À Saint-Lô, les éleveurs de chevaux de sport à l’affût du bon géniteur
Pour sa vingtième édition, le Salon des étalons de sport, organisé dans les belles infrastructures du Pôle hippique de Saint-Lô, a connu son succès habituel avec une forte affluence. Cent soixante-dix étalons, dont quarante poneys, se sont présentés pour gagner les faveurs des propriétaires de poulinières venus de toute la France, et parfois même de pays voisins, en quête du croisement parfait. Entre prises d’informations et convivialité, les éleveurs n’ont pas boudé leur plaisir en attendant de voir le résultat de leurs croisements de rêve.
En vingt ans, le Salon des étalons de sport de Saint-Lô s’est constitué une solide réputation, gagnant un public d’habitués, qui s’étoffe d’année en année. La date figure à l’agenda de beaucoup d’éleveurs, amateurs ou professionnels. Michèle Poitau, qui a longtemps été secrétaire d’une association d’éleveurs, et son mari font le voyage depuis le Pas-de-Calais quasiment chaque année. “Même si nous n’avons plus qu’une jument, c’est une sortie d’hiver qui nous plaît, et cela permet de retrouver des amis, comme Dominique Janvier, de l’élevage de Moyon. J’aime voir les chevaux au box et échanger avec les propriétaires, notamment sur leurs caractères. Cela m’a d’ailleurs amenée à éliminer un étalon que j’envisageais cette année. Je ne fais pas trop confiance aux achats sur catalogue. Ici, on se rend vraiment compte, et on peut juger les étalons sur ce qu’ils peuvent apporter à une jument. Par exemple, je viens de voir Loveur de Startup (Chacoon Blue), qui est certainement un excellent cheval, mais ma jument est par Armitages Boy, donc pour moi il ne conviendra pas. Cela étant, il n’y a rien de tel que les chevaux pour nous faire mentir ! Je cherche aussi des chevaux qui ont une bonne tête : on peut avoir le meilleur modèle du monde, si le cheval ne veut pas aller de l’autre côté, cela n’ira pas. Pour un cheval délicat, il faudra plus de temps, donc plus de frais. Cela complique la tâche. Nous travaillons avec Timothée Bazire, du haras de Malma, chez qui sont hébergés nos chevaux. Il a quatorze naissances par an et nous parlons de nos choix. Nous avons une souche Selle Français Originel avec une jument par Caucalis qui a été indicée 161, mais en la croisant avec Armitages Boy, qui me plaisait, j’ai perdu le SFO. Aujourd’hui, nous tendons plus vers un cheval européen, et pourtant tous les étalons étrangers n’apportent pas forcément quelque chose de bien. Ici, j’ai notamment vu Cascadello I (Casall) qui m’a bien plu.”

Venu d'Allemagne pour se faire admirer, Cascadello I a séduit plusieurs éleveurs à Saint-Lô. © Mélina Massias
Des éleveurs n’hésitent pas à traverser la France pour ne pas manquer le rendez-vous, comme dans le Centre-Est, avec une forte délégation d’éleveurs du syndicat Rhône-Loire, venus en avion ou en faisant voiture commune. Vincent Dellinger, à la tête de l’élevage du Jaurant, dans la plaine du Forez, qui a notamment fait naître Ultra Blue de Jaurant (Mister Blue), ISO 159, était de la partie avec son épouse. “Nous essayons de venir tous les deux ans, et nous profitons de notre passage pour regarder les jeunes étalons que nous pourrions être tentés d’utiliser l’année suivante. Nous savons comment produisent nos juments et nous préparons nos choix. Par exemple, nous avons une jument de la souche de Kreisker qui produit grand, donc nous voulions un petit étalon réactif, et Loveur de Startup nous a vraiment plu. Nous l’avons revu au box et il n’est pas si petit que ça ! Pour une petite jument nous avons signé un contrat avec le haras de Semilly pour Action Breaker (Heartbreaker), et nous avons eu un coup de cœur pour Chaloubino PS (Chacoon Blue) pour une fille de Cicave du Talus que nous mettons à la reproduction après son année de quatre ans où elle a été Excellente lors de la finale de Fontainebleau. Il nous reste un choix à faire pour notre meilleure jument, une fille de Quaprice Boismargot. Il y a un ou deux jeunes que nous allons suivre cette année, pour éventuellement les utiliser l’an prochain.”

Les éleveurs du syndicat Rhône-Loire sont venus en nombre à Saint-Lô ! © Jean-Louis Perrier
Stéphane Chalier, de l’élevage d’Ivraie près d’Aurillac, est aussi un habitué du rendez-vous saint-lois, où était d’ailleurs présenté le tout bon Chrome d’Ivraie (Jarnac), né chez lui. “Je crois que je viens depuis que le salon existe et il a très bien évolué, avec de plus en plus de monde et d’étalons, ce qui est intéressant. J’ai des idées en venant, et je regarde bien les étalons au modèle. J’aime choisir des mâles qui dégagent du charisme et les voir en mouvement. Il y a Cascadello I qui m’a plu dans sa prestance, avec du charisme et un beau modèle. Il est à la fois fait en père et pas lourd ; c’est un cheval intéressant. J’aime bien aussi Nevados qui a déjà gagné sur tous les terrains. Je l’ai déjà utilisé et cela me conforte dans mon idée. J’ai des produits de Chrome d’Ivraie que j’ai fait naître, car j’essaye tous les chevaux que je garde entier, et même s’il n’est plus à moi, j’ai conservé quelques paillettes. Je cherche toujours à travailler avec des souches anglo. J’en ai sélectionné cinq ou six que j’utilise davantage en croisement, mais j’aime bien apporter à nouveau du sang anglo-arabe de croisement. Malheureusement là, il n’y a pas grand-chose !”
Stéphane Chalier a été conforté dans son choix d'avoir utilisé le médaillé de bronze olympique par équipe Nevados S. © Mélina Massias
Parmi les autres friands de l’événement, se trouve David Bourgeot, installé près de Dijon où il gère l’élevage de la Folie. Il est notamment le naisseur de la championne de France des trois ans Femelle 2025, Mystérieuse Folie (Convall). “Je trouve que le salon évolue bien. Bientôt, ce ne sera plus assez grand ! On veut voir physiquement les étalons et discuter avec les étalonniers et d’autres éleveurs. Comme nous recevons les catalogues en amont, nous faisons un pointage des étalons que l’on veut voir. On aurait aimé voir Grand Duc du Paradiso (Vagabond de la Pomme), mais il est en concours. Nous avons tout de même signé le contrat pour lui avec le haras de Clarbec. Nous n’arrivons pas à nous décider pour les autres ! Les épreuves du soir étaient intéressantes, même si c’était un peu dur pour les jeunes chevaux. Cela montre leur caractère et c’est un critère important : il faut qu’ils aient de bonne tête. Nous avons entre sept et dix juments à inséminer cette année et nous allons finaliser nos choix cette semaine pour certaines. Pour d’autres, nous attendons de voir les poulains prévus cette année, surtout lorsque ce sont les premiers.”
Occupé au Sunshine Tour, où il a repris la compétition, Grand Duc du Paradiso a malgré tout convaincu les éleveurs ! © Sportfot
En voisin, Raphaël Dulin, de l’élevage de Coquerie, ne pouvait pas faire l’impasse sur le salon. “C’est un événement attendu par les éleveurs pour décider de leurs croisements, échanger sur les stands et avoir les bonnes informations. L’organisation est parfaite et le site apprécié. Les propriétaires d’étalons font le maximum pour amener leurs chevaux, même lorsqu’ils sont partis sur des concours à l’étranger, afin que les éleveurs puissent les voir, en piste, au box, les comparer, échanger avec les étalonniers. C’est très bien d’avoir des fiches techniques, mais on doit voir les chevaux. On a souvent des surprises, sur les tailles par exemple, en bien ou non. On peut également échanger avec d’autres éleveurs qui ont des poulains d’un étalon qu’on a envisagé. Tous ces échanges sont à l’avantage de l’élevage. C’est un rendez-vous unique et très apprécié, d’ailleurs les trotteurs nous ont copiés pour faire un salon la semaine précédente ! Au niveau du trot, il y a moins de monde mais leur salon est aussi apprécié, avec beaucoup d’échanges avec les entraîneurs qui sont présents. C’est bien la preuve de l’intérêt de l'événement et s’il disparaissait, beaucoup d’éleveurs seraient déçus. Je fais partie de ceux qui attendent pour décider des croisements. J’ai ma petite liste dans ma poche et je vais aux boxes pour voir les étalons et discuter avec leurs étalonniers. Nous avons environ vingt-cinq naissances par an. Dans ma liste, comme je suis membre du bureau du Groupe France Elevage et que j’ai un étalon à la maison, je privilégie souvent celui-ci. Cette année, il s’agit de Lord Pezi Junior*GFE (Lord Pezi). J’ai eu Cornet’s Prinz, Suspens Floreval, Giovani de la Pomme…mais il faut faire tourner les chevaux, c’est important qu’ils rencontrent d’autres poulinières, dans d’autres régions. À part avoir vu Lord Pezi en concours, je ne le connaissais pas et je vais changer un peu les attributions de juments par rapport à ce que je pensais. Je pense qu’il va ramener beaucoup de puissance comme il le prouve en piste, mais il a un modèle un peu important, donc il ne lui faut pas des juments trop carrossières et rechercher de la finesse dans la tête. C’est là qu’un événement comme le salon permet d’affiner ses choix. Je m’intéresse beaucoup à la jeune génétique, mais j’ai un très bon produit de mon élevage, Jalisco de Coquerie (Candy de Nantuel), qui a été approuvé et que je vais l’utiliser avec cinq ou six juments. Dans les jeunes, il y a bien sûr La Tour du Rouet*GFE (Dollar du Rouet) et je pense aussi utiliser encore Candy de Nantuel*GFE (Luidam). Mais je ne crains pas d’aller à la concurrence lorsqu’il y a un cheval qui me plaît ! Je picore !”

Raphaël Dulin ne se privera pas pour utiliser Lord Pezi Junior, qui sera stationné chez lui, à l'élevage de Coquerie. © Mélina Massias
Le Champenois Benoit Mariller, au contraire, n'était pas venu à Saint-Lô depuis plusieurs années. “Nous sommes installés près de Troyes et faisons naître environ huit poulains par an. Nous avons développé nos souches à partir de nos anciennes juments de concours et de Kolea du Château (Allegreto), une fille de Sophie du Château. Nous avons l’étalon Type Top du Monteil (Calvaro), dont nous avons deux filles, donc nous cherchons d’autres courants de sang, et je pense qu’il ne faut pas tout miser sur ses propres étalons. C’est important de voir tout ce qui se fait, d’échanger avec les étalonniers. Nous ne sommes pas venus avec des idées précises mais nous sommes assez branchés sur un fils de Cornet du Lys avec une très bonne souche, Celectrik D, proposé par Artic Partners. Nous aimons bien des étalons qui ont fait leurs preuves pas seulement en compétition, mais par leur descendance, ou bien des jeunes avec des très bonnes souches. Vendredi soir, nous avons vu des chevaux qui ont très bien sauté, mais ils sont encore très jeunes et ce n’était pas notre idée. Nous connaissons bien la production de nos juments et nous essayons de ramener ce qui leur manque. Comme tout éleveur, le but est de sortir de très, très bons chevaux ! Nous avons Gaby de Courcel, par notre étalon Type Top du Monteil avec une petite-fille de mon ancienne jument de concours, qui après avoir bien tournée avec Cyril Bouvard, vient d’être vendue aux Etats-Unis. Nous sommes contents et allons essayer de continuer dans cette même direction !”

Benoît Mariller est tenté par le remarquable Celectrik D, top price de la vente Fences de Deauville l'été dernier. © Sarah Bedu / GRANDPRIX
Photo à la Une : Dans la bonne humeur et l'échange, le salon des étalons de sport de Saint-Lô a une nouvelle fois attiré les foules et ravi les éleveurs. © Mélina Massias
Les présentations et les épreuves du salon des étalons de Saint-Lô sont à (re)voir sur GRANDPRIX.tv et Clipmyhorse.tv.






