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Bertram Allen et Qonquest de Rigo, à la conquête des plus hauts sommets (1/2)

Avec Bertram Allen, Qonquest de Rigo a impressionné cette saison, à seulement neuf ans.
Elevage vendredi 28 novembre 2025 Mélina Massias

Dernière conquête en date de l’Irlandais Bertram Allen, Qonquest de Rigo a signé une saison 2025 à sa hauteur. Hors norme, ce bai à l’aisance impressionnante a captivé la planète jumping ces derniers mois. Classé quatre fois dans le Top 5 de Grands Prix 5* cette année, double sans-faute dans la Coupe des nations de La Baule ainsi que lors de la finale de la Ligue des nations Longines de Barcelone, et au départ des championnats d’Europe de La Corogne, le fils de Fantomas de Muze fait briller les yeux de son naisseur, Ulrik Goossens, et ceux de son formateur, Tom Verduyn. Castré après avoir participé à l’approbation BWP à trois ans, le hongre de neuf ans laisse surtout rêveur quant à son avenir. Les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, l’année prochaine, puis les Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028, semblent être à sa portée. Les deux premières personnes à avoir percé au jour son potentiel, Lovisa Munter, sa bonne fée, ainsi que Bertram Allen, son cavalier depuis l’automne 2024, brossent le portrait de celui qui a déjà tout d’un phénomène.

Lorsqu’il entre en piste, Qonquest de Rigo (Fantomas de Muze x Indoctro) dégage une sérénité rare, si bien que l’on pourrait oublier son âge. Pourtant, le bai à l’allure élancée a pointé le bout de son nez le 17 mai 2016, dans les prairies d’Ulrik Goossens, jardinier de métier. Cette saison, à seulement neuf ans, le hongre a littéralement crevé l’écran aux côtés de son pilote irlandais, Bertram Allen. Tous deux ont ainsi amassé près de 300.000 euros de gains et obtenu plusieurs excellents résultats en Grands Prix 5*, se classant à Wellington, Fontainebleau, Vienne et Lyon, mais aussi en Coupes des nations. “J’ai été très chanceux dans ma carrière de croiser la route de beaucoup de super chevaux. Je n’aime pas les comparer les uns aux autres, mais Qonquest est assurément le cheval avec le plus de moyens que j’aie jamais monté. C’est un cheval très spécial et j’ai hâte de voir comment vont se dérouler les prochaines années avec lui”, plante le représentant du Trèfle, qui a effectivement eu le bonheur d’évoluer au plus haut niveau avec, entre autres, les inoubliables Molly Malone V et Romanov, et plus récemment avec l’olympique Pacino Amiro. Alors que le hongre ISH a été écarté des terrains de compétition plusieurs mois, avant d’opérer un retour très progressif au printemps, l’avènement du tout jeune Qonquest de Rigo a été une véritable aubaine pour Bertram Allen. Très vite, son prodige s’est montré à la hauteur de ses espérances. S’il y a une part de surprise dans l’aisance affichée par le fils de Fantomas de Muze face à certaines des parcours les plus corsés de la saison, le sentiment s’efface rapidement en rebroussant son itinéraire.

Cet été, Qonquest de Rigo a vécu son premier grand championnat, à l'occasion des Européens de La Corogne. © Dirk Caremans / Hippo Foto

La souche d’Is-Minka et… Totilas !

À première vue, Qonquest de Rigo, représentant du stud-book BWP, semble provenir d’une lignée maternelle plutôt modeste. Ses trois premières mères n’ont pas concouru sur la scène internationale, ni produit de grand gagnant. Sa grand-mère, Zeresminka (Chin Chin x Navarone) a bien donné Gladiator (Bears, alias Baltic VDL) et Jus de Seminka (Darco Bleu, alias Durango VDL), qui ont respectivement sauté jusqu’à 1,50m et 1,45m sur la scène internationale à huit et dix ans, mais aucun des autres collatéraux du hongre ne se démarque véritablement. Pourtant, sa souche basse est largement éprouvée et continue de briller régulièrement sur les plus belles pistes de jumping… mais pas que ! “Daymika, la mère de Qonquest, provient de la célèbre lignée néerlandaise de Freiminka, qui produit aussi bien des chevaux de dressage que de saut d’obstacles”, souligne Ulrik Goossens. “La mère de Totilas (légende du dressage sous la selle d’Edward Gall et multi-médaillé en grands championnats, ndlr) est une représentante de cette souche, tout comme Okidoki (champion du monde et d’Europe par équipe et médaillé de bronze individuel à Windsor en 2009, ndlr) d’Albert Zoer ou encore le père de Milton (Marius, ndlr), le meilleur cheval de John Whitaker.” De cette lignée, plus au goût du jour que jamais grâce à Qonquest, sont aussi issus Is-Minka, gagnante du Grand Prix Coupe du monde de Bordeaux en 2024 avec Steve Guerdat, ou encore la très actuelle Haraminka P, sixième du Grand Prix Rolex du CSI 5* de Dinard en juillet avec le Mexicain José Antonio Chedraui Prom et classée au même niveau au Mexique en octobre. 

Ulrik Goossens, qui élève entre deux et trois poulains par an en parallèle de son activité professionnelle, a rencontré Daymika en 2009, “chez un petit éleveur”, alors qu’elle n’était âgée que d’un an. “C’était une jument pleine de sang, très sensible et particulière dans son rapport à l’homme, mais néanmoins docile”, se souvient le Belge. “Elle était magnifique, avait un modèle parfait, beaucoup d’amplitude dans ses allures et un galop puissant.” Après deux premiers poulains, par Plot Blue et Diamant de Semilly, nés en 2012 et 2013, Ulrik choisit Fantomas de Muze pour saillir sa jument en 2015. Fils du chic Sandro Boy et petit-fils de l’incontournable For Pleasure, deux étalons ayant contribué à écrire la légende de Marcus Ehning, le frère utérin de Jorden vd Kruishoeve, alias Brooklyn Heights, Lector vd Bisschop, Lord de Muze ou encore Malissa de Muze, séduit l’éleveur par sa force et sa lignée maternelle solide. Un an plus tard, en 2016, le fruit de ce mariage voit le jour à Berlare, au Nord-Ouest de Bruxelles. “À la naissance, Qonquest était déjà un beau et grand poulain. Son trot et son galop étaient déjà très bons”, complète Ulrik. 

Qonquest de Rigo, déjà charismatique à quelques jours de vie chez son éleveur, Ulrik Goossens. © Collection privée

Le sport plutôt que l’étalonnage

Dès son année de deux ans, le BWP, encore entier, tape dans l'œil de Tom Verduyn. Montrant de très bonnes choses au saut en liberté, Qonquest est présenté à une première épreuve du genre, fin 2018, puis à l’approbation BWP en début d’année suivante. Découpée en deux étapes, cette échéance sourit d’abord à Qonquest, qui se hisse parmi les meilleurs sur l’atelier du saut en liberté, mais son test sous la selle s’avère “quelque peu décevant”, selon son naisseur. “Du fait de sa grande taille, Qonquest était un peu moins mature que d’autres”, explique-t-il. Mais Tom Verduyn, qui croit beaucoup en lui, investit. Le Belge décide de castrer sa pépite, et privilégie ainsi sa carrière sportive. “J’ai rencontré Qonquest lorsqu’il avait deux ans et demi, chez son éleveur. Nous l’avons emmené à l’approbation des étalons, mais il était très grand et puissant. Je me souviendrais toujours du premier jour du testage : il y avait une ligne d’obstacles, mais ils étaient trop petits pour lui ! Il les sautait comme s’il n’y avait rien !”, se remémore Tom Verduyn. “Après la première journée de la phase montée, nous avons ramené Qonquest à la maison et l’avons fait castrer deux semaines plus tard. Je pense qu’il y a beaucoup de très bons étalons sur le marché, et je préfère avoir un bon cheval de sport plutôt qu’un reproducteur moyen. Ce n’est pas parce qu’un cheval saute bien qu’il transmet les mêmes qualités à ses poulains. Cela n’a pas été un choix facile, mais je crois que c’était le bon.” 

En liberté, le fils de Fantomas de Muze montrait déjà de sérieuses aptitudes au saut d'obstacles. © Dirk Caremans / Hippo Foto



De son débourrage à ses huit ans, le fils de Fantomas de Muze est façonné tel un diamant brut par Tom et sa compagne, Julie Vandamme. “J’étais amoureux de Qonquest. Il était magnifique et dégageait quelque chose, mais il était aussi très sensible. Au début, lorsque je le montais, il avait peur de plein de choses. Si je bougeais sur son dos, il n’était pas à l’aise. Mais, finalement, tout est rentré dans l’ordre”, confie le cavalier d’outre-Quiévrain, spécialisé dans la formation de jeunes pépites. Après sa première expérience lors de l’approbation du BWP, Qonquest termine sa croissance paisiblement, au pré, et effectue sa première sortie officielle en 2021, à cinq ans. Si sa découverte de la compétition se déroule sans encombre, avec une ou deux fautes ci et là, le charmant hongre confirme son potentiel l’année suivante avec quatorze prestations parfaites sur vingt, sur des parcours jusqu’à 1,30m. À sept ans, le BWP continue sur les mêmes bases et signe un sans-faute dès sa première tentative à 1,40m. Après une entrée en matière délicate aux Mondiaux de Lanaken avec un parcours sanctionné de seize points puis un autre de huit, Qonquest redresse la barre en bouclant un clear round dans la Consolante. 

À sept ans, le hongre BWP a pris part aux Mondiaux de Lanaken. © Mélina Massias

Il faut dire que Tom Verduyn, intimement convaincu du potentiel de son complice d’alors, ne l’a jamais brusqué. “Dès le premier saut que j’ai effectué avec lui, j’ai su qu’il était spécial. Je l’ai tout de suite considéré comme ma superstar. Pourtant, à cinq, six et sept ans, tout le monde n’était pas sous son charme et personne n’était intéressé pour l’acheter. Il avait sa propre façon de sauter et d’évoluer en piste. Il se rendait parfois la tâche difficile avec son grand et puissant corps. Son galop, qui est l’une de ses principales qualités, a été difficile à gérer au départ. Qonquest a eu besoin d’apprendre à l’utiliser de la bonne manière. Mais j’ai toujours cru en lui. J’avais le sentiment qu’il voulait être respectueux, qu’il avait envie de sauter et de bien faire. Je pense que lorsqu’on croit en un cheval, que l’on continue de travailler dans le bon sens, cela l’aide à se révéler et à se bonifier”, assure le Belge.

Tom Verduyn, installé près de Bruges, en Belgique, a assuré l'intégralité de la formation de Qonquest de Rigo, de ses trois à huit ans. © Dirk Caremans / Hippo Foto

“J’ai regardé quatre ou cinq sauts et quelque chose m’a tapé dans l’œil”, Bertram Allen

L’année 2024 finit de concrétiser le travail effectué par Tom et Qonquest. Le petit-fils d’Indoctro saute ses premiers parcours à 1,45m avec brio et achève son premier CSI 2* avec une faute dans le Grand Prix. Un mois plus tard, à Opglabbeek, le duo prend le départ du championnat de Belgique réservé aux montures de huit ans. Sous les yeux de Bertram Allen, le bai et son cavalier déroulent un sans-faute dans la dernière épreuve de cette échéance nationale. Il n’en faut pas plus à l’Irlandais. À table, un œil rivé sur l’écran du restaurant, Qonquest capte son attention. “Il y avait environ une demie seconde de décalage entre les images diffusées sur la télévision et la réalité. J’ai regardé quatre ou cinq sauts et quelque chose m’a tapé dans l’œil. Il y avait quelque chose que j’aimais chez ce cheval. Alors je me suis dépêché d’aller en sortie de piste, avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Je n’ai pas regardé beaucoup d’autres vidéos de lui. J’ai aimé ce que j’ai vu dans le restaurant et c’était assez pour l’essayer”, retrace le représentant de l’île d’Émeraude. 

Concluante, leur première rencontre en selle permet à Bertram de se faire une opinion plus précise sur Qonquest. “L’essai s’est très bien déroulé”, résume-t-il. “J’ai senti beaucoup de puissance, de sang. Il était un peu truculent au début et n’avait pas énormément d’expérience pour un cheval de huit ans. On ne pouvait pas imaginer qu’il parcoure autant de chemin en six mois ! Il s’est très bien adapté à mon système, à moi, et a énormément évolué en peu de temps.” 

En à peine plus d'un an, Bertram Allen et Qonquest de Rigo sont entrés dans une nouvelle dimension. © Mélina Massias

La seconde partie de ce portrait est à lire ici.

Photo à la Une : Avec Bertram Allen, Qonquest de Rigo a impressionné cette saison, à seulement neuf ans. © Sportfot