Il y a encore quelques jours, Goldfever, fidèle partenaire à succès de Ludger Beerbaum, apparaissait déambulant dans son paddock, sous des flocons de neige. Alors que 2026 marquait l’année de son trente-cinquième anniversaire, l’Hanovrien, titulaire de cinq médailles en grands championnats, vainqueur du Grand Prix d’Aix-la-Chapelle par deux fois et de celui de Calgary, a rejoint les étoiles. Retraité sportif depuis 2009, l’étalon laisse un grand vide dans le cœur de tous ceux qui ont pris soin de lui tout au long de sa vie.
À l’aube de ses trente-cinq ans, Goldfever a tiré sa révérence, ont annoncé les écuries Beerbaum jeudi 15 janvier. Partenaire à succès de Ludger Beerbaum, l’alezan a durablement marqué la carrière du Kaiser et les sports équestres. Aujourd’hui, toute l’équipe de l’étalon pleure sa perte, survenue à un âge plus qu’honorable et après une longue retraite. Le 4 janvier dernier, Goldfever apparaissait encore dans une vidéo, au paddock, dans la neige. “À l’âge remarquable de trente-cinq ans, l’étalon qui a accompagné la carrière de Ludger Beerbaum comme peu d’autres chevaux, est mort dans ses écuries de Riesenbeck. À travers une unique et exceptionnelle carrière, Goldfever a remporté des médailles aux Jeux olympiques, aux championnats d’Europe et d’Allemagne. Ses victoires dans les Grands Prix d’Aix-la-Chapelle et de Calgary occupent une place très spéciale et ont fait de lui une légende du saut d’obstacles. À la fin de sa carrière sportive en 2009, il s’est consacré à l’élevage durant quelques temps au sein de la station d’étalons Beerbaum, et profitait ces dernières années de sa retraite aux écuries, à Riesenbeck”, a détaillé la structure germanique dans un communiqué. Et Ludger Beerbaum d’ajouter, en son nom et en ceux de Marie Johnson, sa soigneuse lors de ses plus belles heures de gloire, et de Petra Schmid, qui a veillé sur lui jusqu’à son dernier souffle : “Nous sommes tous évidemment très tristes que Goldfever ne soit plus à nos côtés. Mais nous nous souvenons des succès et du temps partagé avec lui avec beaucoup de gratitude et une part de fierté.”
Goldfever, ici entouré de Ludger Beerbaum, son cavalier, et Marie Johnsson, sa groom durant ses aventures sportives, est mort à trente-cinq ans. © Collection privée
Élevé par Sigurd Hochmuth, le représentant du stud-book hanovrien se distingue dès ses jeunes années, notamment lors de l’approbation de Verden. Claudia Neuburg est la première à l’initier à la compétition et à lui donner les bases de ce qui sera sa vie future. Goldfever rejoint ensuite Dirk Ahlmann en 1997, avant de croiser la route de Ludger Beerbaum un an plus tard. “Lorsque Ludger a récupéré Goldfever, il m’a dit d’aller à Brême avec lui. Il pensait que j’allais avoir peur de Goldfever. Et c’était le cas ! À l’époque, Goldfever pouvait avoir des vraies réactions d’étalon. Mais dès que Ludger a commencé à le monter, il n’y avait aucune chance pour qu’il aille ailleurs. Il sautait tellement bien !”, racontait Marie Johnsson en 2023 dans les colonnes de Studforlife.
Très vite, le duo trouve ses marques et s’impose comme un pilier de la Mannschaft. En 2000, les deux compères décrochent l’or olympique collectif à Sydney, aux côtés de Marcus Ehning sur For Pleasure, Otto Becker sur Cento et Lars Nieberg sur Espri. Quatre ans plus tard, l’escouade allemande perdra un nouveau titre au profit des Etats-Unis, après un contrôle antidopage de Goldfever revenu positif. Entre temps, l’alezan a largement étoffé son palmarès : deux victoires en finale du Top Ten IJRC à Genève en 2001 et 2002, une médaille d’argent individuelle et d’or par équipe aux championnats d’Europe de Donaueschingen en 2003, mais aussi des triomphes à Calgary, en 2001 et à Aix-la-Chapelle, en 2002 et 2003. Après le revers d’Athènes, le fils de Grosso et petit-fils de Galvano s’offre deux nouvelles médailles européennes - de bronze en solo et d’argent collectivement - à Mannheim en 2007, auxquelles s’ajoutent ses bons résultats en finale de la Coupe du monde en 2000, 2001 et 2003, où il avait terminé quatre, quatorze et huitième. Tout au long de sa carrière au plus haut niveau, Goldfever n’a jamais été séparé de Ludger Beerbaum, grâce au soutien indéfectible de sa fidèle mécène, Madeleine Winter-Schulze. Ensemble, la paire a accumulé plus de deux millions d'euros de gains.

Au cours de sa carrière sportive, Goldfever a remporté deux des plus beaux Grands Prix du monde et collectionné cinq médailles en grands championnats, dont l'or olympique par équipe en 2000. © Sportfot
“Il m’a fallu un an pour apprendre à monter Goldfever, parce qu’il passait plus de temps sur deux jambes que sur quatre ! J’ai appris à le connaître, j’ai découvert son fonctionnement et il est devenu agréable avec moi. Pendant les huit ans que nous avons partagés, nous avons traversé le monde. Alors, je pense qu’il était le plus spécial à mes yeux. Il n’y a pas si longtemps, il était encore le chef et sautait sur tous les chevaux qui passaient devant lui. Avec l’âge, il est au moins devenu un peu plus calme”, ajoutait dans un sourire son ancienne groom il y a un peu plus de deux ans, craignant que les hivers ne deviennent de plus en plus rudes pour son protégé, qu’elle continuait à saluer très régulièrement.
Retiré des pistes de compétition depuis 2009, Goldfever laisse derrière lui une quantité infinie de souvenirs, mais aussi un héritage à l’élevage. Si sa production n’a pas été à sa hauteur ni particulièrement nombreuse, plusieurs de ses produits ont toutefois réussi à tirer leur épingle du jeu. Goldwing, Goldstar 34, Cartier d’Argeville, Golden Eye et surtout Gotha, deuxième de la finale de la Coupe du monde de Genève en 2010, championne d’Europe par équipe en 2011 à Madrid, gagnante de trois Grands Prix 5* avec Ludger Beerbaum et d’autant avec Henrik von Eckermann, ont sauté à 1,60m. En 2012, Goldfever avait rejoint Beligneux Le Haras pour la saison de monte. Il compte ainsi un peu plus de deux cents produits immatriculés en France, selon les données du SIRE. Parmi eux, cinq ont obtenu un ISO supérieur à 140. Sa génétique presque cent pour cent hanovrienne est, elle, toujours bien vivante et continue de prospérer grâce à ses deux propres sœurs, Gloria Day et Goldfee, nées en 2001 et 2003, et à une sœur utérine, Goldmarie (Graf Top I), née en 2005. Toutes trois sont déjà mères et grand-mères de plusieurs poulains, dont certains sont encore trop jeunes pour avoir fait leurs preuves.
Avec Ludger Beerbaum puis son lieutenant Henrik von Eckermann, Gotha a suivi les traces de son illustre père. © Dirk Caremans / Hippo Foto
Photo à la Une : Avec Ludger Beerbaum, Goldfever a marqué les sports équestres. © DPA / Alamy









