuel de sa riche carrière. © Dirk Caremans / Hippo Foto

Lequel de ces chevaux aimeriez-vous revoir demain matin dans vos écuries ?

Norton. Il était exceptionnel et presque imbattable en indoor. Si je devais en revoir un demain matin dans mes écuries, ce serait peut-être lui.

Quel a été le plus beau moment de votre carrière ?

Le titre de champion olympique, forcément. Les souvenirs laissés par Rio, en équipe, sont uniques. J’ai aussi vécu un week-end complètement fou à Herning, où nous sommes devenus champions d’Europe avec Myrtille. Je n’aurais jamais parié sur cette victoire avant le championnat.

Et quel a été le moment sportif le plus dur que vous ayez vécu ?

Ce sont les Jeux d’Atlanta en 1996. Nous étions quatrièmes par équipes, et le lendemain, mon cheval boitait. Je n’ai pas pu prendre part à la compétition individuelle, où j’avais une chance de bien figurer. Quand on sait que son cheval en était capable, cela laisse un vrai regret. Mais le sport est ainsi et reste une école d’humilité. On perd plus souvent qu’on ne gagne. Quand on gagne, on en profite, parce que cela n’arrive pas tous les week-ends.

Ces quarante dernières années, vous avez toujours été l’un des cavaliers français les plus populaires. Chacune de vos entrées en piste soulève un réel enthousiasme. Comment expliquez-vous cet amour du public, d’ailleurs très marqué à Bordeaux ?

Je ne sais pas. Je viens chaque année, ici, à Bordeaux, c’est peut-être ça. Les gens savent que quand je rentre en piste, il va se passer quelque chose. Je me bats toujours pour faire le mieux possible, et je reste le même. Je ne change pas.

Avec Souviens Toi III, Bosty était déjà présent à Bordeaux il y a trente ans ! © Dirk Caremans / Hippo Foto

Quel(s) conseil(s) voudriez-vous donner à un cavalier qui débute sa carrière internationale ?

Je lui dirais d’y croire, de croire en ses rêves, mais surtout faire attention à ses chevaux. S’ils sont bien choyés et se sentent bien, à la fin il y a des résultats. Il faut travailler, rester passionné, et faire les bonnes rencontres, avec les bonnes personnes et les bons propriétaires. C’est cela qui fait la différence.

Photo à la Une : Fidèle parmi les fidèles, Roger-Yves Bost est de retour pour une nouvelle édition du Jumping international de Bordeaux. © Mélina Massias

Les épreuves du CSI 5*-W de Bordeaux sont à suivre en direct et gratuitement sur GRANDPRIX.tv.