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“Avec de jeunes chevaux aussi talentueux, je ne peux qu'aborder l'avenir avec confiance”, Mark McAuley

Rossi van de Heffinck a réussi un excellent début en CSI 5*, en réalisant des sans-faute dans des épreuves à 1,50m et 1,55m.
Interviews samedi 23 mai 2026 Coline Bac-David

Il y a quelques semaines, Mark McAuley signait son grand retour en CSI 5* à Fontainebleau, après un an et demi d'absence à ce niveau. Fruit d'un long travail de reconstruction de son effectif après la vente de sa géniale GRS Lady Amaro, l'Irlandais basé en Haute-Savoie peut se réjouir des excellentes prestations de ses jeunes pousses et de ses nouvelles recrues. Membre de l’équipe victorieuse de la Coupe des nations du CSIO 3* de Bedizzole la semaine dernière avec Rossi van de Heffinck, le cavalier de trente-neuf ans envisage l'avenir avec confiance et détermination.

Il y a quelques semaines, vous avez disputé votre premier CSI 5* depuis plus d'un an et demi, à Fontainebleau. Quel sentiment cela vous a-t-il procuré ?

Lorsque j’ai vendu GRS Lady Amaro (Amaretto d’Arco x Over The River) en 2024, la plupart de mes autres chevaux n’avaient alors que sept ans, ce qui a créé un creux dans mon piquet. Je me suis donc concentré sur leur formation et j’ai repris la compétition sur des épreuves plus modestes. Participer de nouveau à des CSI 5* représente un véritable accomplissement, d’autant que j’ai eu de très bonnes sensations et que mes chevaux ont bien sauté.

Comme vous l’avez dit, après la vente de GRS Lady Amaro, vous avez dû reconstruire votre piquet. Comment avez-vous vécu cette période de transition ?

J’ai vraiment apprécié construire mes chevaux ces dernières années. Lorsque l’on dispose de jeunes chevaux talentueux, cela permet d’aborder l’avenir avec confiance, car on sait que l’on travaille pour revenir au plus haut niveau. J’ai aimé tout ce travail de formation, et cela rend les performances récentes encore plus gratifiantes.

En 2023, GRS Lady Amaro et Mark McAuley avaient décroché une impressionnante deuxième place dans le prestigieux Grand Prix 5* Rolex du CHI de Genève. © Sportfot

À Fontainebleau, vous avez présenté un cheval de neuf ans très prometteur, Rossi van de Heffinck (Diamant de Semilly x Contact van de Heffinck). Pouvez-vous nous en dire davantage sur lui ?

Nous avons acheté Rossi lorsqu'il avait six ans. Je crois beaucoup en lui, j'ai toujours su qu'il atteindrait le haut niveau car il possède toutes les qualités nécessaires pour cela (l'étalon n'a laissé qu'une barre à terre dans son premier Grand Prix 5*, et a réalisé un sans-faute puis un quatre points dans sa première Coupe des nations 3*, ndlr). En plus d'avoir un très grand cœur, Rossi est très intelligent et respectueux, il est léger et possède l'énergie qu'il faut. Selon moi, il a vraiment tous les attributs pour le grand sport.

Vous montez également Clooney van Spalbeek (Comilfo Plus x Diamant de Semilly), lui aussi âgé de neuf ans, qui a réalisé un excellent Grand Prix au CSI 4* de Bourg-en-Bresse. Est-ce également un cheval d'avenir selon vous ?

Évidemment, ils sont encore jeunes et doivent encore confirmer à ce niveau, mais je crois sincèrement que Clooney et Rossi sont les deux meilleurs chevaux que j'ai eu dans ma carrière. Le temps nous le dira, j'espère que tout se passera bien. J'ai acheté Clooney lorsqu'il avait trois ans, il a donc tout fait avec nous, on se connaît très bien. Pour moi, cela représente un grand avantage, car lorsque vous commencez à concourir sur des épreuves à 1,55 m ou 1,60 m avec un cheval que vous montez depuis son plus jeune âge, vous le connaissez par cœur. Vous savez exactement ce que vous pouvez lui demander et quand, quelles sont ses limites, ou si c'est trop tôt pour lui. Je pense que c'est ainsi que l'on peut prendre les meilleures décisions pour eux.

Ici à Fontainebleau, Rossi van de Heffinck, du haut de ses neuf ans, a contribué à la victoire de l'Irlande dans la Coupe des nations du CSIO 3* de Bedizzole la semaine passée. © Mélina Massias 

Quelle sera la suite de la saison de Clooney et Rossi ?

Je veux qu'ils profitent de cette année pour apprendre et progresser. En fait, je perçois cette saison comme un tremplin vers le haut niveau et comme un test pour l'année prochaine. C'est eux qui me diront quand ils seront prêts, et je ne vais pas mettre de pression inutile. Si on remporte des épreuves, tant mieux, mais je ne compte pas les brusquer.

Vous comptez également dans votre effectif L'Arc en Ciel (L'Arc de Triomphe x San Remo), vainqueur il y a deux semaines à Bourg-en-Bresse. Quel rôle jouera-t-il cette saison ?

L'Arc en Ciel est un cheval que j'ai commencé à monter en septembre, notre duo est donc plutôt récent. Il appartient à Yannick Jorand, qui était d'ailleurs son précédent cavalier. Lorsqu’il m'a proposé de le monter, j'ai directement répondu oui ! Je suis très heureux de la façon dont le cheval a progressé, il est très régulier et aborde les grosses épreuves de la bonne manière. Il a débuté les épreuves à 1,55 m au CSI 5* de Fontainebleau, où il s'est très bien comporté (le bai a écopé de quatre points, ndlr), puis a remporté une belle épreuve d'1,50 m à barrage au CSI 4* de Bourg-en-Bresse. C'est un super partenaire et je suis très heureux de l'avoir dans mon effectif, d'autant plus que j'ai beaucoup de jeunes chevaux — il est donc important pour moi d'avoir des chevaux plus expérimentés pour soutenir ceux qui sont en formation.

Déjà lauréat d'un Grand Prix 2* à Gassin cette année, L'Arc En Ciel continue d'enchainer les bonnes performances pour le plus grand bonheur de son cavalier. © Mélina Massias

Vous disposez en ce moment d'un groupe de chevaux particulièrement intéressant, n'est-ce pas ?

Oui, et j'en suis très heureux. J'ai passé ces douze derniers mois à former des chevaux, et c'est effectivement très agréable de voir que tout ce travail a fini par payer.



Entre nouvelles recrues et jeunes chevaux, vous construisez clairement pour l'avenir. Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ? Les Championnats du monde d'Aix-la-Chapelle en font-ils partie ?

Les Championnats du monde d'Aix-la-Chapelle arrivent un peu trop tôt, donc non, je n'ai pas pour ambition d'y participer. Je ne suis pas le genre de personne qui aime parler de ses objectifs — j'en ai évidemment, mais je préfère les garder pour moi ! Ces dernières années, je me suis vraiment concentré sur la construction de mon futur effectif, avec lequel je pourrais être compétitif. Grâce à cela, je sais que ma structure est solide, ce qui me permet d'appréhender l'avenir avec beaucoup de confiance. Par le passé, j'avais souvent un bon cheval, mais j'ai réalisé que c'était insuffisant pour être constant à haut niveau. Certes, je parvenais à obtenir de bons résultats dans les Grands Prix, mais il m'était plus difficile de progresser dans le classement mondial. J'ai donc compris que pour être régulier, il fallait disposer d'un bon groupe de chevaux performants — ce qui n'est vraiment pas facile ! C'est pourquoi je me suis lancé dans la formation de mes futurs cracks, et désormais, cet objectif que je m'étais fixé il y a quelques années semble se réaliser.

Vous êtes à la tête de l'écurie La Tuilière, avec votre épouse Charlotte. Pourquoi avoir choisi de vous installer en Haute-Savoie ? Pouvez-vous nous expliquer votre fonctionnement au quotidien ?

En fait, c'est très simple : c'est Charlotte qui a choisi cet endroit. Elle a grandi à Genève, et à l'époque, elle ne voulait habiter nulle part ailleurs que dans cette région ! Cela ne m'a pas posé de problème, car c'est un très bel endroit, agréable pour les chevaux et nous y sommes très heureux. Nous avons deux écuries distinctes : la première est à Scientrier et est dédiée à l'élevage et à la formation des jeunes chevaux jusqu'à six ou sept ans. S'ils présentent des qualités pour le haut niveau, ils rejoignent l'autre écurie à Viry, consacrée à la compétition, où ils poursuivent leur carrière.

Valentino, l'un des meilleurs représentants de l'affixe Tuilière, est récemment passé sous la selle d'Eve Jobs. © Sportfot

Le fait que ce soit une histoire de famille renforce-t-il votre système ?

Absolument ! Je pense que les liens familiaux renforcent toujours une entreprise. Lorsqu'une famille est impliquée et que ses membres travaillent ensemble, cela ne peut qu'apporter davantage de solidité et de force au projet. Nous sommes vraiment très heureux de vivre cela ici.

En parallèle de votre activité de compétition, vous pratiquez également l'élevage, en collaboration avec le Haras de Bossy. Pouvez-vous nous en dire plus ?

L'élevage est davantage géré par Charlotte, une passion qu'elle a héritée de sa mère, qui évolue dans ce milieu depuis très longtemps. Nous faisons naître environ huit à douze poulains par an. Ces dernières années, nous avons décidé d'élargir cette activité, car il est aujourd'hui très difficile d'acheter de bons chevaux à un âge avancé — la demande est tellement forte. Nous essayons donc d'en faire naître quelques-uns, et pour le moment cela se profile bien car nous avons des produits très intéressants.

Avec quelles juments travaillez-vous ?

Nous utilisons essentiellement des juments que Charlotte et moi avons nous-mêmes montées et qui sont issues de lignées très intéressantes. De cette façon, même après leur carrière sportive, nous pouvons les garder auprès de nous, ce qui est vraiment important à nos yeux. Nous pouvons notamment compter sur O'Hara ELS (Ugano Sitte x Liandero — elle a eu deux produits en 2025 : Penelope Tuilière par Quel Homme de Hus et Purple Rain Tuilière par Mylord Carthago, ndlr), Dulcinée de Kerglenn (Mylord Carthago x Diamant de Semilly — propre sœur de Dexter de Kerglenn, elle a également eu deux produits en 2025 : Penny Lane Tuilière par Ermitage Kalone et Peppermint Tuilière par Baloubet du Rouet, ndlr), Destinée de Vains (Untouchable x Dollar dela Pierre) ou encore Romane du Theil (For Pleasure x Quidam de Revel).

Avant de se consacrer à l’élevage, Destinée de Vains a été l’un des piliers de l’écurie de Mark McAuley, concourant même jusqu’en Grand Prix 5*. © Sportfot

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans l'élevage ?

C'est absolument incroyable de voir ces jeunes âmes s'épanouir, grandir et jouer dans les prés aux côtés de leur mère. C'est une magnifique facette de notre sport ! Charlotte et sa mère sont plus passionnées que moi par l'élevage, et je sais que pour elles, performer avec un cheval qu'on a fait naître est très important. Personnellement, cela m'importe moins, car l'essentiel est le lien que l'on crée avec son cheval, qu'on l'ait acheté ou élevé. Je suis tout de même très heureux de faire partie de cette aventure !

Comment sélectionnez-vous les étalons que vous utilisez ?

L'avantage majeur, c'est que nous connaissons très bien nos poulinières car nous les avons nous-mêmes montées — nous savons donc parfaitement leurs qualités et leurs défauts. De plus, nous avons concouru aux côtés de nombreux étalons, ce qui nous permet d'avoir une idée précise de leurs points faibles et de leurs points forts. Nous essayons donc de trouver un équilibre en fonction des atouts de chacun. Je ne pense pas qu'il y ait de science particulière à cela.

Photo à la une: Rossi van de Heffinck a réussi un excellent début en CSI 5*, en réalisant des sans-faute dans des épreuves à 1,50m et 1,55m. © Mélina Massias