“Auparavant, je n’ai jamais eu la chance d’avoir deux chevaux pour concourir à haut niveau en même temps”, Johan-Sebastian Gulliksen (2/2)
Cinquième du classement général de la ligue d’Europe occidentale du circuit de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles, Johan-Sebastian Gulliksen vit les meilleurs mois sportifs de sa carrière. En forme olympique cet hiver, le Norvégien a enchaîné pas moins de six classements en Grands Prix 5*. Troisième à Oslo, Bâle et Hong Kong, quatrième à Leipzig et septième à Vérone et Göteborg, le pilote de vingt-neuf ans a pu compter sur deux montures de choix : son fidèle Equine America*Harwich VDL et la surprise Colonello, débarqué dans son piquet à l’automne dernier. Issu d’une famille bien connue du monde du jumping, Johan-Sebastian s’est plus que jamais fait un prénom, entre sa sœur, Victoria, et son père, Geir. Si tous deux ont déjà vécu la finale de la Coupe du monde, l’actuel cent-trente-neuvième cavalier du classement mondial découvrira cet événement dans quelques jours, à Fort Worth, au Texas. Pour Studforlife, l’ancien skieur émérite a évoqué son hiver exceptionnel, ses deux montures de tête et ses espoirs de demain, ainsi que ses objectifs, qui comportent, évidemment, un passage à Aix-la-Chapelle en août prochain.
La première partie de cet article est à (re)lire ici.
Colonello n’a pas démérité non plus cet hiver. Au contraire, puisqu’avant de vous rejoindre à l’automne dernier à onze ans, il n’avait sauté qu’une seule épreuve à 1,55m dans sa vie. En quelques semaines à peine, il est parvenu à performer en Grand Prix 5*, ce qui est assez remarquable. Quelle est son histoire ?
Colonello était monté par Peder Fredricson. Nous avons pris contact avec lui et avons essayé Colonello, que nous avons beaucoup aimé. Nous l’avons acheté juste avant le CSI 5*-W d’Oslo, où nous avons fait nos débuts ensemble. Son éleveur (Thorsten Feddern, ndlr) en est toujours copropriétaire à nos côtés. Il est passionné de sport et fan de son cheval, ce qui est vraiment génial. C’est une histoire incroyable.
Lorsque vous avez enrôlé Colonello dans votre piquet, vous attendiez-vous à ce qu’il franchisse le cap des parcours à 1,60m et des Grands Prix 5* aussi rapidement ?
Non, je ne m’attendais pas à cela ! Avant le CSI 5*-W d’Oslo, il n’avait même jamais sauté en indoor de sa vie ! Après cette première expérience, il est allé à Lyon, Vérone, Londres, etc. Je ne pensais pas qu’il sauterait ce genre d’épreuves aussi vite, même si je savais qu’il avait toutes les qualités pour.

Depuis octobre dernier, Colonello a connu une progression fulgurante. © Mélina Massias
Quelles sont ses principales qualités et comment décririez-vous sa personnalité ?
Colonello a énormément de moyens. Je n’ai jamais eu un cheval qui pouvait sauter les obstacles les plus imposants avec autant d’aisance que lui. Il est très respectueux et a un très bon mental : à chaque question que je lui pose, il répond ! Il est très curieux : il aime voir tout ce qui se passe autour de lui ! (rires) Aujourd’hui (interview réalisée le 17 mars, ndlr), je l’ai emmené en balade : il surveillait tout son environnement. Il a un peu de caractère, mais il est très agréable et vraiment adorable. Je pense que curieux reste le meilleur mot pour le décrire !
Avec Colonello et Harwich, vous pouvez désormais compter sur deux chevaux pour évoluer au très haut niveau, ce qui est un réel atout…
Oui, c’est fantastique ! Je n’ai jamais eu cette chance auparavant et maintenant, j’ai deux chevaux à ce niveau ! Cela m’aide dans mon équitation et est aussi bénéfique pour les performances de mes chevaux. C’est incroyable, d’autant que j’ai le privilège de pouvoir conserver Harwich et Colonello pour le sport.
Parmi vos jeunes montures, certaines vous semblent-elles avoir le potentiel pour atteindre le plus haut niveau à l’avenir ?
J’ai deux très bons chevaux de sept ans (Enzo BW, Emerald van’t Ruytershof x Cardento, et Billy Arnaz, Eldorado vd Zeshoek x Animo, ndlr) qui évoluent bien. J’espère qu’ils atteindront un bon niveau. Je crois beaucoup en eux, mais il faut du temps.
Enzo BW fait partie des espoirs de Johan-Sebastian Gulliksen. © Maxime David - MXIMD
Vous montez plusieurs chevaux issus de l’élevage Billy. Y’a-t-il une raison spécifique à cela ?
La raison est toute simple : nous avons une très bonne relation avec William Funnel. Nous lui avons toujours acheté beaucoup de chevaux et avons très souvent connu beaucoup de succès et été chanceux avec les chevaux que nous avons acquis en Angleterre par l’intermédiaire de William Funnel. Nous avons donc acheté plusieurs chevaux issus de son élevage.
Comment fonctionne votre système au sein des écuries Gulliksen ? Comment gérez-vous, par exemple, la formation de nouvelles montures et le haut niveau ?
C’est une question d’équilibre. Normalement, nous allons sur les plus beaux événements avec nos meilleurs chevaux, pendant que les plus jeunes restent à la maison. Lorsqu’ils commencent à avoir sept ans, certains peuvent nous accompagner lors de CSI 5*. À Leipzig et Göteborg, j’ai eu la chance de pouvoir emmener Enzo BW, tandis que j’ai monté Billy Arnaz à Helsinki. Du haut de leurs sept ans, ils ont gagné énormément d’expérience. C’est génial de pouvoir concourir avec de jeunes montures sur des concours de cette envergure.
Le prometteur Billy Arnaz, sept ans, a accompagné son cavalier lors du CSI d'Helsinki, en mars. © Maxime David - MXIMD
Selon vous, quels sont les principaux avantages liés au fait que vous travaillez en famille au quotidien ?
Mon père (Geir Gulliksen, ndlr) et moi travaillons beaucoup ensemble, en Norvège. J’ai aussi une très bonne relation professionnelle avec ma sœur, Victoria. Nous travaillons tout le temps ensemble et lorsque je suis en Europe, je séjourne dans les écuries qu’elle partage avec son compagnon, Jordy van Massenhove. Dans la famille, nous travaillons tous en bonne intelligence, en partenariat les uns avec les autres.
Est-ce parfois difficile d’être implanté en Norvège, notamment pour les déplacements ?
Les trajets sont effectivement un peu plus longs pour s’acheminer jusqu’aux concours, mais nous avons l’habitude. Désormais, comme nous avons la possibilité de rester en Belgique chez Victoria et Jordy lorsque nous sommes en Europe, notamment lors de la saison de la Coupe du monde, cela simplifie un peu notre vie et l’aspect logistique.
Développez-vous également une partie coaching, avec des élèves que vous conseillez ? Est-ce quelque chose que vous aimez ?
Oui, j’ai quelques élèves que j’aide un peu. Certains viennent avec moi en concours. J’aime enseigner. C’est une activité intéressante. Je pense que lorsque je coache d’autres personnes, cela m’est aussi bénéfique en tant que cavalier, pour mon équitation. C’est une bonne chose.

Johan-Sebastian Gulliksen trouve qu'enseigner lui est bénéfique en tant que cavalier. © Sportfot
Vous intéressez-vous à l’élevage ?
Oui, c’est un aspect qui m’intéresse beaucoup. Malheureusement, le climat que nous avons en hiver en Norvège est assez rude, donc nous ne pouvons pas faire naître de poulains ici, mais nous avons quelques jeunes chevaux en Belgique.
Combien de poulains faîtes-vous naître par an en moyenne ?
Nous n’en faisons pas naître tant que cela, nous achetons surtout quelques poulains. Nous avons trois poulinières actuellement. Ce n’est pas un très grand élevage ; nous faisons cela à petite échelle mais trouvons cette activité très intéressante.
Vous entraînez-vous avec quelqu’un en dehors des membres de votre famille ?
Non, pas vraiment. Il m’arrive de prendre conseil auprès d’autres personnes, mais en général nous nous entraînons ensemble, avec mon père et ma sœur.
Après la finale de la Coupe du monde, votre regard va très certainement se tourner vers les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, qui auront lieu en août. À quel point en faites-vous un objectif ?
Avec un peu de chance, la Norvège aura une équipe pour ces Mondiaux. Cette année, ainsi que l’an prochain, nous aurons l’opportunité de nous qualifier pour les Jeux olympiques. Nous allons donc essayer d’avoir un bon collectif pour les championnats du monde afin de tout tenter pour décrocher notre ticket pour Los Angeles. Cela sera très, très difficile, mais nous allons donner le meilleur de nous-mêmes.
Avez-vous déjà un plan pour aborder cette échéance très attendue ?
J’ai établi un plan jusqu’au Texas. Pour la suite, j’ai une première idée de ce à quoi pourrait ressembler mon programme, mais rien de précis. Après la finale de la Coupe du monde, je vais me poser et restructurer tout cela, afin d’organiser la suite au mieux.

Equine America*Harwich VDL permettra au Norvégien de vingt-neuf ans de vivre sa première finale de la Coupe du monde, en avril au Texas. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Dans votre jeunesse, et en particulier avant de vous consacrer pleinement au saut d’obstacles, vous étiez un skieur très prometteur. Lorsque vous avez du temps libre, skiez-vous encore ? Avez-vous d’autres hobbies ?
Oui, je skie toujours ! Chaque hiver, autour de la période de Noël et du Nouvel An, nous avons pour tradition d’aller skier. J’aime toujours beaucoup cela, même si je pratique moins qu’avant, les déplacements en compétition demandant beaucoup de temps. Cela fait en tout cas partie des choses que j’apprécie faire.
Photo à la Une : Depuis l'automne dernier, Johan-Sebastian Gulliksen a trouvé en Colonello un atout de taille. © Maxime David - MXIMD








