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Artérite virale : le point sur la situation

L’artérite virale équine soulève plusieurs questions ces dernières semaines (image d’illustration).
Elevage jeudi 27 novembre 2025 Jocelyne Alligier

L’annonce de l'existence d’un foyer d’artérite virale équine sur le site d’Equitechnic, à Notre-Dame-d’Estrées, dans le Calvados, faite par le Réseau d’épidémio-surveillance en pathologie équine (RESPE), n’a pas manqué de susciter de vives inquiétudes dans la filière équine. Si les risques sur la santé de l’animal sont moindres par rapport à d’autres maladies contagieuses, les conséquences économiques sont certaines. Les étalons contaminés et restant positifs doivent, en effet, être écartés de la reproduction. Marc Spalart, directeur d’Equitechnic, le vétérinaire Pierre Valette et deux étalonniers reviennent sur les événements et leurs conséquences. Tous appellent à la vigilance face à la propagation d’une maladie au pronostic évolutif incertain pour les étalons.

L’Artérite virale équine (AVE) est une maladie liée à un virus respiratoire qui, en règle générale, n’a pas d’incidence majeure sur l’espérance de vie de l’équidé contaminé, sauf s’il s’agit de jeunes poulains. Elle entraîne aussi des risques d’avortement chez les poulinières. Les symptômes sont divers : il peut s’agir de jetages, de toux, de fièvre, d’engorgement des membres et, pour les mâles, parfois un gonflement des testicules. Mais ces signes disparaissent généralement assez vite, voire ne sont jamais détectés. L’AVE entre dans la catégorie 2 des maladies réglementées par le Ministère de l’Agriculture, sur une échelle de 3, la catégorie 1 représentant les maladies à risques les plus élevés. En France, le virus est relativement peu fréquent, tout au moins en ce qui concerne sa déclaration. Avant ceux d’octobre 2025, les derniers cas recensés par le RESPE remontent à 2021 et avaient concerné trois foyers, pour un total de quatre chevaux touchés. Le RESPE fait aussi état de cas isolés au Portugal et en Grande-Bretagne en 2024. Le virus se transmet essentiellement par voie respiratoire lors des contacts entre équidés, mais aussi par voie sexuelle, les mâles infectés par le virus en restant porteurs pour des durées indéterminées, parfois à vie. Dans ses pages consacrées à l’AVE, Equipedia, le site de l’IFCE, évoque jusqu’à 70% d’étalons porteurs après la guérison clinique, pour une période pouvant aller de quelques semaines, à toute la vie ! 

En France, l’origine de la dernière épidémie, datant de 2007 et ayant recensé deux cents cas, a été attribuée à un étalon porteur sain. La transmission se fait aussi bien lors de la monte naturelle qu’en insémination, que ce soit en frais, réfrigéré ou congelé, la congélation ne détruisant pas le virus. Une jument infectée va transmettre par contact le virus à ses congénères, avec des risques d’avortement pour les autres poulinières et de mortalité chez les jeunes poulains voisins. À l’air libre, le virus n’a une durée de vie que de 24 heures. Il est donc faiblement transmissible par l’humain, et est détruit par les désinfectants ad hoc, d’où l’importance des protocoles de désinfection du matériel et de leur respect. Au-delà des risques sanitaires, l’enjeu économique est de taille pour les propriétaires de reproducteurs, d’autant qu’il n’existe que peu de solutions pour un retour à une production de semaine saine pour les étalons infectés durablement. La castration chimique en est une, mais elle présente aussi le risque d’absence de retour tout court à la production de spermatozoïdes ! Diagnostiquer les animaux infectés est donc primordial, et tous les centres effectuant des opérations de prélèvements et de congélation sur les étalons y sont soumis. Malgré cela, le système ne paraît pas sans faille, comme en témoigne la découverte d’un foyer chez Equitechnic, un des principaux centres en France. 

L'artérite virale équine présente notamment un risque d'avortement chez les juments gestantes et de mortalité chez les très jeunes poulains, mais pas pour l'espérance de vie des chevaux adultes. © Mélina Massias

Directeur des lieux, Marc Spalart explique : “J’espère que cet incident pourra au moins aider tout le monde à améliorer les procédures. À leur arrivée, nous testons tous les étalons sur la métrite, l’AVE et l’anémie infectieuse. Conformément à la réglementation, nous effectuons des répétitions pendant que les étalons sont chez nous. Les tests en sérologie, effectués en laboratoire agréé, sont fiables mais présentent l’inconvénient d’une obtention assez longue des résultats, sous sept à dix jours environ. Nous avons envoyé des prises de sang le 7 octobre, pour lesquelles nous avons eu un retour le 17 octobre. Celui-ci a mis en évidence la présence d’anticorps pour cinq chevaux sur neuf. Le 17 octobre, nous avons aussitôt effectué des tests nasopharyngés sur l’ensemble de nos étalons et avions déjà douze étalons négatifs en écouvillon nasopharyngé (ENP) sur quatorze. Les deux dont les résultats sont restés positifs ont évidemment été complètement isolés. Nous avons immédiatement transmis les résultats aux autorités sanitaires, mais le RESPE n’a publié l’information que le 7 novembre. Dans le cadre des procédures réglementaires liées à l’AVE, nous avons ensuite envoyé des échantillons à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), qui a un laboratoire à Dozulé. L’agence dispose d’un test supplémentaire en virologie dans le sang. Le 30 octobre, 100 % des étalons étaient déjà négatifs par cette voie-là. Le virus ne circulait donc déjà plus dans les voies respiratoires et dans la circulation sanguine, mais le mal était fait au niveau du tractus génital. Le problème réside dans la difficulté à déloger le virus quand il s’est logé dans l’appareil génital. Sur les quatorze étalons, un seul était vacciné et n’a pas été contaminé. Ce n’est pas suffisant pour en tirer des statistiques, mais la vaccination est certainement une piste. Il existe un vaccin contre l’AVE, qui est majoritairement utilisé dans le milieu des courses, mais pas du tout dans le sport compte tenu de son prix et de son manque de disponibilité. Nous sommes en contact avec des laboratoires en Allemagne et aux Etats-Unis pour améliorer nos informations. Nous cherchons à comprendre pourquoi certains étalons ont plus de mal à se débarrasser du virus que d’autres. Il y a une piste au niveau de la génomique, et nous sommes en liaison avec l’université de Louisiane aux Etats-Unis, mais nous ne saurons qu’en 2026 ou 2027 si un certain nombre d’étalons se sont négativés tout seul ! Les propriétaires vont maintenant pouvoir récupérer leurs chevaux sans risque pour leur structure, car ils ne sont plus contaminants - à condition qu’ils ne saillissent pas -, et déciderons avec leur vétérinaire s’ils optent pour la castration chimique ou s’ils préfèrent attendre de voir si l’étalon arrive à se débarrasser du virus par lui-même.”

La transmission du virus de l'AVE se fait aussi bien lors de la monte naturelle qu’en insémination, que ce soit en frais, réfrigéré ou congelé, la congélation ne détruisant pas le virus. Les paillettes produites avant que l'étalon soit touché restent, elles, totalement saines. © Dirk Caremans / Hippo Foto



Avec neuf milles doses fabriquées par an en frais, réfrigéré et congelé, et entre soixante-dix et quatre-vingt étalons prélevés, Equitechnic est un des plus gros centre producteur de semences en France. Les principaux étalonniers français travaillent donc avec lui.  “L’artérite virale est une maladie qui circule à bas bruit et reste présente. Chez les chevaux autres que reproducteurs, elle est rarement détectée. Nous sommes dans une époque où il y a de plus en plus de brassages d’animaux, et où les virus circulent de plus en plus vite. On l’a constaté avec le Covid pour les humains ! Quelque part, dans ce malheur, c’est un moindre mal que ce soit tombé sur Equitechnic car Marc Spalart et son équipe ont fait preuve d’un grand professionnalisme en prenant immédiatement toute les mesures de quarantaine. Il était préférable que cet épisode se déroule maintenant plutôt qu’en pleine saison de monte”, relativise Brice Elvezi du Groupe France Elevage (GFE), dont plusieurs étalons étaient présents sur le site d'Equitechnic. “Nous sommes aujourd’hui dans la phase 1 de la maladie, dans laquelle les étalons ont été confrontés au virus. Le problème reste que l’on ne sait pas déterminer quelle va être la durée d’auto-immunisation des étalons. Dans un mois, nous ferons une nouvelle récolte. Celle-ci nous donnera des informations pour la suite. Nous avons déjà été confrontés à l’AVE il y a quatre ans : deux jeunes étalons contaminés se sont blanchis tout seuls. Nous allons aussi faire entrer nos étalons dans un protocole de vaccination.”

Et France Etalons de s’exprimer à son tour, par la voix de Maxime Denis : “Je tiens à apporter toute ma sympathie à Marc Spalart, car nous connaissons tous son professionnalisme. Ce qui lui arrive est un coup dur, sans doute imputable à une négligence qui n’est pas de son fait. L’artérite virale est une maladie qui est peu maîtrisée car elle passe souvent inaperçue. Nous naviguons à vue faute de connaissances suffisantes sur l’évolution de la persistance du virus dans l’appareil génital de l’étalon. C’est ce qui nous met dans l’inconfort. Tout cela doit nous amener à une remise en question de nos procès sanitaires, mais je ne sais pas qui a autorité pour mener cette réflexion. Il y a beaucoup d’organismes dans la filière, mais qui lesquels pour la conduire ? Nous avons un règlement européen (à l’origine de la Loi sur la santé animale (LSA), qui répertorie depuis 2021 soixante-huit maladies transmissibles, ndlr) mais sur le terrain, on constate des différences de mise en œuvre d’un département à l’autre ! J’espère que la situation va évoluer favorablement pour tous.”

Les étalonniers font preuve de soutien envers le centre Equitechnic, où ont été constaté les premiers cas. © Mélina Massias

Le Docteur Vétérinaire Pierre Valette dirige le haras d’Aubigny dans la Loire, l’un des principaux centres de reproduction du Centre Est. S’il n’est pas directement touché par l’AVE, n’ayant pas d’étalon au prélèvement chez Equitechnic, il exprime, lui aussi, son soutien à Marc Spalart. Ayant travaillé à l’étranger, notamment au Mexique au haras de la Nutria, Pierre Valette connaît bien les procédures de contrôle sur la semence des étalons et applique scrupuleusement les mesures de sécurité sanitaire sur son centre de reproduction. “La métrite et l’AVE sont considérées comme des vieilles maladies, mais elles circulent toujours et il faut être extrêmement vigilant sur les risques de contamination, notamment au moment de l’arrivée de poulinières sur les sites de reproduction. Notre chance réside dans le fait que le virus de l’AVE est fragile : il peut se nettoyer facilement et il faut un contact respiratoire proche entre les chevaux pour qu’il se transmette, ce qui est assez facile à éviter. En revanche, le vrai problème est la contamination des étalons, qui peuvent rester porteurs très longtemps. Il y a des procédures de contrôle sur les exportations de semence. Chaque pays a ses propres règles, les plus draconiennes étant assez logiquement celles des Australiens, qui protègent leur territoire insulaire. Je ne suis tout de même pas trop inquiet pour la saison de monte 2026, qui est encore loin. J’espère que le salon des étalons de Saint-Lô pourra se tenir dans de bonnes conditions, peut-être avec des mesures de protections supplémentaires”, positive l’étalonnier et éleveur multi casquettes. 

De son côté, le RESPE a réuni, le 19 novembre, sa cellule de crise comprenant les différents acteurs du monde équestre pour un point de situation donnant différentes informations sur le déclenchement de cet épisode et les investigations en cours. Le communiqué appelle à la vigilance, avec pour exemple des tests par écouvillon nasopharyngés effectués sur tous les chevaux lors de la dernière qualificative Selle Français des entiers de deux et trois ans, le 19 novembre. Tous sont revenus négatifs. Le RESPE encourage tout de même les propriétaires ayant participé aux deux précédents rassemblements à Saint-Lô et Lamballe à faire tester leurs chevaux.

Si la prudence reste de mise, gageons que la situation revienne à la normale avant l'ouverture de la saison de monte 2026 pour les étalons touchés. © Mélina Massias

Photo à la Une : L’artérite virale équine soulève plusieurs questions ces dernières semaines (image d’illustration). © Sharon Vandeput / Hippo Foto