Clap-o-clap ; clap-o-clap ; clap-o-clap ; clap-o-clap ; etc. Ainsi résonne le sable à marée basse quand galopent les chevaux au petit matin. C’est un spectacle chaque fois renouvelé, unique, singulier et saisissant que les passionnés et autres lève-tôt peuvent admirer sur la plage de La Baule à l’heure où le soleil se réveille. Chaque année, aux petits jours de juin, les cracks chevaux et les meilleurs cavaliers de la planète s’y donnent rendez–vous, faisant de ce décor de carte postale et du roulis des vagues de la côte atlantique leur terrain de jeu favori avant les épreuves du Jumping international de La Baule. Découverte d’une station balnéaire pas tout à fait comme les autres.
Si les plus grands cavaliers et leurs montures profitent chaque année de galops et trottings matinaux sur la plage, ces derniers ne sont pas réservés à la seule élite de la discipline. Tôt le matin et tard le soir, nombreux sont les promeneurs qui, au fil de l’année, peuvent se laisser surprendre par la magie de silhouettes galopant au fil de l’eau. Partie intégrante de l’ADN de la ville, le cheval se fond en effet dans son histoire depuis bien longtemps. Le point sur ce mariage entre nature et sport, symbole d’un art de vivre "à la bauloise".

Régulièrement, les pieds des chevaux viennent goûter aux vagues de l'océan Atlantique le long de la plage de La Baule. © Mélina Massias
D’un loisir huppé…
C’est au sortir du XIXe siècle que la ville côtière commence à devenir un lieu de rendez-vous mondains. Depuis l’arrivée du chemin de fer, reliant le bord de mer à la capitale en 1879, La Baule attire la haute bourgeoisie. Dès lors, les loisirs prisés et élitistes s’y développent dans un cadre enchanteur, à deux pas de la mer ou sur l’eau, à l’image de la voile, du tennis, du golf et… de l’équitation.
Dans l’entre-deux-guerres, la réputation de cette station élégante et tournée vers le sport et les loisirs grandit. Les demeures sorties de l’imaginaire des plus grands architectes de l’époque imposent leur élégance de styles Belle-Époque ou Années folles. Outre les façades des maisons bauloises devenues emblématiques, les jardins intimes à l’ombre des pins racontent l’art de vivre de la haute société de l’époque. En 1925 apparaissent face à la mer le casino et les hôtels de standing que sont L’Hermitage et le Castel Marie-Louise.
La plage, longue de neuf kilomètres entre le Pouliguen et Pornichet, devient un terrain de jeu naturel pour les cavaliers, les centres équestres ne manquant pas le coche pour s’inscrire dans ce lieu à la mode. Le manège des Platanes devient ainsi le premier club hippique baulois, fondé en 1928. Suivront le centre équestre de La Baule et les écuries des Parcs, tous situés à quelques foulées du sable et du clapotis des vagues.

Chaque année, les meilleurs mondiaux profitent de la plage de La Baule pour préparer ou offrir un bol d'air vivifiant à leurs montures avant les épreuves du CSIO 5*. © Mélina Massias
… à une référence sportive
Dans les années 1920, des raids militaires équestres sont même organisés, ralliant la capitale française à la ville côtière. Christian de la Croix de Castries (1902-1991), connu notamment pour avoir commandé le camp retranché de Diên-Biên-Phù lors de la guerre d’Indochine, en 1954, était sorti élève-officier de l’École de cavalerie Saumur en 1926 et s’était illustré dans ces fameux raids, de même qu’à l’occasion de plusieurs compétitions équestres. Il avait, entre autres, enregistré un record de saut en hauteur pour un obstacle franchi à 2,38m au Grand Palais de Paris en 1933 avec un certain Vol-au-Vent, comme le raconte le site du Jumping international de La Baule. Record battu une quinzaine d’années plus tard, en 1949, par le capitaine chilien Alberto Larraguibel Morales et le Pur-sang Anglais Huaso, passant au-dessus d’un mur haut de 2,47m !
Les archives parlent d’un premier rendez-vous sportif à La Baule en 1931. Pour autant, tout se professionnalise réellement du côté du saut d’obstacles à compter de l’année 1960, lorsqu’un homme d’affaires, un dénommé François André (1880-1962) – oncle de Lucien Barrière (1923-1990) – cède les terrains du stade à la ville. Dès lors, le stade François André organise sa première édition de jumping sous les ordres de son premier directeur, Monsieur Droz, le tout sous l’égide de la Fédération équestre internationale (FEI). De fait, voilà maintenant soixante-six ans que le Jumping international de La Baule est devenu un rendez-vous incontournable de tous les champions de la discipline. Autant d’années de compétition sans prendre une ride, l’événement ayant à cœur de rester au top niveau de son sport – à l’image du mythique Derby de La Baule qui s’est refait une beauté voilà quelques années, toujours pour le plus grand plaisir des cavaliers, amoureux de ce rendez-vous historique – tout en demeurant accessible à tous les passionnés. Ainsi, la gratuité de ce concours d’exception inscrit naturellement l’événement comme un patrimoine événementiel et emblématique de la station balnéaire.

Lors de l’édition de 1974, la double médaillée olympique Janou Lefèbvre remportait les championnats du monde à La Baule avec Rocket, alors âgé de treize ans. © SCH La Baule
Enfin, La Baule accueille également régulièrement des matchs de polo sur sa plage, toujours dans cet esprit de partage, où le sport reste accessible à tous.
Patrimoine vivant
On pourrait ainsi s’étonner que la ville de La Baule ne rende pas hommage à l’animal noble et sportif qu’est le cheval à travers une statue érigée sur l’une de ses avenues, ou encore sur sa promenade en bord de mer. Pour autant, l’œil connaisseur et averti remarquera aisément que le cheval n’est jamais bien loin. Thématique de décoration dans les restaurants ou les hôtels, il rejoint la plage à marée basse, en chair et en os. D’ailleurs, le Jumping de La Baule est une référence non seulement pour les meilleurs cavaliers mondiaux, mais également pour les néophytes. Tous les Baulois savent que l’animal hante les rues et l’histoire de leur ville. Il suffit d’ailleurs de voir les anciennes affiches publicitaires de cette dernière. L’une d’elle montre ainsi une jeune femme en tenue et position d’amazone, juchée sur cheval gris. Nous sommes alors en 1948, et la compétition se déroulait du 2 au 5 septembre…

Affiche publicitaire du Jumping de La Baule en 1948. © SCH La Baule
Cette année, c’est de nouveau une silhouette féminine qui présente l’édition 2026 de l’Officiel de France. Mais, cette fois, c’est bien à califourchon, “comme un homme”, que la cavalière est représentée. Les temps ont changé, bien heureusement, mais reste cette passion inépuisable de la station balnéaire pour le cheval et le sport de haut niveau.
Photo à la Une : Observer des chevaux galoper sur la plage devant les villas et hôtels typiques de La Baule reste un spectacle singulier. © Mélina Massias





