“Avec Qonquest de Rigo, je peux rêver des championnats du monde et même des Jeux olympiques”, Bertram Allen (2/2)
Dernière conquête en date de l’Irlandais Bertram Allen, Qonquest de Rigo a signé une saison 2025 à sa hauteur. Hors norme, ce bai à l’aisance impressionnante a captivé la planète jumping ces derniers mois. Classé quatre fois dans le Top 5 de Grands Prix 5* cette année, double sans-faute dans la Coupe des nations de La Baule ainsi que lors de la finale de la Ligues des nations Longines de Barcelone, et au départ des championnats d’Europe de La Corogne, le fils de Fantomas de Muze fait briller les yeux de son naisseur, Ulrik Goossens, et de son formateur, Tom Verduyn. Castré après avoir participé à l’approbation BWP à trois ans, le hongre de neuf ans laisse surtout rêveur quant à son avenir. Les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, l’année prochaine, puis les Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028, semblent être à sa portée. Les deux premières personnes à avoir percé son potentiel au jour, Lovisa Munter, sa groom, ainsi que Bertram Allen, son cavalier depuis l’automne 2024, brossent le portrait de celui qui a déjà tout d’un phénomène.
La première partie de cet article est à (re)lire ici.
Lorsqu’il a pris ses marques avec son nouveau complice, à partir de l’automne 2024, Bertram Allen a accordé un intérêt particulier à différents éléments de son travail. Il détaille : “Nous avons travaillé sur pas mal de points. Qonquest a beaucoup de sang et d’amplitude. En premier lieu, j’ai essayé d’obtenir une meilleure connexion avec lui. Puis je me suis attardé sur des choses simples, en essayant de les faire le mieux possible. Tout est allé très vite. Il est tellement talentueux qu’il arrivait à se sortir de certaines situations même lorsque tout n’était pas parfait.”
À Fontainebleau, en avril, Qonquest de Rigo s'est révélé aux yeux du grand public. © Mélina Massias
“Ma première impression de Qonquest ne pouvait pas être plus éloignée de la réalité”, Lovisa Munter
En débarquant dans ses nouvelles écuries, Qonquest de Rigo a fait la connaissance de son nouvel entourage, parmi lequel se trouvait Lovisa Munter. Groom concours des montures de Bertram Allen de longue date, la sympathique suédoise est l’une de celles qui connait le mieux le bai. “J’ai appris que Bertram avait acheté Qonquest en lisant un article sur Facebook ! J’ai regardé quelques vidéos et j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un bon cheval”, s’amuse-t-elle. “À la maison, nous avons deux écuries. La première fois que j’ai vu Qonquest, ou Rex, comme nous le surnommons, il était dans la seconde. J’ai aperçu un cheval imposant, sans doute le plus grand que j’ai vu de ma vie ! Il était un peu frais ce jour-là et se comportait comme un étalon. Je me suis demandé ce que c’était que ce cheval ! (rires) En réalité, cette première impression ne pouvait pas être plus éloignée de la réalité. Qonquest est absolument adorable. Je crois qu’il pense qu’il est tout petit. Prendre soin de lui est tellement facile ! C’est un agneau. Il est d’une gentillesse absolue et un enfant pourrait le promener en main sans problème. Cette année, avec tous les concours que nous avons partagés, lui et moi, nous sommes devenus très proches. Il adore être le seul à venir en concours, ou du moins être le cheval de tête. Il est très gâté, mais c’est ma faute ! Il adore être le centre de l’attention.” Et Tom Verduyn d’enchérir : “Qonquest a besoin de sentir l’amour de la personne qui travaille avec lui. La groom de Bertram est géniale. On sent toute l’affection qu’elle lui porte et il a besoin de cela. C’est un cheval sensible, qui nécessite une approche personnalisée.”

Lovisa Munter a rapidement tissé un lien avec celui qui est surnommé Rex. © Sportfot
Au quotidien, lorsqu’il n’est pas compétition, le fils de Fantomas de Muze a aussi trouvé une routine qui semble lui convenir à merveille. “Il passe beaucoup de temps au pré”, relève sa groom. “Même s’il ne le montre pas, on peut sentir qu’il y a une forme de stress chez lui. Alors, chaque matin, il va dehors. Il y reste en général jusqu’à midi, à côté d’autres copains chevaux. Il travaille ensuite l’après-midi. Nathalie (Heusinkveld, ndlr), notre cavalière maison, est celle qui le monte le plus souvent. Il a une vie paisible à la maison. Il a d’ailleurs tendance à l'embonpoint. On essaye de le garder en forme, mais pas question de le priver de ses sorties quotidiennes au pré !”
Si Lovisa et Qonquest se sont très vite entendus, une situation bien particulière s’est avérée plutôt cocasse pour eux deux. “J’ai rencontré un seul problème avec lui : il ne comprenait pas comment se comporter aux visites vétérinaires !”, rigole la jeune femme. “Une fois arrivé à la visite, il se figeait et ne bougeait plus ! On ne pouvait rien faire ! C’était extrêmement gênant. (rires) Il ne voulait ni trotter, ni marcher. Il regardait simplement tout autour de lui. Nous nous sommes entraînés quotidiennement à la maison, pendant un bon moment. Après cela, il lui est encore arrivé de tout oublier une fois en concours. Aujourd’hui, il ne trotte pas très vite, mais il trotte !”

"Au début, Qonquest ne comprenait pas comment se comporter aux visites vétérinaires : il se figeait et ne voulait ni trotter, ni marcher", rigole la bonne fée du bai. © Sportfot
Ascension express
Après des débuts prometteurs en Europe fin 2024, Qonquest s’envole en Floride pour l’hiver. Un endroit jugé idéal par Bertram Allen pour aguerrir un cheval de neuf ans. Fin janvier, le néo-duo prend le départ de son premier Grand Prix 4*, conclu avec un point de temps dépassé et une huitième place. En somme, une formalité pour le bai, qui n’avait jamais sauté plus d’1,45m en compétition avant ce week-end. En mars, la paire enchaîne les premières avec la Coupe des nations du CSIO 4* de Wellington (0+4), au début du mois, puis un Grand Prix 5* quatre semaines plus tard. Résultat ? Une cinquième place. Entre temps, les deux complices terminent aussi quatrièmes de l’épreuve reine d’un autre CSI 4*. Le ton est donné.
En début d'année, Qonquest de Rigo et son cavalier ont signé leurs premiers coups d'éclat à Wellington. © Sportfot
De retour en Europe au printemps, Qonquest brille par un double sans-faute à Fontainebleau, qui lui octroie le cinquième rang du temps fort du CSI 5* du Printemps des sports équestres. À La Baule, quinze jours plus tard, il assomme la Coupe des nations de deux parcours parfaits et contribue à la victoire du clan irlandais, puis enchaîne avec l’étape de la Ligue des nations Longines de Rotterdam (5+8). Déjà parfaitement à son aise, sur les pistes comme la route, “Rex” fait une nouvelle démonstration de sa personnalité fascinante. “Dans le camion, Qonquest a une sorte de très grand box et il voyage en totale liberté. En rentrant de La Baule, je me suis arrêtée pour faire le plein d’essence. En remontant dans le camion, j’ai vu à la caméra qu’il était couché à l’arrière ! Je me suis demandé s’il était malade ou s’il y avait quelque chose qui clochait, mais il faisait juste la sieste ! (rires) Il est vraiment très détendu”, plaisante Lovisa.
À son aise en piste, le fils de Fantomas de Muze l'est aussi lorsqu'il voyage en camion ! © Mélina Massias
Face à ces résultats et cette sérénité à toute épreuve, Michael Blake ose un pari pour les championnats d’Europe de La Corogne et lance ce cheval de neuf ans aux qualités hors norme dans le grand bain. Avec trois parcours à quatre points au compteur, il n’y a pas de médaille à la clef, mais une précieuse expérience engrangée. “L’année a extrêmement bien débuté avec Qonquest. Puis, juste avant les Européens, j’ai rencontré quelques difficultés avec lui, notamment sur notre connexion”, révèle Bertram. “Le championnat en lui-même n’a pas été mauvais, mais je n’étais pas pleinement satisfait. Les deux concours suivants ne m’ont pas non plus convaincu, puis nous avons retrouvé une meilleure alchimie. Entre-temps, j’ai changé ma façon de le travailler sur le plat, afin de l’encourager à aller davantage dans le bon sens. J’ai aussi changé de mors, mais je le fais souvent, et avec la plupart de mes chevaux, donc je ne sais pas si cela peut être considéré comme une explication (rires).”
À La Corogne, le BWP n'a pas trouvé la clef du sans-faute pour son premier grand championnat, mais s'est montré à la hauteur de l'enjeu. © Sportfot
Calgary, Vienne, Barcelone, Lyon : Qonquest éclabousse tous ces événements de son indéniable talent. Il enregistre d’abord un sans-faute puis un parcours à quatre points dans la Coupe des nations de l’Officiel canadien, terminé troisième de l’étape autrichienne du Longines Global Champions Tour après deux partitions parfaites, avant d’aligner l’un des deux seuls doubles zéro de la finale de la Ligue des nations en Espagne et de se classer quatrième de la première des deux étapes françaises de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles. S’il a concédé deux fautes dans celle de Vérone, ces erreurs de jeunesse n’entachent pas son incroyable saison. “Former un cheval comme Qonquest et le voir arriver au plus haut niveau avec un cavalier de la trempe de Bertram Allen est le plus bel accomplissement pour nous”, savoure Julie Vandamme. “Nous travaillons tous les jours pour vivre des moments comme ceux-là. C’est la meilleure publicité dont notre travail peut bénéficier !” Et Tom Verduyn d’ajouter : “Qonquest n’a que neuf ans. C’est jeune pour faire tout ce qu’il a fait cette année, mais il a tout réussi ! Son pire résultat a dû être un parcours à huit points ! Bertram a fait un super travail. Je ne suis pas surpris de voir Qonquest à ce niveau : j’ai toujours cru en lui. J’ai tout fait pour lui offrir les meilleures chances possibles. Je ne lui ai pas mis la pression pour qu’il obtienne tel ou tel résultat, ni pour qu’il performe lors d’un championnat Jeunes chevaux. Je lui ai laissé du temps et lui ai apporté les clefs pour qu’il utilise son corps de la bonne manière. Son mental n’a fait que s’améliorer, alors qu’il était assez délicat à ses débuts.”

Après avoir partagé six ans de vie avec lui, Tom Verduyn reste le plus grand fan de Qonquest de Rigo. © Sportfot
Un potentiel sans limite
Si Bertram Allen a été surpris de la vitesse des progrès de son complice, son avènement ne l’a pas étonné. “Qonquest a beaucoup de qualités”, souligne-t-il. “Il a tous les moyens du monde, du sang et est très intelligent. Même de nouveaux environnements comme celui de Lyon, en indoor, ne semblent pas le déranger. Peu de choses le tracassent, je crois ! Après deux semaines aux écuries, je savais qu’il avait quelque chose en plus. Puis il a sauté de manière incroyable dans un Grand Prix national à 1,45m à Wellington, en nocturne, dans une ambiance électrique. J’ai su à ce moment-là qu’il était vraiment spécial. En tant que cavalier, on n’a pas à être inquiet quand on est sur son dos. S’il est détendu et qu’il a une bonne connexion avec son cavalier, il peut tout faire ! Cela donne beaucoup de confiance. En plus, et même s’il est sensible, voire parfois un peu réservé, il est adorable.”

Où qu'il soit, Qonquest de Rigo est un peu chez lui. © Mélina Massias
Pour Lovisa Munter, s’occuper de Qonquest de Rigo a quelque chose d’un conte de fées. “À chaque fois que l’on vend un cheval, s’attacher à un autre devient un peu plus difficile. Mais avec Qonquest, cela a été très facile. Je l’ai tout de suite beaucoup aimé”, avoue-t-elle. “Avoir un cheval comme lui est une bénédiction. Pacino Amiro est l’amour de ma vie, mais à chaque fois qu’il entre en piste, je suis à deux doigts de la crise cardiaque. Il a un style bien à lui. Alors que pour Qonquest, cela semble être une promenade de santé. Il rend tout tellement facile ! Je ne stresse jamais pour ses parcours. Il est totalement relâché et lorsqu’il sort de piste, il ne pense qu’à une chose : réclamer ses bonbons ! C’est un génie. Bertram et lui sont dans leur propre monde. Dès leurs premiers parcours ensemble, on pouvait voir que Qonquest pouvait tout sauter.”
Tout sauter. Voilà qui devrait être utile dans les années à venir. En 2026, tous les yeux seront rivés sur les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Ne serait-ce pas là le terrain idéal pour une confirmation en bonne et due forme du talent de Qonquest de Rigo ? Son cavalier, sa groom, son éleveur et son formateur rêvent sans doute de le voir décrocher une, voire deux médailles dans le temple sacré des sports équestres. “Qonquest réalise nos rêves. Ne pas penser au futur avec lui est difficile, d’autant plus avec ce qui nous attend l’an prochain. Je pense qu’il n’a aucune limite. Pour moi, il est déjà l’un des meilleurs chevaux du monde, alors qu’il n’a que neuf ans et encore peu d’expérience. Le voir sauter à Aix serait le rêve absolu ! C’est un vrai cheval de championnat : il n’a pas de défaut. La vitesse n’est peut-être pas son point fort, mais il est capable d’aligner les sans-faute”, prévient Lovisa Munter.

Pour Lovisa Munter, sa groom, Qonquest de Rigo est déjà l'un des meilleurs chevaux du monde, à seulement neuf ans. © Mélina Massias
Du côté de Bertram Allen, l’ambition est aussi claire et assumée. “On ne croise pas un cheval comme lui très souvent. Nous vendons beaucoup de chevaux chaque année, mais nous allons tout faire pour conserver Qonquest. Avec lui, on peut rêver des championnats du monde et même des Jeux olympiques”, se projette l’Irlandais. “J’espère qu’il restera en pleine forme physique et mentale d’ici là et que nous aurons la chance d’aller à Aix-la-Chapelle.”
En attendant de voir ces souhaits être exaucés, Ulrick Goossens profite de chaque instant de la fabuleuse épopée de Qonquest et espère aussi faire naître un autre crack de sa trempe. Cela sera peut-être le cas d’Umano de Rigo, un frère utérin de Qonquest par Bamako de Muze, ou des produits de Nouryta de Rigo, une autre fille de Daymika par Diamant de Semilly. L’éleveur peut aussi compter sur la souche du Château, dont Bertram Allen monte d’ailleurs un représentant : Huricane de Champloué (Windows vh Costersveld, alias Cornet Obolensky). “J’attends pour l’année prochaine un frère ou une sœur de Qonquest”, achève Ulrik Goossens. “Qonquest est le meilleur cheval que j’ai élevé jusqu’à présent. Le voir évoluer au plus haut niveau avec Bertram Allen me procure une grande satisfaction.” Gageons que ce sentiment se prolonge de nombreuses années.

Bertram Allen espère bien pouvoir défendre les couleurs de l'Irlande, l'an prochain à l'occasion des championnats du monde d'Aix-la-Chapelle. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Photo à la Une : À La Baule, pour sa première Coupe des nations CSIO 5*, Qonquest de Rigo a livré deux prestations parfaites. © Mélina Massias








